UN POINT DE VUE ÉCLAIRÉ SUR L’UNITÉ DES RELIGIONS

Par le Prof. G. VENKARARAMAN



Cet article a été préparé en relation à la Conférence sur l’Unité des Religions organisée par le Centre International Sri Sathya Sai de New Delhi en juillet 2009

Nous voulons conduire l’humanité là où il n’y a ni Védas, ni Bible, ni Coran ; cependant, ceci doit se faire en conciliant les Védas, la Bible et le Coran.

L’humanité devrait apprendre que les religions ne sont que les expressions variées de LA RELIGION, qui est l’Unité, de sorte que chacun puisse choisir la voie qui lui convient le mieux.

Swami Vivekananda

Le sujet de l’unité des religions est surtout discuté traditionnellement par les érudits religieux, d’une part et les universitaires (spécialement les sociologues), d’autre part.

Tandis que la première communauté se focalise surtout sur les questions théologiques en mettant l’accent sur les aspects courants, les universitaires se préoccupent de la façon dont les religions, soit encouragent les valeurs dans la société, ce qui conduit à des bénéfices sociaux, soit la divisent fortement, ce qui conduit, dans les cas extrêmes, à des émeutes, à des conflits armés, à la guerre et dernièrement, au terrorisme.

Dans cet article, je souhaite envisager le sujet à un niveau un peu plus élevé et transreligieux en attirant spécialement l’attention sur la nature fondamentale de la conscience humaine qui, dans un sens ou dans l’autre, est le point de départ de toutes les religions, que ce fait soit explicitement reconnu ou non.

La raison de cette approche non conventionnelle, c’est que, sur base des enseignements de Sri Sathya Sai Baba, je suis persuadé que c’est la meilleure façon de trouver des solutions aux problèmes très complexes qui confrontent la société / l’humanité actuelle. Brièvement, l’accent sera mis sur le noyau ou les valeurs fondamentales qui définissent vraiment la nature d’un bon être humain ; en effet, ces valeurs ne sont pas seulement communes à toutes les religions, mais elles sont adoptées, au moins dans une certaine mesure, par ceux qui revendiquent être athées.


La Loi morale qui prévaut et sa nature absolue

Je commencerai en rappelant une remarque que Gandhi a faite en 1932, en Angleterre, alors qu’il visitait ce pays pour participer à la Deuxième Conférence de la Table Ronde. Cette remarque est issue d’un message spirituel spécial à l’humanité enregistré par la Columbia Gramophone Company.

Dans ce message, Gandhi disait : « Il y a une Loi morale qui gouverne l’univers. « A notre époque où le relativisme est souvent l’idéologie de base qui meut beaucoup de gens (spécialement les jeunes), l’existence d’une Loi morale éternelle et prévalente est souvent rejetée dédaigneusement et même avec mépris par la majorité des intellectuels, un phénomène que le pape Benoît XVI a dénommé « tyrannie du relativisme ». D’un autre côté, non seulement beaucoup de gens provenant de sociétés et de cultures diverses, partout dans le monde, ont gardé l’équilibre pendant des milliers d’années en s’appuyant sur cette Loi morale, mais même des tribunaux ont reconnu son existence.

Par exemple, dans une célèbre affaire concernant un politicien de premier plan accusé de s’être engagé dans des transactions foncières illégales, pendant qu’il était au pouvoir, la Cour Suprême de l’Inde mentionna dans son jugement que, quoique la Cour n’ait pu déclarer coupable le prévenu suivant les termes de la loi, elle n’était pas exempte de répondre à sa conscience. Dans un sens, cela explique ce qu’est la Loi morale et qui l’administre. En termes simples, la dite Loi morale est un principe directeur immuable et éternel basé sur des valeurs essentielles (mentionnées auparavant), qui ne change pas, applicable à tout le monde et en toutes circonstances ; il n’y a pas d’exemption pour qui que ce soit, quel que soit le lieu, l’époque ou la période.

