LE DESTIN DE L’HOMME

Par N. Kasturi



Extrait de « Pathway to Peace »

Un seul corps

Aujourd’hui l’humanité est devenue non seulement une famille, comme l’avaient anticipé les Ecritures, mais ce qui est beaucoup plus louable, un seul corps, grâce eux progrès de la science qui à pas de géant franchit le temps, l’espace et les concepts mêmes des nations et des frontières nationales avec toutes les nouvelles découvertes qui tombent en cascade, Par un mécanisme bizarre du sort la science, qui encourage la croyance dans le matérialisme, a réussi à faire émerger la réalité de l’Unique Volonté Immanente jusqu’alors soutenue seulement par la foi et l’espoir.

Nous sommes effectivement devenus un seul corps nourri par la terre et le ciel, avec des membres qui creusent dans la lune et plongent dans les satellites de Saturne, avec un système nerveux qui réagit au moindre bip et avec une mémoire qui préserve l’histoire de millions à travers les millénaires, Mais l’humanité s’est aussi engagée sur la pente démente du suicide ou de l’homicide. La bête suffoque sous le poids de sa robe de pachyderme, de ses crocs, de ses griffes, de ses cornes, Elle s’enfonce rapidement dans la saleté qu’elle a elle-même accumulée, Swami est venu pour sauver l’humanité de la ruine, Enfant Il était déjà acclamé comme Maître et à l’âge de quatorze ans annonçait qu’il était venu pour mettre un terme à l’extinction de la race, immobiliser la fureur fratricide, purifier sa mémoire et ses intentions et la nourrir et l’entretenir par un régime d’Amour Divin,

Swami assura le rôle du Sauveur lorsqu’il répondit à l’appel angoissé d’hommes sans défense entraînés dans la marche inexorable d’événements destructifs, Soi ne porte aucune trace de colère en Lui. Ses moins ne tiennent qu’une seule arme: l’arme de l’Amour, Il est Amour, il répond l’Amour, il réveille l’Amour, il soutient l’Amour, il accepte l’Amour, « Si vous désirez connaître Ma Nature, dit-Il, laissez-moi vous dire : Je suis Prema Swarupa, l’Incarnation de l’Amour. »


Donner de l’Amour, recevoir de l’Amour

L’Amour est compréhension. Là où il y a compréhension, il y a désir de partage avec les autres et souci pour les autres. « L’Amour implique un acte de sacrifice qui s’adoucit néanmoins à cause de cet Amour », dit Baba. Le tout premier sacrifice fut accompli par Dieu qui sacrifia son caractère unique et sa liberté lorsque Maya incita en Lui le désir de se multiplier. Le désir primordial fut le désir pour l’Amour, le besoin de donner de l’Amour et de recevoir de l’Amour. L’Amour est la Loi, la Vérité, le Modèle Eternel, le Rita de l’Univers. C’est ce à quoi l’Univers s’accroche, c’est ce qui est l’objectif et la fin de tout ce qui existe !

Le philosophe Teilhard de Chardin parle de d’Amour comme étant la caractéristique de toute matière organisée, l’Amour, c’est-à-dire l’affinité d’un être avec un autre être, n’est pas particulier à l’homme. C’est une caractéristique générale de tout ce qui vit. Dans ses variétés et degrés. Il renferme toutes les formes successivement adoptées par la matière organisée. Chez les mammifères si proches de nous, il est facilement reconnaissable par ses modalités diverses, sa passion sexuelle, son instinct parental, sa solidarité sociale et ainsi de suite. Plus loin, c’est-à-dire plus bas dans l’Arbre de la Vie, les analogies deviennent plus obscures jusqu’au moment où elles deviennent si faibles qu’elles ne sont plus perceptibles.

« S’il n’y avait pas cette tendance intérieure à s’unir, même à un niveau prodigieusement rudimentaire, en fait dans la molécule même, il serait physiquement impassible à l’Amour d’apparaître au stade plus élevé, au même niveau que nous, sous la forme « hominisée ». Stimulé par les forces de l’Amour les fragments du monde se recherchent afin que le monde puisse naître. Ce n’est pas une métaphore et c’est beaucoup plus qu’une poésie. Dans toute ses subtilités, l’Amour n’est ni plus ni moins que la trace plus ou moins directe de la convergence psychique de l’univers sur lui-même, imprégnée sur le cœur de l’élément. Seul l’Amour est capable d’unir les êtres afin qu’ils se sentent parfaitement comblés et réalisés.

