DE QUEL SALAIRE UN HOMME A-T-IL RÉELLEMENT BESOIN ?



(Tiré de Heart2Heart - le journal sur Internet des auditeurs de Radio Sai -
Extrait de Sai Inspires du dimanche 26 mars 2006)

Sai Ram et salutations pleines d’amour de Prashanti Nilayam !

Le titre de cet article est inspiré d’un récit de Tolstoï intitulé : « DE COMBIEN DE TERRE UN HOMME A-T-IL BESOIN ? »

À cette époque de l’année, nos médias ne parlent que des diplômés de nos écoles supérieures de commerce et d’administration et des sollicitations fabuleuses dont ils font l’objet à l’étranger avec des offres de salaires pouvant s’élever jusqu’à 200.000 $. Le public est complètement atterré par le phénomène de ces jeunes gens à peine sortis de l’université et à qui on propose de telles rémunérations ! On comprend aisément que ces jeunes gens et ces jeunes filles deviennent instantanément des héros et des héroïnes et que leurs photos s’affichent partout. Les directeurs de ces hautes écoles sont absolument rayonnants, les professeurs qui ont enseigné à ces jeunes diplômés sont pleins de fierté et des centaines de jeunes gens regardent avec admiration, espérant que bientôt leur tour viendra d’atteindre l’El Dorado.

Récemment, nous avons interrogé quelques-uns des étudiants d’une de ces écoles de commerce ici à l’Université de Swami sur ce qu’ils pensaient de tout cela. Nous avons eu une longue conversation incluant le cursus et l’enseignement, puis nous avons passé en revue les différents facteurs. Dans ce bulletin, nous aimerions vous faire part de ce que nous avons entendu et appris de nos étudiants. Voici en essence ce qui fut dit.

En termes académiques, il n’y a véritablement aucune différence entre l’École Supérieure de Commerce de notre Institut et ces Écoles réputées. Le programme est à peu près le même et nous étudions les mêmes livres qu’eux.

Il y a toutefois des différences. Une chose est sûre, dans ces Écoles de Commerce, les étudiants sont davantage mis face à un grand nombre de détails pratiques du monde actuel des affaires. Pour ce qui nous concerne, nous avons une orientation complètement différente qui a sa valeur propre.

Apprendre la complexité du monde des affaires d’aujourd’hui donne incontestablement des avantages tactiques aux jeunes diplômés, en termes d’admission dans de prestigieuses entreprises. D’un autre côté, d’une manière pratique, nous apprenons davantage sur le comportement des êtres humains, sur leurs aspirations, etc. À long terme, cette expérience à elle seule est d’une inestimable valeur. Après tout, en dernière analyse, les affaires impliquent toujours des êtres humains et c’est la société qui est le véritable marché. Ainsi, quand il s’agit de questions telles que négocier avec des clients ou avoir une appréciation juste de ce que veut le public, nous sommes beaucoup mieux équipés.
Pour les étudiants de ces Écoles réputées, l’horizon se limite souvent à l’entreprise dans laquelle ils évoluent. Pour eux, les actionnaires sont des plus importants. Pour nous, la société est tout, et les actionnaires, c’est-à-dire le public dans son ensemble, sont très importants.

Dans les grandes Écoles de Commerce, la plus grande partie de la formation se fait en classe. Pour nous, cependant, la plus grande partie de l’enseignement se fait à l’extérieur de l’école.?

Pour commencer, notre Résidence Universitaire est l’endroit où nous apprenons la plupart de nos leçons, car elle est véritablement un microcosme de la société.

Au foyer universitaire, nous sommes environ dix ou douze par chambre. Comparé à d’autres universités, cela peut sembler horrible, mais une fois que vous vous y habituez, c’est comme vivre dans une communauté qui nous enseigne de nombreuses et précieuses leçons.

Les autorités du campus font en sorte que chaque chambre comprenne un mélange d’étudiants de différentes régions, parlant différentes langues, étudiant dans des domaines variés et provenant de toutes les couches sociales. Pour ce qui est de la Résidence et de l’Université, vivre dans la même chambre, dormir par terre et travailler avec nos frères tout le temps et dans tous les domaines nous apprend à vivre dans l’austérité, à nous adapter les uns aux autres, à coopérer plutôt que d’être en compétition agressive, à nous entraider, etc. Nous pensons que cela forme notre personnalité de façon subtile mais incontestablement significative.

Une autre chose à propos de notre Résidence. Comparée à d’autres Résidences Universitaires ailleurs, elle a très peu de personnel de service, ce qui fait que ce sont les étudiants qui gèrent la plupart des activités du Foyer. Par exemple, toutes les réparations électriques mineures ainsi que la plomberie sont sous la responsabilité des étudiants eux-mêmes.

Quand un garçon est malade, ce sont les autres qui lui préparent un repas approprié tel que prescrit par le médecin.

