LE CAUCHEMAR SE MUE EN RÉVÉLATION

Sri B. Arvind




La longue journée touchait enfin à son terme et je me faisais une joie de me coucher aussi vite que possible. Le lit semblait m’appeler et je sentais que nous étions faits l’un pour l’autre. Avec un doux oreiller sous ma tête et une chaude couverture sur moi, je me blottis à l’intérieur et je perdis conscience du monde.

Bientôt un autre monde se manifesta à moi. J’étais quelque part dans la jungle profonde et je marchais seul. Un formidable rideau de plantes grimpantes me surplombait et me donnait la chair de poule et la densité des branches entrelacées permettait à peine à quelques rayons de lumière de filtrer jusqu’au niveau du sol. C’est à cause du teint jaunâtre des rayons de lumière qui filtraient que je réalisai qu’il faisait jour et non pas nuit. Le seul son que je pouvais entendre, c’était le craquement léger de la mousse et des fougères sous mes propres pas, alors que je marchais. J’ignorais d’où je venais et je n’avais pas la moindre idée de ma destination. L’incertitude et la peur me hantaient, car j’étais incertain de ce que j’allais rencontrer sur ma route en avançant.

Soudain, des hurlements perçants semblèrent jaillir de la cime des arbres. Il apparut qu’un groupe de primates féroces avait trouvé en ma personne un intérêt soudain et qu’ils chargeaient dans ma direction. Je me mis à courir. Fonçant comme un fou sur un chemin imaginaire entre les buissons épineux et les fougères glissantes, j’avançais à une vitesse stupéfiante. Mais c’est comme cela que n’importe qui courrait en situation de danger mortel. A présent, un rugissement se fit entendre à ma gauche. A ma grande horreur, je vis que c’était une panthère noire, une mère qui protégeait ses petits. Pas exactement ravie de l’intrusion, elle décida que je ferais un bon repas pour toute la famille. Elle se joignit à la poursuite qui empirait à chaque instant pour moi. A présent, j’avais des palpitations – plus dues à la peur qu’à l’épuisement. Mais le pire était à venir : une petite glissade suivie par une grosse chute. Ce fut horrible d’entendre le craquement de mes propres os. Je roulai sur le sol moussu et néanmoins pierreux, comme si ma jambe droite n’existait pas. En essayant de me relever, une douleur atroce s’élança de mon genou et parcourut l’entièreté de mon corps. C’était une situation désespérée. Des larmes se mirent à couler toutes seules le long de mes joues et je restai là, couché, en attendant la fin inévitable. En haut, les singes, en bas, la panthère – quelle fin épouvantable ! Je fermai les yeux et pour la première fois de ma vie, je me sentis complètement vide.

Je m’éveillai en haletant dans mon lit. Des perles de sueur roulaient sur mon visage dévoré par la peur. Je m’assis avec mon esprit dans le même état de vide. Je vidai d’un trait un verre d’eau. Toute la semaine passée avait été terrible. Chaque nuit, des rêves terrifiants me hantaient. Chaque nuit, je m’éveillais au milieu de mon sommeil, me sentant impuissant. Que devrais-je faire ? Qui pourrait m’aider ? Cette fois, je décidai que c’en était trop avec ces rêves. J’allais en finir avec eux avant qu’ils n’en finissent avec moi. Quelle ironie ! Je fabrique le rêve et il essaye de me détruire ! Je m’approchai du miroir et regardai mon Soi. L’image qui était là parut me parler :

« Tu es celui qui a créé ce rêve. Tu peux changer tout ce que tu veux. Tu ne dois pas te sentir impuissant, parce que tout ce qui est là est simplement une manifestation de ton esprit et de ta volonté. Tu es le créateur et tu crées ainsi tout ce que tu veux. Ne subis pas des limites que tu crées pour autrui. Rien ne peut te limiter. Tout ce à quoi ton esprit pense, tu peux le faire, parce que tu es le créateur. Mais rappelle-toi, tu dois savoir qui tu es. Autrement, tu seras de nouveau submergé par ta propre création. »

Je m’approchai de mon walkman et j’enregistrai tout ce que mon Soi m’avait dit. Je branchai les écouteurs et repassai la bande. Je la réécoutai, encore et encore jusqu’à ce que de nouveau, je sois perdu pour ce monde. J’étais de nouveau au fin fond de la jungle et je marchais seul…