Les clarifications concernant cette Loi morale (qui est clairement un principe transcendantal) sont fournies pas la conscience. En termes pratiques, ceci veut dire que pour tout ce que l’on fait, on doit toujours être guidé par sa conscience. Que ceci est une opinion universellement reconnue est évident, si l’on s’en tient à la célèbre réflexion de Shakespeare : « Par-dessus tout, sois vrai envers ton propre soi ! »


L’universalité de la Loi morale

Il est important de se rendre compte que la Loi morale est la même pour tous les êtres humains, quelle que soit leur race, leur religion, leur couleur, leur statut social, etc. La question peut se poser:

Il est dit qu’il faut chercher les conseils de sa conscience en s’efforçant de naviguer dans la vie avec l’aide de la Loi morale. Mais la conscience de personnes différentes pourrait parler avec des voix différentes. Dans ce cas, comment peut-on parler de l’universalité et de la nature immuable de la Loi morale ? Etant donné que les gens diffèrent tellement les uns des autres et que le temps produit sa propre évolution dans les perspectives sociales, il semble qu’après tout, ce soit le relativisme qui est sensé et non aucun genre d’absolutisme.

C’est précisément ici où les enseignements de Baba prennent toute leur importance. Son message peut être paraphrasé comme suit :

* Toutes les religions sont unanimes, lorsqu’elles déclarent que Dieu a créé l’univers et tout ce qu’il contient, y compris les humains.
* Par conséquent, tous les humains sont les enfants du même Dieu. En d’autres termes, il n’y a qu’un seul Père universel pour tout le monde.
* De même que les humains héritent d’un gène biologique de leurs parents et de leurs ancêtres, tous les enfants de Dieu héritent d’un aspect de la divinité de leur Père universel qui, par commodité, pourrait s’appeler le gène divin. Baba en parle souvent comme de l’étincelle divine latente.
* Comment savons-nous qu’une telle étincelle divine est latente en nous ? Parce que chacun, sans exception, peut entrer en résonance avec les beautés de la nature qui reflètent la splendeur de Dieu, chacun peut aimer d’autres êtres, d’une manière ou d’une autre (même un terroriste endurci peut être très attaché à son chien !) et chacun peut témoigner de la compassion sous une forme ou l’autre et le fait, à un moment ou à un autre, etc.
* En d’autres termes, personne sur terre n’est complètement dépourvu de l’étincelle divine. Dans le même temps, c’est un fait empirique que certaines personnes finissent presque par devenir diaboliques, l’exemple classique étant bien entendu Hitler. Comment un Hitler a-t-il pu apparaître, alors que même lui était censé avoir en lui l’étincelle divine ?
* C’est à cause de la contamination du mental créée par l’ego qui opère diversement de manière insidieuse et dangereuse. En d’autres mots, l’ego qui est largement le produit d’une conscience du corps excessive, mène à son tour à une préoccupation indue envers la quête des plaisirs sensuels et des attractions matérielles de diverse nature. L’effet cumulé de tout ceci, c’est d’engendrer un bavardage énorme dans l’esprit (sous la forme de pensées indésirables) qui masque et qui noie la voix de la conscience qui parle à l’intérieur. Ceci implique à son tour que la pureté de pensée, de parole et d’action doit être constamment maintenue, si l’on souhaite préserver un contact ininterrompu avec la conscience.
* Puisque la voix de la conscience n’est rien d’autre que la voix de Dieu qui parle à l’intérieur et en outre, puisqu’il n’y a qu’un seul Dieu, la conscience, par définition, doit parler avec la même voix à tous, quelle que soit la religion à laquelle la personne appartient et même si la personne ne croit pas formellement en Dieu.
* Si les gens pensent entendre plusieurs voix à l’intérieur, c’est juste une ruse de l’ego qui, si on lui lâche la bride, peut noyer la voix de la conscience, comme indiqué.

C’est pour cette raison que Baba dit souvent :

* Suivez le maître ; votre conscience est votre maître,
* Affrontez le diable (c’est-à-dire, éradiquez les mauvaises tendances qui sont en vous),  
* Luttez jusqu’au bout et,
* Terminez le jeu !


S’élever de l‘individuel au niveau collectif

A ce stade, il est nécessaire d’élever le débat de l’individu au niveau collectif, à cause de la forte connexité de la société moderne. Tandis qu’au tout début, les êtres humains étaient nomades et vivaient surtout comme des individus primitifs se souciant principalement de leurs propres problèmes de survie particuliers, plus tard, la stratification de la société provoqua l’apparition d’institutions comme les communautés, les tribus et même les petits royaumes.

