LA FORCE DE SUIVRE LE BIEN,
QUEL QU’EN SOIT LE PRIX


Par M. Venkatraman Krishnamoorthy



Ancien étudiant de l’Université Sri Sathya Sai, M. Venkatraman Krishnamoorthy s’est inscrit au campus de Prasanthi Nilayam pour poursuivre sa maîtrise de gestion commerciale pendant les années 1998-2000. Après avoir obtenu son diplôme, il est entré dans l’une des plus grandes banques du secteur privé de l’Inde. Actuellement, il est directeur adjoint à la Standard Chartered Bank et il est basé à Mumbai. Il joue également un rôle actif dans les projets de service de l’Organisation Sri Sathya Sai de Seva du Maharashtra.


C’est lorsque nous sommes à bout, éreintés que nous réalisons que la compétence fournie par nos livres commerciaux ordinaires n’est pas suffisante pour nous permettre de prendre les bonnes décisions. C’est alors que nous ressentons le besoin de contacter la source de toutes les connaissances – notre cœur – et d’y puiser la solution requise.

Comme le dit le Prof. William Miller, un conseiller en management réputé : « Notre conscience nous fournit une direction qui émane directement de notre nature spirituelle inhérente. C’est plus que simplement distinguer le bien du mal. C’est la voix de notre cœur spirituel, notre vrai Soi. »


S’engager dans la lettre et dans l’esprit

Cet incident remonte à l’époque où je me trouvais dans une banque de pointe du secteur privé. J’y étais entré au mois d’août 2000 et j’avais passé presque un an dans la nouvelle équipe des opérations bancaires électroniques, et avec les préparatifs que nous avions faits, la banque décida d’engager trois personnes en plus pour traiter le volume que nous escomptions. Le recrutement fut terminé au mois de septembre 2001 et sur la base de la force de la nouvelle équipe, notre direction entreprit un grand nombre de projets.

Notre chef commercial direct avait engagé l’équipe en vue des nouveaux objectifs avec le directeur général de la banque. Mais à la surprise générale, les trois employés de l’équipe fraîchement recrutés quittèrent la banque l’un après l’autre en l’espace de 15 jours.

Chacun d’eux mentionna une raison, telle qu’une meilleure proposition, ou bien le nouveau travail était différent de ce qu’on leur avait décrit ou bien un déménagement à cause de raisons familiales. La société mesura les conséquences de leurs défections et tenta de les empêcher de partir, mais sans succès.

Notre banque s’était déjà engagée envers ses clients dans divers projets avec des délais stricts sur la base du renfort en personnel et il n’y avait aucun moyen d’éluder ces engagements. Nous nous mîmes en quête de ressources humaines temporaires, mais cette solution ne marcha pas non plus. Les trois mois qui allaient suivre allaient être un combat pour mon patron et pour moi, puisque nous étions les derniers dans l’équipe.

A deux, nous devions faire le travail de cinq. Je faisais déjà beaucoup d’heures supplémentaires et je réalisais que cette charge de travail supplémentaire me pousserait au bout de mes limites et je me demandais comment j’allais tenir. Pendant une demi-heure, mon directeur me parla des moments difficiles qui nous attendaient et il me dit comment nous devions prendre les choses sereinement et franchir le cap au meilleur de nos possibilités.

C’est au cours de cet entretien que je lui dis que j’avais reçu une proposition d’une banque importante (une proposition que j’avais reçue sans avoir passé aucun entretien, puisque des collègues de ma banque entrés dans cette nouvelle société avaient parlé de mes performances). Mais je lui dis également que j’avais décidé de rester, en dépit des circonstances difficiles, puisqu’il serait très inopportun que moi aussi je m’en aille en cet instant critique. Je me remémorai silencieusement les paroles de Bhagavan Baba, lorsqu’Il nous parla dans l’amphithéâtre de l’Institut, lors du « MBA Anniversary Day » :

« Vous devriez travailler dur dans une organisation pendant au moins cinq ans pour prouver votre compétence. N’exigez jamais une augmentation de salaire et ne changez pas de travail à tout bout de champ pour quelques roupies en plus. »

Mon patron avait perdu sa langue et il paraissait plutôt ému. Il resta silencieux pendant 5 minutes, puis il dit calmement : « Cela fait 25 ans que je travaille, mais c’est un moment que je chérirai toujours dans mon cœur. » Il était évident qu’il était bouleversé par ma décision de rester et d’aider la société, mais franchement, je n’avais pas d’autre choix, puisque c’était la voix de ma conscience qui me disait de ne pas être égoïste, mais d’appliquer les principes sacrés de loyauté, de conscience et de diligence. Je savais que j’avais fait un choix important qui non seulement affecterait mon avenir, mais qui me définirait aussi en tant que personne. C’est vraiment en ces instants de crise que nous découvrons qui nous sommes réellement et j’étais convaincu que j’avais pris la bonne décision.

