SAI BABA ET LE CHRIST COSMIQUE

Peggy Masson
Ron Laing





Albert Eckhart écrivait en 1968 : « La différence entre Sai Baba et Jésus Christ est que le premier est vivant et ses miracles confirmés par les hommes, tandis que les miracles de Jésus sont rapportés seulement par la Bible. Néanmoins, leur comportement et leurs actes sont souvent à peu près les mêmes. »

J’avais étudié la vie et l’enseignement de Sathya Sai Baba pendant deux ans avant de partir en Inde, et j’étais arrivé à la ferme conviction qu’une fois de plus le Verbe pouvait se faire Chair, que le Principe Divin s’était réincarné pour sauver le monde de la destruction. J’ai bien dû lire et relire trente livres. Tout ce que disait et faisait Swami touchait une corde au plus profond de moi-même. Je cristallisais virtuellement tout ce que j’en étais arrivé à croire pendant soixante cinq années de recherches. J’étais rentré chez moi.

Ce qui m’impressionnait de plus en plus était la similitude extraordinaire dans la vie, les enseignements, les miracles et la personnalité de Sai Baba et Jésus de Nazareth. Ils semblaient s’exprimer avec la même phraséologie. II est vrai, en effet, que tous les prédicateurs du monde enseignent à la base les mêmes vérités mais il existe une extraordinaire ressemblance entre Sai Baba et Jésus, ce qui est tout à fait unique.

Les enseignements de Jésus sont répandus sur la moitié du globe. Sai Baba, en un peu plus de quarante ans, est réputé avoir plus de 50 millions de fidèles et des centres dans cent trente sept pays dans le monde. Puttaparthi devient rapidement le Vatican de l’Est. Pendant la célébration de l’anniversaire de 1980, trois cent cinquante mille personnes ont été hébergées dans un campus de 40 hectares. Pour l’anniversaire des cinquante ans de Swami. Le Dr Diwaher, savant et homme d’Etat Indien, a dit ceci : « Autrefois Swami était un petit gamin de village, délaissé, sans instruction et sans amour. Maintenant, pour son cinquantième anniversaire nous affluons des quatre coins du globe et que trouvons-nous? Des philosophes et des politiciens, des éducateurs et des législateurs, des scientifiques et des techniciens, des savants aussi bien que des lettrés, des riches comme des pauvres venant de toutes les nations et de toutes les religions. Si ceci n’est pas une merveille et un miracle vivant j’aimerais savoir ce que c’est. »

Jésus vivait en aimant les hommes et en guérissant les malades, Sai Baba aussi fait la même chose, Il aime les hommes et guérit les malades en servant l’humanité 24 heures sur 24. Tout deux expliquent le but de la vie humaine de la même façon. La signification symbolique de la croix est l’éradication de l’ego le trait vertical représente le « Je » avec lequel nous sommes nés et le trait horizontal l’effacement de l’ego. L’interprétation de Baba est identique « Le seul but de votre incarnation est la crucifixion de l’ego sur l’autel de la compassion. »

Tous deux ont fait des déclarations prodigieuses. Jésus disait, « Je suis le chemin, la vérité et la vie. Mon Père et Moi sommes Un. » Baba a tait des déclarations encore plus incroyables, « Mon pouvoir est incommensurable. Ma vérité est inexplicable, insondable. Je suis au-delà de l’enquête la plus approfondie et la mesure la plus méticuleuse, Il n’y a rien que je ne puisse voir, aucun lieu dont je ne connaisse le chemin, aucun problème que je ne puisse résoudre. Ma puissance est absolue, Je suis la Totalité, le Tout. »

Tous deux proclament la fraternité de l’homme et l’universalité du message. « Allez enseigner aux nations », disait le Christ « Ma mission s’adresse à tous les hommes », dit Baba. Je ne suis pas venu pour rassembler des disciples pour une secte, une croyance ou une religion particulière, telle que la religion hindouiste. Je suis venu pour allumer la lampe de l’Amour dans le cœur de tous les hommes, »

Leur enseignement à tous les deux est à la fois exotérique et ésotérique. Le Christ enseignait les masses par de simples paraboles néanmoins il frappait de stupeur les érudits et les théologiens par l’étendue et l’aperçu de son savoir. Baba également utilise les paraboles, d’autre part il expliquait les passages les plus complexes des Vedas aux pandits indiens dès l’âge de dix ans.

Bien que Divins, tous deux sont arrivés comme de simples hommes du peuple profondément humains et pleins de grâce, plutôt que comme de saints hommes de cloître, On peut dire « divinement humains et humainement divins ». On ressent cela pour Jésus, qui est en même temps un ami et un homme-Dieu. Pour Baba également lorsqu’il emprunte à un moment donné un rasoir au Dr Gokak pendant un voyage, pour ensuite accomplir sans transition un miracle prodigieux.