Donc, la collaboration et la coopération mutuelles devinrent partie intégrante de l’existence sociale, bien que le niveau de telles interactions positives n’était pas toujours stable. Par exemple, les gens se réunissaient à l’occasion d’une naissance ou d’un décès, d’un mariage et de diverses autres fêtes et lorsqu’ils étaient mis en danger par d’autres communautés ou à cause de calamités naturelles. Dans le même temps, des rivalités mutuelles se déclaraient aussi fréquemment et conduisaient à des conflits entre tribus et même entre pays, parfois pour des périodes allant jusqu’à cent ans (le conflit prolongé entre la France et l’Angleterre des 18 et 19ème siècles étant un exemple célèbre).

Les deux guerres brutales du 20ème siècle ramenèrent l’humanité à la raison et lui fit créer les Nations Unies et décider solennellement que de telles guerres n’auraient plus lieu. Néanmoins, les chiffres montrent que depuis la Seconde Guerre Mondiale, le nombre de gens qui sont morts, suite à des guerres, des génocides et des conflits armés prolongés, au terrorisme, etc. a presque atteint le nombre de morts des deux guerres mondiales. En fait, on estime qu’à la fin des années 60 et au début des années 70, on a lâché plus de bombes sur un seul pays (le Cambodge) qu’au cours de la Seconde Guerre Mondiale, un « accomplissement » qui fut entièrement le résultat d’une technologie militaire largement supérieure.

Ceci soulève cette question :

Auparavant, les enseignements spirituels et religieux se concentraient surtout sur le fait de transformer les individus et de les éduquer à devenir de bons enfants de Dieu. Est-ce assez aujourd’hui, à notre époque, ou quelque chose de plus est-il nécessaire ?

Selon moi, cette question capitale ne reçoit pas l’attention qu’elle mérite, sauf de la part de Bhagavan Baba. Il a expliqué la raison pour laquelle Il insiste très fort sur cette question. Il dit qu’il y a un parallèle puissant et profond entre le corps humain et la société humaine. Au niveau micro, la cellule individuelle et l’être humain individuel sont analogues, alors qu’au niveau macro, le corps et la société humaine en tant que tout forment les contreparties. Baba ajoute que tout comme il y a une synergie (complexe) entre la cellule et le corps, de même, il y a une synergie comparable entre l’individu et la société.

Allant plus loin, Baba a dit à Ses étudiants que tout comme le corps ne peut pas être en bonne santé si les cellules individuelles sont plutôt malades, de même, à moins qu’il n’y ait du caractère individuel, il ne pourra y avoir du caractère dans la nation en tant que tout.

En d’autres termes, l’amélioration morale et le progrès de l’individu et de la société dans sa globalité sont inextricablement liés ; il n’est donc pas possible d’avoir l’un et pas l’autre.

Cette déclaration, bien qu’elle apparaisse banalement évidente, est toutefois universellement ignorée, presque au point de courir à la catastrophe. Il est pertinent dans ce contexte de mentionner qu’il est rarement fait allusion à la devise nationale, Satyameva Jayathe ! (Seule la vérité triomphe !) dans nos écoles ; par conséquent, des millions et des millions de nos étudiants, non seulement passent par l’école, mais aussi par l’université, sans avoir entendu même une seule fois le mot Sathya ! Si la vérité qui est la base de l’honnêteté, de l’intégrité et du bon caractère est à peine évoquée dans les écoles et si l’enseignement est considéré comme une simple formation, sans aucune responsabilité pour le développement du caractère, cela veut simplement dire que nous sommes en chute libre !

Aujourd’hui, les sondages montrent que les gens en sont arrivés à croire que la corruption est quelque chose avec lequel il faut vivre et qu’on ne peut rien y faire. Une société peut-elle survivre, si la corruption devient endémique ? C’est comme dire que l’on peut vivre avec un cancer et simplement l’ignorer ! La corruption, ce n’est pas seulement des fonctionnaires qui acceptent des pots-de-vin pour un travail qui fait en fait partie de leurs obligations (comme délivrer un certificat de naissance, par exemple). Plus largement, il s’agit surtout de tricher.