La vision de Teilhard de Chardin mystique des temps modernes, es pratiquement la même que celle de Maître Eckhart il y a plusieurs siècles de cela. Elle est aussi semblable dans son essence aux vérités proclamées pc les Rishis (sages) des temps védiques Lorsque les hommes de Dieu parle, même si leurs paroles sont nombreuses, leur compréhension est indissolublement UNE.


Pousser et tirer

Notre âme individuelle s’est séparée de l’Âme Suprême, mas l’éloignement n’est pas dû à une brouille. L’abondance d’Amour semble en avoir été la cause. En fait, ainsi que la science le découvre chaque jour; le paradoxe réside dans l’origine même de l’univers, dans sa nature et dans son comportement, La séparation fait partie d’un jeu d’Amour dan lequel nous tournons en rond cherchant à retrouver notre chez-nous. Il n’y a pas vraiment de vagabondage car pour quelle raison nous éloigne rions-nous de Celui qui est immanent ? Il n’y a pas non plus de « séparation », car pourquoi Celui qui est indivisible nous séparerait-t-Il de Lui et se diviserait-Il en plusieurs ? Il fait en sorte que chaque petit fragment de Son vaste Esprit Cosmique s’imagine revêtu d’une infinité étonnante de genres, de couleurs et de formes et joue ensuite le Jeu de l’illusion dans lequel ces fragments vagabondent dans le temps et l’espace en passant alternativement de l’agonie à l’extase,

Qui aurait pu respirer et bouger si les cieux n’étaient pas remplis de joie et d’Amour ? » interrogent les Upanishads, En effet, le besoin de donner de l’Amour et de le recevoir fut la raison qui Le conduisit à concevoir cette absurdité exubérante de Maya à propos des « multitudes » qui le recherchent avec Amour et joie ainsi que cette émotion à jouer à ce jeu de cache cache avec Lui-même. L’Amour est source de joie. Aimer c’est être joyeux. Nous désirons vivre parce que nous aimons le monde malgré ses contradictions ou même à cause d’elles Pourquoi ? Parce que nos diverses humeurs d’Amour et de joie pour les milliers de choses de ce monde sont de faibles échos du premier Désir de Dieu : donner et recevoir de l’Amour et donner de la joie.

Il est vrai que la note dominante de ce monde semble être plus souffrance et agitation qu’Amour et joie. C’est parce que nous avons oublié la vérité et nous sommes aventurés dans des voies fragiles et fausses, Si seulement nous pouvions nous souvenir que nous sommes des parties inséparables de l’immensité qui est Eternelle et Immanente, le temps et l’espace seraient aussi inoffensifs que les ombres produites par le soleil : elles ne nous affecteraient pas.

Le Jeu de Dieu

C’est parce que Dieu joue ce jeu et que Maya entretient cette illusion de séparation qu’il nous faut faire des efforts et lutter pour réaliser que nous nous sommes effectivement le Soi Suprême Le premier pas à taire pour briser la croyance de notre identité séparée (l’ego) est d’aider un autre. Le service nous fait apprécier les problèmes des autres. La compréhension devient de la sympathie et la sympathie se transforme inévitablement en Amour. L’Amour crée le désir de ne plus taire qu’un avec l’aimé, C’est dans l’Amour que nous réalisons notre unité avec Tout ce qui nous entoure et c’est à ce moment que nous comprenons que l’autre est UN et que nous retrouvons ainsi la paix et la quiétude.

Le retour à la source d’Amour Infini a été appelé Brahana Vihara, le Voyage vers Dieu, par le Bouddha qui dit que celui qui aspire à cet instant « Ne trompera personne n’éprouvera de haine pour personne et ne désirera blesser personne par sa colère. » Il ressentira un Amour incommensurable pour toutes les créatures et répandra cet Amour au-dessus, en dessous et tout autour de lui, Où pourrait donc se réfugier la colère ou la haine s’il n’y a véritablement rien « d’autre » à l’exception de soi-même?

De telles passions ne font que prolonger l’agonie de la coupure. Faites une place dans votre cœur à l’Amour car s’il cherche refuge là, sa chaleur accroîtra tous les aspects de votre individualité jusqu’à ce qu’ils s’effondrent. C’est alors que vous vie de l’homme sur la terre consiste à pourrez reposer sur la mer de l’Amour Infini,

Le Don et le Gain

Lorsqu’on éprouve l’émotion de l’Amour, cette sensation est si exaltante qu’il n’est pas étonnant que le Bakhta (fidèle) refuse catégoriquement de reconnaître la vérité qu’il est Dieu et qu’il n’y en a pas d’autre. Il insiste pour continuer à marcher péniblement sur une route interminable vers Quelqu’un de fort lointain qui l’attend.