On dit que Jésus subjuguait une foule de milliers d’hommes et qu’il fut pour ainsi dire acclamé par une ville entière à son entrée à Jérusalem. Baba subjugue une audience de dizaines de milliers de personnes quand il tait une visite éclair dans une grande ville.


Tous deux ont commencé leur mission encore enfants. Le Christ enseignait au temple ô l’âge de douze ans. Baba faisait des miracles à six ans, et commençait sa mission à l’âge de treize ans.

L’enseignement du karma et de la réincarnation leur est commun à tous deux, bien que l’enseignement de ces vérités aient été exclues des quatre Evangiles au 1Ième Concile de Constantinople en l’an 553 après J.C. Elles sont cependant toujours intactes dans l’Evangile « Aquarien » et dans d’autres. « Un homme récolte ce qu’il sème », dit Jésus. « Quels que soient les actes, bons ou mauvais, accomplis par l’homme, ils le rattrapent », dit Baba. « Le royaume des Cieux est en vous », disait Jésus. « Nous sommes nous-mêmes les propres artisans de notre monde « dit Baba. « Dieu est votre meilleur gourou et Il demeure dans votre cœur. »

Le Christ soutenait le rôle des femmes et s’efforçait d’élever leur condition au-delà de celle de simple cheptel. Il était souvent entouré de femmes. Swami également révère les femmes et les exalte dans le rôle vital de mère car elles sont les gardiennes des générations futures. « La mère est le premier gourou de l’enfant », dit-Il. Trois de ses six premières écoles étaient destinées uniquement aux femmes.

Le Christ prêchait la joie et une vie prospère. « Je suis venu pour qu’ils aient la vie et qu’ils l’aient plus prospère. » La joie est la véritable essence de la personnalité et de l’enseignement de Baba. Écoutez ceux qui le connaissent plus intimement Howard Murphet auteur de trois livres sur Baba : « Nous qui nous démenons péniblement à travers nos peines et nos joies passagères, voyons en Baba l’incarnation de la joie parfaite. » Ou le Dr Sandweiss auteur du livre « Le Saint Homme et le psychiatre » : « Il semble être dans un état de félicité permanente. Son visage et son corps sont illuminés d’une aura d’énergie que je n’ai jamais observée chez un être humain. »

Il est évident que la base de l’enseignement de ces deux Hommes-Dieu peut être résumé en un mot : Amour. Il est impossible à quiconque n’ayant aucune instruction religieuse de lire les Evangiles sans être submergé par le sentiment que le message suprême qu’ils renferment est celui de l’amour. « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu et tu aimeras ton prochain comme toi-même. » A ces deux commandements obéissent toutes les lois divines et Sai Baba aussi est l’incarnation de l’amour. C’est l’essence de tout son enseignement, le fil doré qui court à travers toutes ses paroles et tous ses actes, le critère selon lequel Il juge tout.

Il existe la même similitude dans les détails. « Renonce au meurtre, au vol, à l’adultère, à l’avidité, à la sensualité, à la colère, à l’impatience, à la haine, à l’égoïsme, à l’orgueil. » Ces exhortations ne sont-elles pas un appel aux vertus chrétiennes ?

Dans les dix volumes des discours de Baba on trouve tous les commandements du Sermon sur la montagne. Je cite ci-après quelques unes des paroles du Christ et de Baba.

Jésus : « Bénis soient les cœurs purs car ils verront Dieu. »
« Le cœur pur devient inspiré; il voit au-delà de l’intelligence et de la raison, »
« Ne cherche pas la paille dans l’œil de ton prochain mais regarde la poutre dans le tien. »
Swami : « Au lieu de regarder les fautes chez les autres cherchez vos propres fautes. »
Jésus : « Ne jugez point et vous ne serez point jugés. »
Swami : « Ne jugez pas les autres, car lorsque vous jugez quelqu’un c’est vous-même que vous condamnez. »
Jésus : « Ne jetez pas de perles aux pourceaux. »
Swami : « Ne discutez pas de dévotion avec ceux qui n’en ont pas; cela diminuerait la vôtre. »
Jésus : « Aimez vos ennemis. »
Swami : « Persévérez même si vous êtes haïs. »
Jésus : « Parmi ceux qui appellent Seigneur, Seigneur, tous n’entreront pas dans le Royaume des Cieux, seulement celui qui suit la volonté de mon Père. »
Swami : « Le secret de la libération ne se trouve pas dans les formules mystiques ou les chapelets mais dans l’action (Amour et Service). »
Jésus : « Tout ce que vous faites de mal aux autres vous le faites ô moi. »
Swami : « Ne calomniez ni n’offensez quiconque car vous me calomniez, moi qui suis en lui. »
Jésus: « Car, à Toi appartiennent la Puissance et la Gloire. »
Swami : « Aucun homme ne peut s’attribuer le succès, car tous les hommes ne sont que des instruments dans les mains de Dieu. »
Jésus : « Venez à moi vous qui êtes fatigués et lourdement chargés et je vous donnerai le repos. »
Swami : « Livrez-moi les profondeurs de vos pensées si grotesques ou ravagées de doutes ou de déceptions soient-elles. Je ne vous rejetterai pas. Je suis votre Mère. »