Avance rapide jusqu’à l’endroit où je gisais par terre, en attendant la panthère et les singes. Soudain, là, je découvris un walkman à côté de moi. Je mis les écouteurs et j’entendis ce que mon Soi me dit. Je savais. C’était un rêve et c’était moi qui le créais. Alors, tandis que la panthère bondissait en direction de ma gorge, je voulus qu’elle se transforme en un mignon petit chaton. Il se blottit dans mes bras en miaulant. Je regardai ma jambe droite et j’émis un voeu. Elle fut aussi saine et en bonne santé que jamais auparavant. Un vœu plus tard, les singes m’apportaient de la nourriture et de l’eau et ils semblaient me masser les pieds. Ensuite, je réalisai que j’avais cessé de penser. Il me semblait tout connaître. Je sus que j’étais à New York et que je marchais pieds nus dans les rues, là-bas. Tout le monde pensait que j’étais fou, mais cela n’avait pas d’importance pour moi. De nouveau, je sus qu’on m’appréciait beaucoup et à cet instant, il y eut une foule immense qui attendait pour m’entendre parler. Je ne voulais pas parler, parce que j’étais perdu dans la félicité de mon identité tout récemment retrouvée - ma véritable identité, en fait. Je sus que je remplirais tout le monde de cette même félicité et l’instant d’après, tous semblèrent réellement extatiques.

Ensuite, je sus que j’étais parti et l’instant suivant, je me retrouvai sur les pentes des Himalayas. Je savais que le froid ne pourrait pas m’atteindre et il en était bien incapable ! J’en vins à comprendre que le New York Times avait mis ma photo à la une avec comme gros titre « L’homme-miracle s’évanouit dans l’air ! » Je me sentais réellement désolé… Je savais que l’humanité avait été mal guidée. A présent, j’avais cessé de penser et de ressentir. Je savais tout, simplement, car j’étais et je suis le créateur !

En parcourant les grandes plaines gangétiques, je connus une vague de compassion et d’un geste de la main, je guéris tous les malades, là-bas. Je créai un monde, juste comme je le voulais. Les années passèrent ainsi. C’était si simple. Comme j’avais les choses en main, je traversais aussi le temps. Le voyage temporel n’était pas un mythe. Je le savais, aussi je pouvais le faire. Ensuite, je sus que j’étais revenu à New York. Les gens se précipitèrent vers moi de toutes parts et je fis face à une foule immense sous un super dôme. Chacun s’adressait à moi comme à Dieu ! Oh, mon Dieu ! C’était dingue. Ne comprenaient-ils pas que tout ceci était un rêve ? Si j’étais Dieu, alors, eux aussi étaient Dieu, tout autant.

C’est seulement par compassion suprême que je parlai. Je dis : « Il n’y a qu’une seule chose que vous devez savoir. Vous aussi, vous êtes Dieu. Vous pouvez faire tout ce que je fais, si seulement vous connaissez cette Vérité. La différence entre moi et vous, c’est que je connais la Vérité, et pas vous ! » Bien. Les gens m’adorèrent, mais ils n’étaient pas prêts à comprendre ce que je disais. Ils eurent l’impression que je racontais l’impossible. Attachés à leurs propres royaumes étroits, ils refusaient de voir la Vérité. Je leur dis : « Vous ne devez rien accomplir. Sachez, simplement. C’est tout. » Cette déclaration simple leur parut des plus compliquées. Mais je savais simplement que, où que j’aille, je dirais simplement la même chose – cela seul était la Vérité. Tout le reste est illusion.

Le matin, je m’éveillai, mais en douceur, cette fois. Je me sentais parfaitement maître de moi. Il était 5h30. Je me lavai, je m’habillai, j’allumai le poste de radio digital et je me branchai sur Radio Sai. La voix douce de Swami flotta dans la pièce. Le discours d’adieu donné lors de la Conférence Mondiale de la Jeunesse passait à l’antenne.

« Vous êtes tous Dieu. Chaque chose que vous voyez est Dieu. Vous passez des heures en méditation et dans des activités spirituelles. 11 secondes suffisent. Ne vacillez pas et sachez, « Je suis-je ». C’est tout ce qu’il y a à faire… »

Mes oreilles restèrent sourdes à tout le reste. J’étais perdu dans un état pareil à une transe. Déjà vu ? Un éclair soudain de réalisation ? Je ne sais pas exactement ce que j’ai ressenti. Je tombai à genoux et j’espérai qu’une fois encore, mon soi écouterait mon Soi.

Cher lecteur, bien que cette histoire soit une fiction, l’idée qu’elle transmet est profonde. En bref, nous pouvons créer notre propre monde, le monde exact dans lequel nous-mêmes, nous voulons vivre. Nous avons ce pouvoir en nous !

Jai Sai Ram.

Sri B. Arvind

Sri B. Arvind est un ancien étudiant de l’Université Sri Sathya Sai

Sai Inspires – Sunday Special – 26/08/20071