S’il est permis de tricher, le virus de la tromperie se répandra automatiquement comme un feu de forêt dans d’autres domaines, comme la fabrication de faux médicaments (où le gouvernement n’est pas le seul à blâmer, soit dit en passant) ou le monstrueux frelatage de lait avec de la mélanine, comme cela s’est produit en Chine.

Peut-on réellement garder l’équilibre avec des fraudes aussi criminelles et répandues ? Manifestement, non, c’est pourquoi Baba a non seulement fait du développement du caractère le programme de base de Ses institutions pédagogiques, mais aussi pourquoi Il recommande constamment à Ses étudiants de s’impliquer activement en servant la société de toutes les façons possibles.

En passant, il est pertinent de mentionner que, alors que dans les sociétés anciennes, les devoirs et les responsabilités de l’individu venaient toujours avant des revendications de droits de tout type, en ces temps modernes, le concept a littéralement été renversé, chacun revendiquant ses droits sans se soucier le moins du monde de qui alors endossera les responsabilités.

Ce ‘’triomphe’’ de l’individualisme extrême est devenu possible grâce à une coalition vaste et puissante d’intérêts personnels divers qui, en exploitant les médias, est parvenue à émousser la capacité d’écoute et de vision intelligentes des gens et d’arriver à des conclusions qui se basent sur une enquête personnelle approfondie.

Karl Marx a notoirement déclaré que la religion était l’opium des masses et il avait bien sûr tort. Mais aujourd’hui, le marché a mis la main sur un opium particulièrement puissant sous la forme d’un tapage médiatique perpétuel qui anesthésie les gens avec des avis, des opinions et des choix tout prêts et instantanés !

Comme le dit Bhagavan Baba à Ses étudiants, aujourd’hui, les gens sont amenés à voir à travers les yeux des autres (lire la télévision), à écouter à travers les oreilles des autres (lire la radio) et à penser à travers l’esprit des autres (lire les avis d’« experts » servis 24 h / 24 par n’importe quel outil médiatique imaginable, y compris Internet).

Il est temps de briser ces chaînes, et le point de départ, ce doit être un retour d’une culture de droits à la tradition ancienne du devoir et de la responsabilité. Ce n’est pas une tache facile et cela ressemble plutôt à vouloir déplacer une montagne. Une montagne peut paraître impossible à déplacer, mais immédiatement après avoir découvert le principe du levier, le grand Archimède a déclaré : « Donnez-moi un point d’appui et je soulèverai le monde ! »

Traduit dans notre situation, ceci veut dire que si des individus s’engagent d’abord sur une voie de pureté et de responsabilité et s’unissent ensemble par la suite en nombre suffisant, non seulement ils peuvent déplacer des montagnes, mais aussi forer au travers, tout comme le laser qui est le principe de cohérence par excellence peut traverser jusqu’à dix ou douze centimètres d’acier !


Voir l’unité cosmique et le but de la diversité plutôt que la diversité dans l’unité

Les points suivants se dégagent de l’analyse qui précède :

* Bien que les humains aient tendance à se distinguer en termes de groupes, tribus, communautés, nationalités, races, religions, etc., le fait est que, même d’un point de vue scientifique, ils font partie d’une seule espèce appelée l’espèce humaine, aux caractéristiques génétiques distinctives (qui diffèrent quelque peu, sans aucun doute, de celles des espèces inférieures).
* Néanmoins, si on pense en termes de gènes, il y a en fait une continuité dans l’espèce qui remonte jusqu’à la toute première apparition de la vie sur terre.
* Si l’on remonte encore plus loin et si l’on considère les humains comme constitués, non pas de biomolécules, mais d’atomes de carbone, d’oxygène, de calcium, etc., alors l’existence humaine peut remonter jusqu’au Big Bang lui-même. Tout ce qui précède nous dit clairement que non seulement les humains ont beaucoup plus, mutuellement, en commun, mais en fait, ils partagent aussi beaucoup avec les autres espèces (celles qui sont venues avant y compris). En effet, en termes d’atomes, les humains ont une connexion avec tout le cosmos.
* Il est significatif que Krishna attire spécifiquement l’attention sur l’aspect cosmique de l’homme, bien que brièvement.
* Pour aller encore plus loin, ce qui relie réellement chaque chose dans l’univers, c’est le fait essentiel que toute chose est issue de Dieu, le Créateur.

