BONTÉ ET GENTILLESSE CHARISMATIQUES

Par Mme Anisha Bordoloi




Ces paroles de Bhagavan Baba m’ont touché, quand je les découvris pour la première fois : « Ne jugez pas les autres pour décider s’ils méritent votre service. Découvrez s’ils sont affligés – c’est une qualification suffisante. N’examinez pas non plus comment ils se comportent avec les autres, car l’amour peut certainement les transformer. Le service devrait être pour vous un vœu sacré, une sadhana, une voie spirituelle. C’est le souffle même ; vous ne pouvez y mettre un terme qu’au moment où le souffle vous quitte. » En réfléchissant longuement à ces paroles magnifiques, il m’apparut que quelqu’un que je connaissais les incarnait.

Ma grand-mère me visite toujours dans mes rêves de temps en temps. Il doit certainement y avoir une raison à cela. Pourquoi se souvient-elle encore de moi, quand elle passe des moments heureux dans la charmante compagnie de Dieu ? Elle était pour moi un ange bien vivant jusqu’à sa mort, il y a quelques années, et maintenant, elle est juste « mon ange ».

Lorsque ma merveilleuse grand-mère eut environ 95 ans (son sens du tact incontestable et son sens de l’humour n’avaient fait que s’améliorer avec les années), elle invita ses fils pour prendre le thé et elle leur demanda ce qu’ils souhaiteraient garder comme souvenirs, qu’elle avait affectueusement conservés pour ressentir la présence de son mari défunt autour d’elle. Que mon grand-père était presque parfait en tant qu’être humain est une autre histoire.

Tandis que mes oncles faisaient leurs choix, mon père n’avait qu’une seule requête. Et c’était tous les journaux intimes que ma grand-mère avait remplis plutôt religieusement au fil des ans. Le journal intime d’une mère de 95 ans ressemble à un trésor maintenant, mais qui y aurait pensé à ce moment-là ? Comme toute mère qui sait lire l’esprit de son enfant, ma grand-mère savait ce que mon père avait en tête, quand il ne lui demanda rien de plus que son très long journal. Elle savait que son fils ne pourrait être réconforté par aucun autre don matériel.

Après le décès de ma grand-mère et après les derniers rites, mon père s’en retourna avec les derniers dons de sa mère – ses nombreux journaux intimes. Ma sœur et moi, nous fûmes touchées par ce qui était le plus cher au cœur de mon père. Il était évident pour nous, d’où mon père tirait sa bonté. Mon père se mit à nous lire quelques-unes de ces pages. Le compte-rendu d’une certaine journée de sa vie, quelques mois seulement avant qu’elle ne décède fut une révélation. Ma sœur et moi, nous trouvâmes difficile de retenir nos larmes, pendant que mon père nous lisait ce chapitre, les yeux embués.

Une page résumait joliment ce qu’était ma grand-mère : la forme de bonté la plus rare que je ne rencontrerai probablement plus jamais. Dans la liste de ses « visiteurs », il y avait des gens qui avaient besoin d’aide pour de l’argent, un travail, un conseil ou qui passaient pour sa compagnie pure et agréable.

Il y avait une femme, en particulier, qui était une habituée et qui prenait la maison de ma mamy comme une extension de la sienne. Ce n’était certainement pas très agréable pour le reste de la famille et il y avait une raison à cela. Ce visage qui devint un peu trop familier tombait un peu comme un cheveu dans la soupe : elle était grossière et insensible, elle disait toujours du mal des gens, lorsqu’elle ouvrait la bouche pour parler, elle était impolie et elle acceptait sans aucune hésitation, quand on lui proposait de dîner ou une tasse de thé.

Et tout le monde dans l’entourage de ma grand-mère s’est demandé pendant des années pourquoi elle n’avait jamais eu un seul mauvais mot à propos de cette « invitée ». Plus amusant encore le fait que ma grand-mère lui servait à manger chaque fois qu’elle se pointait et qu’elle bavardait avec elle avec le même sourire que si c’était nous.

« C’est ingrat d’être bon avec les gens ! Je peux être bonne et généreuse occasionnellement, mais supporter tous les jours la compagnie d’une personne aussi peu brillante n’offre pas beaucoup de joie. » N’avons-nous pas tous pensé ainsi en nous-mêmes certains jours, si pas tous les jours ?

Mon père arriva à l’endroit du journal où étaient inscrites ces lettres d’or : « Pendant des années, les gens m’ont demandé pourquoi j’étais aimable avec cette personne. Je sais sans aucun doute que c’est quelqu’un de désagréable et qui a donné des raisons aux gens de la fuir. Elle m’a même confié qu’elle pensait être une figure déplorable. Au lieu de la juger, j’ai pensé à quel point elle devait être triste et seule. Si je lui montre la porte, ce qui est peut être la chose la plus facile à faire envers quelqu’un comme elle, qui la prendra jamais en amitié, qui lui offrira un repas ou qui passera même cinq minutes avec elle ? »

Ma sœur et moi nous nous regardâmes, en essayant de ne pas montrer nos larmes. Mon père remarqua que nous ne pouvions en croire nos oreilles. Il s’arrêta quelques instants, prit une longue respiration et il continua : « Je voulais qu’elle sache qu’elle avait un endroit où aller, chaque fois qu’elle avait besoin de quelque chose. »

Je comprends maintenant pourquoi je vois ma grand-mère dans mes rêves. Elle me dit toujours de ne jamais oublier d’être bonne. Comme le dit mon père : « Il est bon d’être grand, mais il est grand d’être bon. » Ma grand-mère avait réellement saisi quelque chose et elle l’avait pratiqué à la perfection : « Aimer tout le monde, servir tout le monde ; toujours aider, ne jamais blesser. »

Elle a vécu ses 99 ans sur cette planète en faisant les mêmes vieilles bonnes actions sans le moindre soupçon d’ennui ni de plainte. Comment parvenait-elle à se souvenir de nourrir les oiseaux et les animaux, les étrangers qui se pointaient à la porte, les amis ou la famille, en fait, tout un chacun et n’importe qui, avant ses repas et autres affaires du jour – et ceci, chaque jour de sa longue vie ? Cela me sidère et cela me rend humble ; mon cœur se remplit d’orgueil, quand je me dis que c’était ma mamy. Même les bonbons qu’elle nous donnait avaient une douceur spéciale. Son merveilleux sourire qu’elle partageait constamment rendait sa générosité encore plus éblouissante.

Les paroles pleines d’amour de Bhagavan me viennent à l’esprit : « Donnez de la joie à tous. Pratiquer l’amour désintéressé est le moyen pour atteindre cet idéal. Si l’amour peut vous rapprocher de Dieu, comment peut-il échouer, là où les êtres humains sont concernés ? Dieu réside dans un cœur pur, resplendissant dans sa gloire naturelle de sagesse, de puissance et d’amour. Commencez la journée dans l’amour. Passez la journée dans l’amour. Remplissez la journée d’amour. Finissez la journée dans l’amour. C’est le chemin qui mène à Dieu. »


Heart2Heart
Août 2009