Il en est de même des enseignements comme des personnalités et des miracles, Il est clair que Jésus était doté d’une transparence radieuse, d’un charisme divin sans trace d’affectation, d’orgueil ou d’égoïsme; qu’il n’était motivé que par l’amour qui émanait de lui. L’impact d’une rencontre avec lui ne pouvait que secouer l’âme. Comment un homme pouvait-il aller vers un groupe de pécheurs illettrés, leur parler pendant une heure et leur dire ensuite : « Suivez-moi » et les voir le faire en abandonnant tout ?

Sai Baba a une influence similaire. Sa simple vue change les hommes et les femmes, Les âmes sont souvent immédiatement transformées. Le docteur Sandweiss en est un exemple. Quand Swami le regarda pour la première fois, il écrivit : « Ce qui fut communiqué à ce court instant ? Le monde. Quelque chose s’est cassé en moi, L’amour et la joie ont pénétré mon âme et je me suis trouvé en train de rire comme un enfant. D’une certaine façon je me suis senti transformé l’espace d’une éblouissante et incroyable minute. Je suis resté là bouche grande ouverte. »

On dit que le Christ avait une aura d’une étendue d’un mile (un mile = 1 609 m) au point que les « sensitifs » qui entraient dans ce cercle étaient physiquement conscients de sa présence et se sentaient pénétrés. L’aura de Baba a été décrite par le Dr Baranowski, doué d’une seconde vue et expert en photographie Kirlian de l’université de l’Arizona, comme presque sans limite. « Le blanc (l’énergie) remplissait toute la pièce, le rose (l’Amour Universel intense) traversait les murs du bâtiment et au-delà s’étendaient jusqu’à l’horizon des rayons dorés et argentés. »

Le Christ avait des yeux à « rayons X » qui discernaient instantanément la pensée et le caractère des gens. Baba a dit : « Je vois dans l’esprit et dans le cœur. Je distingue celui qui a un problème urgent et qui a besoin d’une interview. » Il voit e passé et le futur de tous ceux qu’il rencontre. Son omniscience concernant le passé et le présent est constamment démontrée.

Le Christ donne l’impression d’avoir préféré les gens simples ayant un bon cœur. Il a choisi ses disciples surtout parmi les hommes simples. Baba s’en prend souvent aux enseignants et aux pédants pour leur « tendance à polémiquer et surtout à se prévaloir sur ceux qui se prennent eux-mêmes pour des érudits ». « Soyez simples et sincères », dit-Il à ses fidèles. Tous deux montrent leur aversion pour le genre pharisien. Le Christ les appelait des « sépulcres blanchis ». Swami les appelle des « savants arides qui se complaisent dans l’habilité de leur casuistique et de leur argumentation. »

Tous deux ont clairement montré leur amour pour les enfants. Jésus réprimandait les disciples qui tenaient les enfants à l’écart. « Laissez venir à moi les petits enfants. » Baba partage cet amour. Lorsqu’un groupe important d’enfants venant du Centre de Wellingborough arriva à l’ashram, ils étaient trop excités pour dormir la première nuit. Baba alla les voir et leur demanda s’ils voudraient bien se coucher si, Lui aussi, allait dormir. Sur quoi Il s’allongea par terre et fit semblant de dormir. On n’entendit bientôt plus que des respirations paisibles et Baba se sauva sur la pointe des pieds.

Tous deux peuvent montrer une capacité de « juste indignation » véhémente, quand cela s’avère nécessaire, par exemple lorsque Jésus chassa les marchands du Temple avec un fouet pour s’opposer au commerce des animaux destinés aux sacrifices, Un de mes amis, un fidèle proche de Swami, me raconta un jour comment un homme dont le père très fortuné se mourait, était venu chercher un conseil financier chez Swami concernant son futur héritage. Swami, d’une voix tonitruante, et avec une émotion qui surprit mon ami, le blâma de penser à l’argent quand son père malade avait besoin de sa présence, et Il le congédia pour, un instant plus tard, retrouver son état normal plein d’amour. La « colère » était un « acte » nécessaire. Comme Il dit lui-même « Parfois je suis obligé de faire du tapage ! »

Tous deux font preuve d’une combinaison de profonde humilité et d’une forte autorité. Souvent Jésus donne l’image d’un homme qui parlait avec autorité on se le représente comme un personnage imposant et de haute taille. Pourtant il s’agenouillait et lavait les pieds de ses disciples. Swami plaisante et s’amuse souvent mais si quelqu’un se hasarde à en profiter, en un clin d’œil, il reprend son autorité. Un jour, à un fidèle qui s’enquérait de savoir s’il pouvait lui demander une faveur, Baba répondit « Naturellement je suis à vous. Je n’ai aucun droit. » A un moment Il est le serviteur de l’humanité, à un autre, son Seigneur.