Nous nous battîmes pendant les cinq mois qui suivirent en pointant à 8h45 au bureau le matin et nous rentrions chez nous à 23H00 et parfois à 1heure du matin. Ce fut une période éprouvante pour tous les deux, mais nous étions hyper motivés et gonflés à bloc pour relever ce défi. A la fin, nous vînmes à bout de tous les engagements en souffrance à la satisfaction totale de nos clients et c’est seulement alors que nous pûmes reprendre un horaire de travail normal.

Je suis resté dans cette banque pendant 6 ans pour finalement passer à la Standard Chartered Bank. Mon boss a également changé de département, mais avant mon départ, le dernier jour, il m’a emmené au restaurant et alors que nous nous dirigions vers la sortie, il a mis sa main sur mon épaule et il s’est rappelé ce jour-là et il a dit : « Quatre ans après cet incident, mon esprit s’attarde toujours sur cet instant unique. Aucune personne de ton âge n’aurait pris cette décision. J’ai vu beaucoup de compatriotes travailleurs aller et venir, mais aucun d’entre eux pratiquer l’axiome « Veiller à l’intérêt de la société avant son propre intérêt ». Une telle abnégation ne vient pas, même après des années de travail. Tu n’as pu le faire que grâce à ta formation pédagogique à l’Université Sri Sathya Sai. » Il me serra la main pendant une minute et puis il dit : « Ton Sai Baba sera très heureux de la manière dont tu as travaillé ici. Tu as pleinement vécu selon Sa parole. »

Le courage est la plus grande de toutes les vertus. Parce que, si vous n’avez pas de courage, vous pourriez ne pas avoir l’opportunité d’exercer les autres.


La moralité et les principes contre l’argent et le statut

Au début de ma carrière de directeur adjoint, je traitais avec un client très important, un des plus grands conglomérats du secteur privé de l’Inde. Les affaires avec ce client étaient extrêmement profitables et ainsi, elles portaient le sceau d’une relation d’affaires importante et prestigieuse.

Avec une collègue féminine, j’avais l’habitude de visiter différents départements du siège de la société du client. Au retour de l’une de ces visites, la fille éclata en sanglots et elle me confia qu’elle était harcelée par l’un des vice-présidents seniors de cette société. J’étais choqué et je pensai qu’il fallait s’occuper de ce problème immédiatement. Cependant, ma collègue était gênée de soulever cette question avec notre patron. J’étais indigné par ce comportement obscène et je pris mon courage à deux mains pour révéler la chose, même si je savais que ma carrière pourrait être mise en jeu en m’attaquant à ce gros bonnet puissant. Je tenais mon courage de faire ce qui était juste, de suivre le Maître intérieur.

Quand la question fut soulevée, notre directeur commercial recommanda que la collègue féminine ne visite plus ce client particulier et donc, je dus reprendre son rôle. Quand je rendis visite au vice-président senior, il était blême et il se comporta de manière inconvenante. Il menaça même de ne plus avoir affaire avec notre banque, à moins que la fille ne vienne pour traiter avec la société.

Le client alla même plus loin et il se plaignit de moi au Country Head, en prétendant que je m’étais mal conduit avec lui. Ce fut pour moi une période tendue, car j’étais à la merci d’intérêts puissants qui se fichaient pas mal de moi ou de ma collègue féminine – ici, l’argent était Dieu, et non les sentiments d’un individu ou la moralité.