En effet, toutes les tâches sont partagées. Les garçons servent au réfectoire, s’occupent de la bibliothèque et du centre informatique, du système de communication intérieure, du système audio. Ils font les costumes pour les pièces de théâtre de l’Institut, ils ont un groupe musical qui conduit les Bhajan (chants dévotionnels) et la musique dont on a souvent besoin pour les occasions spéciales, ils préparent la décoration quand c’est nécessaire, etc.

Ces multiples compétences viennent au premier plan pendant la Rencontre Annuelle
Sportive. Des structures très complexes sont alors dessinées et créées par les garçons eux-mêmes et supposent des aptitudes telles que la soudure, le travail du papier mâché, un peu de mécanique, etc.

Incontestablement, notre festival sportif annuel fait l’objet des meilleurs commentaires qui soient sur la formation que nous recevons à la Résidence. Celle-ci est absolument unique et n’a d’équivalence dans aucune Université en Inde, car où les étudiants pourraient-ils obtenir une telle instruction ? Seuls ceux qui ont assisté à l’évènement sont en mesure d’apprécier l’éducation complète que nous recevons en termes de développement du caractère, de confiance en soi, de travail harmonieusement accompli ensemble, entre autres choses.

Partout ailleurs dans le monde, les Écoles de Commerce opèrent de manière à propulser quelques « étoiles » ainsi qu’un grand nombre de mortels « inférieurs ». Dans notre
Institut, nous avons un mode opératoire unique. Le principe est que chacun possède un domaine dans lequel il excelle et que cette personne doit donc être encouragée à faire usage de ce talent pour le bien commun.

Ainsi, un étudiant peut s’avérer remarquable en sports et se retrouver Capitaine de l’Équipe des Sports de l’Institut. Là, il est le chef et les autres le suivent. Toutefois, le même Capitaine peut faire partie du groupe de Bhajan qui a son propre leader. Cela est valable pour tout le monde, à telle enseigne que tous doivent simultanément apprendre à diriger autant qu’à suivre. Cela représente un mode tout à fait unique de formation au leadership qui enseigne à chacun à mener aussi bien qu’à suivre en écoutant les autres.

La Résidence n’est pas tout et nous ne devons pas oublier Swami qui est Celui qui nous forme vraiment de tant de façons différentes. Prenez, par exemple, notre visite quotidienne au Mandir pour le Darshan. Vous savez que cela suppose une grande discipline d’être assis en silence sur le sol des heures durant sans remuer. C’est, en soi, un entraînement qui vous enseigne la patience.

Quand nous sommes dans le Mandir, ce que nous souhaitons passionnément est un regard de Swami et ces regards éphémères se produisent réellement. D’aucuns pourront ne pas les remarquer, mais nous ne les manquons jamais. Parfois, c’est un regard sévère vers un garçon dont le mental de singe fait des siennes. À d’autres moments, c’est un regard empreint d’un amour immense et de compassion, assurant celui qui le reçoit qu’Il est là pour l’aider à passer par-dessus la crise qui se profile. En d’autres occasions, le regard est enveloppé de ce sourire de Grâce incomparable auquel chacun aspire. Au cours des années, toutes ces choses s’accumulent de la manière la plus positive et la plus miraculeuse qui soit et cela ne peut pas être écarté avec légèreté.

Nous ne pouvons pas non plus oublier les nombreuses occasions que Swami nous donne, telles que chanter les Bhajan, distribuer le Prasadam (présents, mets offerts par le
Seigneur), présenter des sketches, parler en Sa divine Présence, chanter des chants le matin lors des fêtes, etc.

Quand les Premiers ministres et les Présidents viennent ici lors de cérémonies, qui est chargé des services liés à l’hospitalité ? Les étudiants de Bhagavan ! aussi bien les anciens (qui servent maintenant en tant que professeurs) que les nouveaux. Et avec quelle méticulosité Swami instruit-Il ceux qui sont responsables du service ! Cela se produit-il ailleurs ?

Nous sommes formés pour la vie de toutes les manières possibles, de sorte que nous sommes en mesure de nous adapter partout où nous allons. Une partie importante de notre éducation est le Grama Seva annuel, ou Service au Village. Où pouvez-vous voir ailleurs toute une faculté et ses étudiants travailler dix ou douze jours d’affilée : faire la cuisine, envelopper la nourriture, la porter avec des friandises et des vêtements à plus d’une centaine de villages, visiter chaque maison dans chaque village, dans chaque hameau, distribuer tout cela avec amour et compassion ? Cette façon de voir et de faire développe en nous un sentiment profond pour l’Inde rurale sans laquelle l’Inde urbaine n’existerait pas. Voilà qui a indiscutablement changé la conception de nombreux étudiants qui souhaitaient s’expatrier, les induisant plutôt à rester et à servir le pays.

Par-dessus tout, ce que nous apprenons à chaque instant, c’est l’importance du caractère et de l’intégrité dans la vie.

« La Vérité fonctionne-t-elle dans le monde impitoyable des affaires ? », nous demande-t-on. Oui, elle fonctionne car, de plus en plus, les entreprises multinationales préfèrent la transparence et l’intégrité dans le travail. À cet égard, nous avons véritablement un avantage énorme sur les élèves diplômés des grandes Écoles de Commerce.