En fait, ce qui est stupéfiant, c’est l’incroyable unité cosmique et spirituelle sous-jacente à tout le cosmos, plutôt que la diversité visuelle qui a tendance à produire une impression excessive sur nos esprits, à cause de notre façon de penser polarisée et limitée (alimentée par la complicité des médias, bien entendu).

Je suggère fortement que l’on doit, non seulement pour des raisons spirituelles nobles, mais même pour des considérations terre-à-terre, réellement chercher l’unité dans la diversité, plutôt qu’accentuer inutilement la diversité, ce qui se base plutôt sur des considérations créatrices de discordes. Pour le dire différemment et succinctement, je pourrais dire en paraphrasant Baba qu’il y a quatre choses dont chaque individu devrait être conscient :

Les humains doivent être conscients de leur origine cosmique.
Ils doivent être conscients de leurs connexions cosmiques.
Ils doivent toujours être sensibles à leurs responsabilités cosmiques.
Ils ne doivent jamais oublier leur destinée cosmique.

Il n’est pas possible de nous étendre ici sur ce thème (les personnes qui sont intéressées peuvent trouver des détails supplémentaires dans mon dernier livre, Conversation Between God and Man, ISBN-978-81-908439-0-4). Pour le moment, il suffira de dire que dès que nous comprendrons et que nous ressentirons notre lien inter espèces, au-delà de l’espace et du temps avec le Dieu unique dont nous sommes tous issus, il ne fait aucun doute que nous ressentirons une merveilleuse unité cosmique qui nous permettra de puiser à l’immense pouvoir de l’amour pur qui est en nous.

Comme corollaire, je pourrais ajouter qu’en utilisant l’unité des religions comme tremplin, on peut s’élever à un niveau de réalisation nettement supérieur et expérimenter ce qui non seulement remplit de félicité, mais qui aide à puiser le pouvoir divin littéralement illimité latent à l’intérieur pour résoudre les problèmes les plus difficiles créés par l’homme.


Les avantages pratiques de cultiver un sentiment d’universalité 

Il y a environ deux ans, le Prof. Jeffrey Sachs de l’Université Columbia a donné une série de conférences donnant matière à réflexion sur la BBC dans lesquelles il identifiait trois problèmes cruciaux auxquels l’humanité est actuellement confrontée. Ce sont :

1) La menace du terrorisme avec la possibilité de déclencher un conflit beaucoup plus étendu,
2) Les graves dangers posés par le changement climatique imminent et enfin
3) Les dangers sous-jacents à la propagation rapide de la pauvreté massive.

Il ne fait pas de doute que le Prof. Sachs propose une analyse magistrale sur la manière dont ces problèmes sont apparus, mais quand il s’agit de les résoudre, ses arguments paraissent un peu faibles et incertains. C’est parce que son analyse se confine (ce qui est peut-être inévitable chez les intellectuels) à des niveaux qui excluent la spiritualité et la nature fondamentale et essentielle de l’Ame humaine.

Selon moi, tous ces problèmes énormes identifiés par Jeffrey Sachs se manifestent à cause de ce que Mère Teresa a notoirement appelé « pauvreté d’amour ». L’unique antidote à ce déficit grave et dangereux est l’amour pur en abondance. Que cette antidote puisse être fourni et que l’amour pur, lorsqu’il est exploité avec adresse, peut conduire à des résultats stupéfiants, a été démontré par des âmes courageuses dans de nombreux pays et dans de nombreuses cultures tout au long de l’histoire.

Le cœur – le siège de toutes les solutions

Renonçant à l’ancienne sagesse et abandonnant les précieuses leçons de l’histoire, nous avons recours à la place actuellement à la résolution des problèmes (le tout dernier en date étant le krach financier provoqué par la cupidité) par l’entremise de groupes de réflexion, de comités nationaux et internationaux de tous types et de toutes natures et même de rencontres internationales de chefs politiques. Comme ce genre de recherche de solution ne touche pas la cause profonde des problèmes gigantesques que nous nous sommes créés, nous doutons que des solutions puissent être jamais trouvées via des méthodes bureaucratiques. Une approche non conventionnelle est nécessaire et ce que j’ai tenté, c’est d’esquisser une possibilité.

