AU-DELÀ DE LA FORME

Judy Warner Scher



(Tiré du livre « Sai Sparshan » édité à l’occasion du
80ème Anniversaire de Bhagavân Sri Sathya Sai Baba
par le Sri Sathya Sai Institute of Higher Learning, Prashanti Nilayam)

Judy Warner Scher a publié 14 ouvrages sur Swami, parmi lesquels Pathways to God (Chemins vers Dieu) ; elle a également réuni la documentation nécessaire à la rédaction de The Dharmic Challenge (Le défi Dharmique), Inspired Medecine (Médecine inspirée) Transformation of the Heart (Transformation du cœur) qu’elle a aussi édités.

Je suis devenue fidèle de Swami en 1985 et suis allée Le voir seize fois en tout, la dernière fois en décembre 2000. Comme je suis d’une nature très entière, j’ai essayé de Lui dédier tout ce que je faisais. Je me suis appliquée à faire nâmasmarana, j’ai chanté des Bhajan, médité et me suis lancée dans de nombreuses activités de service. Je me suis profondément attachée à Sa forme magnifique et pleine d’amour ; aussi, quand quelqu’un m’a dit un jour qu’il était temps pour moi d’aller au-delà, je lui ai répondu : « Je ne veux pas aller au-delà de la forme ; j’aime L’aimer sous cette forme-là. » En fait, je redoutais le jour où cela m’arriverait. Bien entendu, ce jour-là a fini par arriver. Et quand quelque chose de cette importance arrive, on n’a pas le choix de dire que l’on n’en veut pas. Globalement, mon sevrage de Sa forme s’est fait en douceur, bien qu’il y ait eu malgré tout certains défis à relever. Je pense que ce sevrage a commencé il y a quelques années lorsque j’ai été incitée à quitter mon emploi ; je travaillais alors en tant que coordinatrice du processus de deuil dans un hospice. Peu après, j’ai reçu un message plus clair m’incitant à mettre un terme à toutes mes pratiques spirituelles d’alors : la méditation, nâmasmarana, les bhâjan, tout ce que je faisais au nom du Seigneur, même mes activités de service. Alors que j’étais quelqu’un de très active, j’étais tout à coup censée rester tranquille.

Comme j’avais beaucoup lu, je savais que ce que l’on me demandait, c’était d’être au lieu de faire, mais cela n’était pas facile pour moi. Il m’a fallu neuf mois pour cesser de tourmenter mon esprit avec des pensées du genre : « Je ne fais rien de productif. Peut-être que je suis devenue fainéante. Et, de toute façon, d’où venait ce message ? Était-il réel ? » Je ne pouvais m’empêcher de penser que j’avais besoin de faire quelque chose d’utile. Lorsque nous nous rendîmes en Inde, mon mari et moi, après cette période stressante, Swami nous convia à un entretien. J’étais nerveuse à l’idée qu’Il allait me demander quelle Sadhana je faisais, parce que c’était pour suivre Ses conseils que, pendant des années, j’avais été aussi active. Et devinez quoi ! C’est exactement la question qu’Il me posa. Il me demanda quelles étaient mes pratiques spirituelles et je Lui répondis : « Swami, je me contente d’observer et d’essayer d’accepter ce qui est. » Il me regarda au fond des yeux et répondit avec un amour infini : « C’est bien, continue sur cette voie. » Ces paroles de Swami furent une confirmation des plus importantes pour moi. Il venait de me prouver que je pouvais faire entièrement confiance à ma voix intérieure.

Après cet entretien, ma vie devint plus tranquille. Je me contentais d’être témoin et d’accepter ce qui se passait quand cela se passait ; tout au moins, j’essayais d’y parvenir. Peu à peu, je devins plus calme. Je passais du temps à la maison avec mon mari, à lire de nombreux textes sur l’advaita (la non-dualité), jusqu’à ce que je ressente enfin une sensation de tranquillité.

Lors de mon précédent voyage à la rencontre de Swami, une autre graine avait été plantée, bien que je ne sache pas alors que c’en était une. Chaque après-midi passé à Whitefield, je me contentais de rester assise et d’éprouver de la félicité à entendre les étudiants chanter pour Swami. Un après-midi, une pensée fugace traversa mon esprit : « Je suis en train de me créer une nouvelle dépendance. » Plus tard, je me mis à penser en ces termes : « En quoi cela est-il différent de la dépendance qu’on peut avoir pour le chocolat ou certaines drogues ? » Il me fallut peu de temps pour comprendre que j’étais convaincue de ne pouvoir ressentir de félicité ou de satisfaction qu’en la présence physique de Swami. Je n’avais alors qu’une vague sensation que cette joie, cette paix que j’éprouvais provenait en fait de l’intérieur de moi.

Pendant les années qui suivirent, il me fut de plus en plus facile de ressentir Swami à l’intérieur de moi. Le fait de ne pas me trouver en Sa présence physique n’était plus pour moi un problème, car Swami s’était comme ancré plus profondément dans ma conscience. Souvent, je me sentais traversée par un sentiment profond de gratitude. Lorsque je commençai à ressentir cela, mon désir de retourner en Inde pour Le voir disparut complètement.

En juin 2003, mon mari décéda. Nous avions été incroyablement proches l’un de l’autre et n’avions jamais rien fait séparément. D’une certaine manière, je réagissais comme n’importe quelle épouse affectée par le deuil de son mari ; je pleurais souvent et à chaudes larmes. Malgré cela, cette période de deuil ne fut en rien comme ce que j’avais vu ou entendu lors des sessions de thérapie de groupe sur le thème du deuil que je dirigeais à l’époque. Ce qui m’arrivait était véritablement miraculeux.

Deux semaines après la mort de Jack, je fus littéralement catapultée dans le présent, un présent d’une Clarté incroyable. Les choses que je n’avais jamais aimé faire, comme parler avec les avocats et les comptables, tout cela m’était devenu facile. Ce qui me parut le plus incroyable, c’est que mon passé tout entier semblait s’être évanoui. Non pas que je ne me souvienne plus de ce que j’avais fait, comme mon voyage en Inde avec Jack, c’était comme si le passé n’avait plus aucune charge émotionnelle pour moi. Et par quelque Grâce accordée, ce positionnement vis-à-vis du passé est demeuré plus ou moins le même jusqu’à aujourd’hui. Lorsque je me trouvais dans cette Clarté, il n’y avait pas non plus d’avenir devant moi. J’étais tout simplement dans l’ici et maintenant. Cependant, l’avenir est revenu ; mais lorsque je commence à m’angoisser en y pensant, je me ressaisis aussitôt et je m’ancre à nouveau dans le présent.

J’ai beaucoup réfléchi à cette extraordinaire ouverture que j’ai connue à la mort de Jack. Je crois, tout en sachant que je n’en aurai jamais la preuve, que si j’avais encore été attachée à la forme de Swami, j’aurais été également attachée à la forme de Jack et n’aurais pas été capable, par conséquent, d’accepter vraiment ce qui m’arrivait et de lâcher prise. Le sentiment de gratitude que j’éprouve à l’égard de Swami pour m’avoir offert cette capacité à me détacher de Sa forme n’a pas de limites.

Ainsi que le dit Swami, les anniversaires ne signifient rien, car tout cela n’est qu’un rêve.
Malgré tout, comme je continue à croire qu’il existe un monde dans lequel nous vivons, je souhaite à la forme magnifique et pleine d’amour de Sathya Sai Baba un très heureux 80ème anniversaire.

Judy Warner Scher
Heart2Heart