« En Amour pertes et gains sont ô égalité. Sur le bilan, le solde créditeur/débiteur figure sur la même colonne et des dons sont ajoutés aux gains. Dans ce festival merveilleux de la Création, cette grande cérémonie de l’abnégation de Dieu, l’amant donne sans arrêt de lui-même pour se retrouver », écrit Tagare dans une de ses dissertations. Du fait que la création est un désir d’Amour, seul l’Amour remplit le monde, que ce sait l’Amour contrarié produisant la douleur ou l’Amour comblé procurant la joie. L’Amour égoïste est un Amour ridicule car il démontrerait que nous persistons dans la croyance que nous sommes des entités séparées différentes et opposées à toutes celles qui existent dans le monde. L’Amour au service des autres est un rituel d’une très grande force, car il répète ce premier acte divin quand l’émotion de l’Amour surgit dans l’Etre Cosmique ; pour Le reconquérir, nous devons nous aussi taire un sacrifice, le sacrifice de nous-mêmes.

« C’est cela le chemin du Seva », dit Swami. « L’accomplissement ou ici se plonger dans l’Amour de Dieu et à transformer cet Amour en des actes de service envers tous les êtres car ils sont des incarnations de Dieu. »

En réalité, il n’y a pas « d’autre », pas de « voisin ». Chacun est lui-même car tous appartiennent à un tout invisible. Le service nous élève, nous enchante, comble notre faim, élargit nos horizons. Lorsqu’on sert l’homme, on rend hommage à Dieu, tel celui qui donne et celui qui reçoit, tel l’assistant et l’assisté.

Dieu nous a gratifié de ce corps merveilleux, de ce cerveau unique, de cette langue souple et légère, de cet esprit étonnant de ces mains qui peuvent retenir ceux qui chancellent et rétablir ceux qui tremblent. Nous n’avons pas reçu tous ces dons en vain pour les négliger ou les mettre au service de la haine, de l’envie, de la jalousie ou de l’orgueil. Nous les avons reçus pour que nous nous engagions constamment dans un grand sacrifice, celui de Le reconnaître et de L’aimer à travers tout ce que nous faisons, Swami nous apprend que le désir que l’on éprouve à servir les autres est l’écho de ce désir primordial de s’exprimer et de se répandre qui causa les multitudes ô s’élever, Le désir d’aider, de protéger et d’être prés l’un de l’autre est aussi le désir pour l’unité qui pousse tous les êtres lorsqu’ils se sont lassés de la multiplicité. C’est par conséquent dans le service que l’homme trouve les meilleurs moyens lui permettant d’épanouir son individualité et de réaliser sa personnalité !

Swami affirme que le Seva, considéré comme un service à Dieu, est la discipline spirituelle la plus élevée produisant des fruits d’une manière beaucoup plus rapide et plus abondante que la discipline de Japa (répéter des noms du Seigneur) ou de Dhyana (la méditation) car il nous permet de mettre constamment en pratique dans notre vie quotidienne celte compréhension qui ne peut naître qu’après plusieurs années de vie spirituelle et qui est cette vision de divin vue dans chaque être Ekanatha.

Swami nous raconte cette histoire : un jour Ekanatha, le grand prêtre mystique, transportait un pot d’eau du Gange sacré de sa source dans les Himalayas à Rameshvaram, point le plus méridional de l’Inde. Il avait fait le vœu de marcher cette distance de deux mille cinq cents kilomètres et de plonger le Shivalinga dans cet endroit sacré au confluent des trois mers. Il avait pratiquement atteint le but de son pèlerinage et se trouvait près du lieu saint lorsqu’il aperçut un âne se tordant de douleur, car il mourait de soif, Ekanatha courut vers lui et sans hésitation versa dans la bouche ouverte et desséchée de l’âme l’eau sacrée. Les yeux de l’âne brillèrent de gratitude en regardant son sauveur, mais les compagnons d’Ekanatha furent choqués de ce geste qui brisait d’une manière peu orthodoxe le voeu pour lequel Ekanatha avait parcouru un si long voyage et qui se trouvait sur le point de se réaliser, Néanmoins Ekanatha s’exclama, plein de joie : « L’objectif a été réalisé ! Shiva a demandé, Shiva a reçu, Shiva est venu, Shiva a accepté! »


Sanathana Sarathi - Novembre 1992
Revue Prema 40