Tous deux ont bien entendu, été calomniés et persécutés. « La calomnie a toujours été le sort des grandes âmes en tout temps. Ce serait anormal, s’il n’en était pas ainsi », dit Baba, Il reste totalement insensible aux louanges et aux blâmes. Le Christ était accusé d’être un buveur et de se mêler aux publicains et aux pécheurs. Baba a été critiqué pour avoir permis aux “pêcheurs” de demeurer dans l’ashram. Leurs réponses étaient similaires : « Je ne suis pas venu pour attirer à moi es vertueux, mais pour amener les pêcheurs à se repentir. » Baba a dit « Les pêcheurs ont plus besoin de moi que vous. » Le Christ a été accusé de guérir en utilisant les pouvoirs de Satan (Belzébuth). Baba a été qualifié de magicien noir.

Il existe aussi de remarquables similitudes dans les miracles. Le Christ guérissait les malades. Baba guérit tous les jours des malades. Le Christ ressuscita Lazare au moment où son corps était au stade de la décomposition. Baba a ressuscité des morts à deux occasions. Le corps de M. Radhakrishna était également en décomposition.

Tous deux ont multiplié la nourriture, Le Christ « en nourrissant cinq mille personnes » et Baba en de nombreuses occasions lorsque la nourriture venait à manquer, Le Christ transforma de l’eau en vin, Baba a transformé de l’eau en essence et en pétrole. Le Christ avait le pouvoir de contrôler les éléments et de calmer Fa mer; Baba a fait apparaître un arc-en-ciel et a fait reculer les crues. Le Christ avait le pouvoir de léviter et de marcher sur l’eau. Baba, enfant a lévité jusqu’au sommet de la colline rocheuse de Puttaparthi.

Noël est considéré comme une fête importante à l’ashram. Elle est célébrée avec une plus grande ferveur qu’en Occident où elle est devenue commerciale outre mesure. Baba dans ses conversations avec des petits groupes de Chrétiens souligne souvent les coupures et les interpolations faites dans les Évangiles. A tous ceux qui éprouvent un sentiment de déloyauté vis-à-vis de Jésus, Baba a plus d’une fois fait apparaître la silhouette de Jésus au-dessus de sa tête en les confondant ainsi tous les deux. On dit également que des gens priant devant la statue de Jésus l’ont vue se transformer en une image de Sai Baba.

Le jour de Noël 1972, Swami parlait à un groupe de Chrétiens. Il mentionnait une déclaration de Jésus, qu’il disait avoir été supprimée de la Bible. Jésus avait dit un jour à ses disciples : « Celui qui m’a envoyé reviendra. Son nom sera Vérité. Il portera une robe rouge. Il sera de petite taille et aura une couronne (de cheveux). » Cette description s’applique tout à fait à Sathya Sai. J’étais complètement fasciné en lisant cela, car j’étais déjà persuadé que Sai Baba était ce grand Etre Céleste qui surpassait en éclat Jésus, le Seul et Unique auquel Jésus se référait et qu’il priait, Le Père.

En janvier 1980, pendant une entrevue privée où seule ma femme était présente, je m’armai de courage et, me référant à la déclaration de Baba le jour de Noël 1972, je lui demandai : « Swami, cette omission dans la Bible, signifie-t-elle que Vous êtes Celui qui avez envoyé Jésus de Nazareth, incarné en être humain? »

« Oui », me répondit-Il. Puis j’ai posé la question que je gardais au fond de mon âme : « Dans ce cas, êtes-Vous Celui que les Chrétiens occidentaux appellent le Christ Cosmique? »

« Oui », dit-Il de nouveau.

Il est impossible de traduire en mots le ton, l’assurance tranquille avec lesquels Baba répondit à ces deux questions. Gentiment, avec amour et une conviction totale, avec une simplicité indicible et surtout avec une absence totale de suffisance impossible chez un être humain. Il me regardait droit dans les yeux, à une trentaine de centimètres seulement des siens. Il disait simplement « oui ». Je sais seulement qu’il était impossible de ne pas le croire.

Peggy Masson
Ron Laing

Quarterly Magazine - Hiver 1995
Revue Prema 31