On nous demande : « Pourquoi votre Institut ne possède-t-il pas un service de placement en entreprises ? » La réponse est simple : en premier lieu, les étudiants auraient leur attention détournée des études vers l’argent. Swami exprime clairement que les étudiants doivent étudier pour mener une vie juste et non pour faire de l’argent. Deuxièmement, vidé de l’éclat qui y est attaché, le placement est comme une vente aux enchères ! Nous estimons la connaissance et l’éducation et nous ne pensons pas que le savoir devrait être dégradé de la sorte. Cela est contraire aux nobles traditions de ce pays.

On nous dit : « Regardez les jeunes diplômés des grandes Écoles de Commerce, les grandes multinationales se les arrachent à coup de salaires phénoménaux. Qu’en est-il de vous, jeunes gens, décrochez-vous des postes avec des rémunérations aussi énormes ? » Notre réponse est simple. Tout d’abord, il convient de remarquer qu’à l’exception d’une demi-douzaine de célébrités la masse des étudiants, partout ailleurs, obtient le même type de postes et de salaires que nos étudiants. En fait, au cours des années, les grandes entreprises en Inde ont eu connaissance du fait que les étudiants Sai 1) ne sont pas attirés par les salaires mais par le désir d’apprendre par l’expérience, 2) s’adaptent facilement au travail qui leur est assigné au lieu de marchander pour obtenir le poste qu’ils souhaitent,
3) sont loyaux envers leur employeur et ne passent pas d’un travail à un autre juste parce que quelqu’un leur offre un salaire légèrement plus élevé, 4) qu’ils ont un bon esprit d’équipe et ne se comportent pas en vedettes capricieuses. 5) Finalement, les étudiants
Sai améliorent véritablement la qualité de l’entreprise qu’ils servent, en faisant d’elle une meilleure collectivité citoyenne. En conclusion, les étudiants Sai possèdent leur propre valeur sur le « marché ».

Ce n’est pas tout. Swami déclare : « Vous êtes ce que vous êtes grâce à la société ; alors, lorsque vous allez dans le monde, veillez à servir la société. » Ainsi, pour les étudiants de Swami, servir la société est l’objectif principal dans la vie et c’est ce qu’ils font de bien des façons. En premier lieu, ils travaillent pour leur employeur dans le véritable esprit du Karma Yoga [Le karma yoga est la pratique du service désintéressé.] Ensuite, ils utilisent tous leurs moments disponibles pour aller dans la société assister ceux qui ont besoin d’aide. Certains vont dans les villages pendant le week-end pour pratiquer toutes sortes de services. D’aucuns s’occupent de camps médicaux, etc.

Tout cela, voyez-vous, se poursuit tout au long de l’année, en silence, sans aucune sollicitation extérieure. Savez-vous par exemple qu’un étudiant de Swami est au Nigeria et travaille dans une Léproserie pendant son temps libre : il panse les membres malades des lépreux ? Pouvez-vous trouver un seul exemple comme celui-là de la part d’étudiants diplômés de toutes les grandes institutions réputées à travers le monde ?

Ce qui précède n’est qu’un petit échantillon de ce que nos étudiants nous ont raconté. En les citant, nous ne désirons pas donner l’impression qu’ils sont vaniteux et qu’ils se sentent supérieurs aux autres, loin de là ; quand nous avons posé une question à ce sujet, ils répondirent simplement : « Les autres Écoles de Commerce forment les étudiants à jouer un certain rôle dans la vie, alors que Swami nous forme pour quelque chose de différent. » Et pour nous convaincre qu’ils n’affectent pas d’être plus vertueux que les autres, ils ajoutèrent :

Dans l’Univers de Dieu, tout à sa raison d’être et chaque individu joue le rôle qui lui est assigné dans l’interminable Pièce de Théâtre Cosmique. Nous ne saurions donc condamner ceux qui ont étudié ailleurs. Si certains reçoivent des offres séduisantes de salaires, très bien, c’est que le Bon Dieu l’a voulu ainsi. Pour nous, ce même Bon Dieu a donné d’autres instructions et ici nous sommes formés pour suivre ces instructions quand nous allons de par le monde.

Nous n’avons aucun droit de condamner autrui pas plus que nous n’avons le droit de chanter nos propres louanges. Dieu a donné à chacun un rôle à jouer, les autres jouent leur rôle et nous, le nôtre. En dernière analyse, qui peut dire ce qui est le mieux ? En tout cas, nous savons ceci : il ne peut rien y avoir de mieux que de vivre honnêtement en offrant toute chose à Dieu. Cela est possible tant pour le roi que pour le mendiant. Une des choses positives de notre Institut est que cette vérité nous est constamment remémorée et c’est ce qui nous rend différents. Et nous sommes immensément heureux d’être différents, car il s’agit d’une différence que l’argent ne peut acheter. Alors, de quoi pourrions-nous bien nous plaindre ? Avec amour et respect.

L’équipe de « Heart2Heart »
Revue Prema 70