QUI EST LE MESSIE ?

Helen Heubi, Genève



En 1980, le dimanche matin précédant Noël, tandis que j’étais assise dans le sable à l’extérieur du temple de Sri Sathya Sai Baba à Puttaparthi, un petit air pénétra en moi. C’était un refrain élevant et il se répéta encore et encore, avec insistance, comme s’il demandait à être reconnu. Mais je ne pouvais pas me rappeler précisément ce que c’était, ni quels mots l’accompagnaient, bien que cela paraissait important. Tout ce que je savais, c’était que cela provenait d’une partie du Messie de Haendel. Quand j’étais plus jeune, j’entendais cette œuvre chaque année et plus tard, je la chantai à la chorale, à plusieurs reprises. Mon professeur de chant m’avait donné deux arias de soprano du Messie pour m’exercer. Et dans mes propres classes de musique, nous l’étudiions souvent. J’avais fini par apprécier de plus en plus la magnifique musique, mais l’impact total des paroles ne m’avait frappé que quelques semaines avant Noël, en 1980.

Avant, j’avais toujours supposé que tout le Messie concernait Jésus. Mais un jour, six ans après avoir pris connaissance de Sai Baba et trois ans après L’avoir vu pour la première fois, j’ai commencé à m’interroger. Les parties concernant Jésus étaient toutes au passé et les parties concernant le Seigneur, pour lequel une nouvelle route principale devrait être tracée dans les étendues sauvages et désolées, étaient toutes au présent et au futur. Peu de jours auparavant, j’avais moi-même employé une route qui n’existait que depuis quelques années pour atteindre la cour de Sai. Avec moi, j’avais apporté ma partition musicale du Messie de Haendel, plutôt usée, et elle était sur mes genoux pendant que j’attendais la sortie de Baba. Avec elle, il y avait une lettre qui demandait à Baba de confirmer ma conviction qu’une grande partie de cet oratorio Le concernait et qui Lui demandait aussi de bénir une interprétation de celui-ci, un jour, en Sa Présence. J’avais commencé à imaginer ce grand événement, complet avec chœur, solistes et orchestre sous la direction d’un certain chef d’orchestre mondialement célèbre. L’idée paraissait fabuleuse, mais pas irréalisable. J’imaginai des gens du monde entier répétant leurs parts, puis se réunissant à Puttaparthi pour mettre la touche finale, au grand complet, tous dans le même esprit d’amour, de service et de dévotion avec lequel Haendel écrivit la musique et avec lequel Jennens découvrit les paroles du Messie.

Mon esprit voyagea dans le temps et dans l’espace, de l’Inde en 1980, jusqu’à Londres, fin de l’été 1741. Le gouverneur de l’Irlande avait demandé au « grand Monsieur Haendel », comme on l’appelait souvent, d’écrire un oratorio pour un concert de bienfaisance. Haendel se demandait quel matériel utiliser, quand un certain Charles Jennens lui apporta un livret pour un oratorio composé de textes de l’Ancien et du Nouveau Testament qui disaient, en essence : « Préparez-vous à la venue du Seigneur dans toute Sa gloire, car le sacrifice du Christ Jésus n’a pas été en vain. »

Jennens lui-même ne pouvait pas comprendre pourquoi il fut poussé à sélectionner des textes de la Bible, ni pourquoi il avait sélectionné ceux-là en particulier. Une atmosphère d’émerveillement entoura toute la création du Messie. Haendel fut tellement inspiré par le livret qu’il composa la musique en 23 jours, en s’arrêtant à peine pour manger ou pour dormir. Un domestique, entré discrètement dans sa chambre un soir pour reprendre son souper intact, le découvrit en extase. Une vision glorieuse paraissait encore suspendue devant son œil intérieur et il dit : « Je pensais voir tout le Ciel devant moi et le grand Dieu Lui-même. » D’après la légende, il venait juste de composer le chœur de l’Alléluia.   

Après la première à Dublin pour une œuvre de bienfaisance, le Messie vint à Londres pour une « Royal Order Performance » dans un théâtre rempli, devant le roi George II. Les premières notes émouvantes du chœur de l’Alléluia firent se lever le roi, suivi en cela par l’assistance entière. Il est encore de tradition que le public se lève pour ce chœur particulier.

Ayant, à l’origine, composé cette musique pour une œuvre de bienfaisance, Haendel continua de l’utiliser au service de la société pendant le restant de sa vie, en donnant régulièrement des concerts de bienfaisance pour des organisations caritatives chères à son cœur. Dans son testament, il légua un exemplaire de la partition musicale et plusieurs textes à l’Hôpital des Enfants Trouvés de Londres.

Revenant au 20ème siècle et à Puttaparthi, je trouvai le petit air tenace toujours présent dans ma tête et demandant à être identifié. Mais le Darshan du matin ne semblait pas être le bon moment ni le bon endroit pour des jeux de devinettes. Repoussant fermement le motif musical, comme si c’était une sorte de moustique amical, mais superflu, je résolus de me tranquilliser l’esprit en cherchant une inspiration pour la journée. D’habitude, je fais cela avec un livre récent de Baba, mais aujourd’hui, tout ce que j’avais avec moi, c’était le Messie. Étant rempli d’écrits sacrés, cela devrait très bien aller pour changer. J’ouvris alors au hasard ma partition et me retrouvai en train de contempler nul autre que mon thème « perdu », associé aux paroles : « Il est le Roi de Gloire ! Il est le Roi de Gloire ! »

A ce moment précis, juste après avoir lu et m’être émerveillée de ces paroles, Sai Baba Lui-même apparut de l’autre côté de la cour, avançant majestueusement sur le rythme du thème et resplendissant dans Sa robe écarlate, dans l’or du soleil matinal. Tout au long de ce Darshan unique et splendide, pendant que Baba visitait Ses hôtes qui L’attendaient et que les visages s’ouvraient comme des fleurs sous le soleil, je pus « entendre » avec une clarté incroyable le chœur puissant d’où provient mon « petit » thème :
« Portes, levez la tête ! », chantent les voix les plus hautes du chœur, comme des anges annonciateurs. « Élevez-vous, portails antiques ! Qu’Il entre, le Roi de Gloire ! »

« Qui est le Roi de Gloire ? Qui est le Roi de Gloire ? », s’enquiert le chœur des voix basses, celles des hommes.

« Le Seigneur des armée, fort et vaillant, le Seigneur, vaillant à la guerre », vient la réponse d’en haut. Puis toutes les voix, hautes et basses s’unissent, comme si le Ciel et la Terre avaient uni leurs forces pour exulter : « Il est le Roi de Gloire ! « La musique avait cessé et Baba avait à présent presque terminé Son circuit majestueux autour de la cour des dames. Quand Il arriva près de moi dans les rangs du Darshan, je Lui tendis la partition et la lettre, en me demandant ce qu’Il ferait. Ce qu’Il fit fut merveilleux de simplicité. Il apposa fermement Sa main pendant un instant sur les pages en lambeaux, remplies des espoirs de générations et des visions des prophètes depuis Isaïe, et Il donna Sa bénédiction.


(Source: Sanathana Sarathi, 1982)

Sai Spiritual Showers, 13-12-2007