Ma suggestion ne se base pas sur une rêverie débridée ou une spéculation naïve ; elle paraphrase plutôt simplement les enseignements intemporels de Bhagavan Baba qui a aussi prouvé que ces idées étaient éminemment pratiques. Comme Ses nombreuses missions de compassion ont été largement documentées en de nombreux endroits (par exemple, sur ce site Web, www.h2hsai.org), je ne les décrirai pas ici. A la place, j’aimerais conclure en attirant l’attention sur deux remarques importantes : la première est due au défunt Prof. Victor Weisskopf et la seconde à Bhagavan Baba, Lui-même.

Weisskopf, un émigré autrichien qui a fui en Amérique pendant la chasse aux sorcières juives menée par Hitler, n’était pas seulement un éminent physicien, mais aussi une personne très cultivée. Après avoir travaillé sur le projet de la bombe atomique à son début, il abandonna la conception d’armes, devint pacifiste et enseigna au MIT, où il acquit une renommée durable. S’adressant une fois à l’Association Américaine pour le Progrès de la Science, Weisskopf dit :

« La connaissance (scientifique) sans compassion est inhumaine et la compassion sans connaissance est inefficace. »

En termes simples, ce que l’érudit professeur veut dire, c’est que l’humanité s’est engagée dans une poursuite dangereuse, à savoir la recherche de progrès soit disant scientifiques et technologiques, la plupart du temps, sans la moindre trace de compassion.

Dans une veine similaire, Baba dit à Ses étudiants que, bien que l’éducation « profane » puisse conférer des tonnes de savoir matériel et affûter les compétences matérielles des étudiants à un degré exceptionnel, elle ne leur enseigne pas l’équilibre, ni comment utiliser leurs connaissances pour des buts qui soient globalement bénéfiques pour la société, sans perturber la nature en aucune manière. Cet équilibre absent ne survient que lorsqu’on atteint un niveau cosmique, un objectif noble que l’on peut et que l’on doit réellement rechercher, puisque, après tout, les humains représentent l’aspect le plus élevé de la création.

Depuis ces hauteurs exaltantes, beaucoup de choses que l’on fait actuellement et pour lesquelles on dépense de l’argent apparaîtraient tout à fait insignifiantes et totalement dépourvues de sens. Ce n’est pas l’endroit pour s’attarder sur ce sujet, mais si l’on considère uniquement les sommes astronomiques que les nations du monde dépensent pour leurs budgets militaires, le développement des armes et le commerce des armes, on est forcé de constater que ce ne sont pas seulement des dépenses monstrueuses et indésirables, mais aussi, une utilisation la plus immorale de la connaissance, due entièrement à un manque d’amour et de compassion général.

Peut-être serait-il utile d’ajouter, avant de conclure, quelques remarques personnelles pour que la raison pour laquelle j’épouse des points de vue assez peu orthodoxes puisse être mieux comprise. Quand j’étais jeune, j’étais irrésistiblement attiré par la physique, comme un morceau de fer est attiré par un aimant. Fort heureusement, j’ai eu ma chance et j’ai pu passer toute une vie à travailler aux frontières de la pure science et de la pure technologie. A cette époque, je pensais souvent, comme Nehru l’a énergiquement déclaré et à plusieurs reprises, je dirais, que seul la science et la technologie pouvaient résoudre les problèmes de l’Inde.

Quarante ans plus tard, j’ai réalisé que Gandhi comprenait beaucoup mieux l’Inde et ses problèmes. Et lorsque après ma retraite, je suis venu enseigner à l’Université Sri Sathya Sai, j’ai réalisé, après avoir écouté de nombreux discours de Bhagavan Baba, que les problèmes du monde sont principalement créés par la tête. Cependant, en ce qui concerne les solutions, la tête est pathétiquement impuissante et totalement inefficace. On ne peut trouver des solutions à des problèmes complexes, comme ceux mentionnés ci-dessus, que dans le cœur. Et pour insister là-dessus, permettez-moi de conclure avec une merveilleuse citation de Baba qui dit :

Il n’y a qu’une seule caste,
La caste de l’humanité.
Il n’y a qu’une seule religion,
La religion de l’amour.
Il n’y a qu’un seul langage,
Le langage du cœur.
Il n’y a qu’un seul Dieu,
Et Il est omniprésent !

Heart2Heart
Août 2009