Pour apaiser le client et préserver les relations commerciales, ma banque me retira cette mission particulière. Le directeur commercial m’appela et dit : « Je n’ai pas d’autre choix que de t’enlever ce rôle, parce que sinon, la banque sera touchée et nous ne pouvons pas nous permettre de perdre ce client important et profitable. »

Je savais que j’avais suivi la ligne de conduite éthique, mais je devais vivre avec les conséquences sur le plan matériel. Ma carrière piqua du nez avec les promotions qui en souffrirent pendant les deux années qui suivirent. Ma collègue déclara alors que mon honnêteté et ma pratique des valeurs m’avaient coûté cher en termes de promotion et de carrière. Elle semblait provenir de l’école où l’on croit que les bons gars finissent toujours les derniers.

Mais en toute sincérité, je fus à peine troublé par le tour des événements, car je savais que c’était juste un recul temporaire et que la voie de la vertu était toujours parsemée d’écueils. Qu’est-ce que la chance d’une plus grosse rémunération, comparé au fait de préserver les valeurs chères à mon cœur ? Jamais je ne voudrai faire de compromis sur ces précieux principes pour gravir quatre à quatre les échelons de l’échelle professionnelle. Je me rappelle avoir pris position en faveur du dharma avec une douce satisfaction, car je sais que si je n’avais pas agi selon ma conscience, je ne serais pas l’homme que je suis aujourd’hui et être authentique envers moi-même est ce qu’il y a de plus essentiel pour moi.

J’ai pris la bonne décision, vu que mes valeurs n’ont jamais été corrodées par le désir d’argent. Mon attitude a toujours été spartiate. J’ai appris à ne pas être intéressé par l’accumulation d’argent pour le luxe ou le pouvoir. Comme Bhagavan Baba le dit : « L’argent est comme le sang et il devrait circuler pour que notre santé reste bonne. » Je ne me réjouis jamais de profits matériels. Je pense que c’est un trait très important, particulièrement quand on travaille dans une industrie qui n’est mue que par des chiffres « purs » et durs. Si je considère mes collègues stressés, je réalise que cette qualité me maintient dans un état de paix absolue.

En tous cas, pour continuer mon histoire, quelques mois plus tard, j’ai reçu une nouvelle proposition d’une autre banque éminente qui me compensa doublement, non seulement en terme de salaire, mais aussi en terme de nomination.

Justice fut faite, apparemment, lorsque après quelque temps, l’inconduite du même vice-président avec une autre dame fut mise en lumière et provoqua un tumulte énorme dans cette compagnie. Il fut rétrogradé et mis sur une voie de garage.


Des points et des remarques correctes !

Si je considère ma vie, je peux voir qu’avoir reçu de bonnes bases depuis l’enfance dans le domaine des valeurs est ce qui m’a beaucoup aidé dans le développement de ma personnalité. Sans une éducation aux valeurs précoce, comment ces vertus peuvent-elles prendre racine dans nos vies ?

Je me souviens d’un incident qui s’est passé, quand j’étais en 4ème primaire. Bien que je n’avais que 8 ans, à l’époque, je pus me sortir avec panache d’une situation difficile en classe, grâce à l’éducation de mes parents et aux valeurs familiales qui étaient profondément gravées dans mon cœur depuis mon enfance.

J’avais obtenu une note de 31 % pour l’examen de géographie. Comme il était d’usage à l’école, chaque étudiant reçut les feuilles corrigées pour vérifier les réponses. Après avoir reçu ma feuille, j’allai dans un coin de la classe et je recalculai les points exacts et à ma grande consternation, je constatai que le résultat n’était que de 11/100 !

A ce moment-là, je vis la file des élèves qui essayaient d’augmenter leurs points. Mais même alors, mon cœur m’ordonna de rendre la feuille au professeur et de lui faire savoir que mes points avaient été mal calculés et qu’ils étaient beaucoup plus bas que la norme acceptée !

Ma professeur fut agréablement surprise et elle apprécia beaucoup mon approche honnête et véridique. Et en dépit de la faiblesse de mes points, elle me plaça à côté d’elle et elle s’adressa à toute la classe en me louant, moi et l’exemple que j’avais montré. C’est cette rectitude qui m’a aidé à réussir dans ma vie jusqu’à aujourd’hui.


Le déroulement d’un voyage merveilleux

Je n’avais pas conscience que l’Avatar de notre ère arpentait la Terre dans un humble village du sud de l’Inde jusqu’à ce qu’un jour, Il décide d’intervenir. Ma sœur cadette était enseignante Bal Vikas (système d’enseignement des Valeurs Humaines Sathya Sai) et un beau jour, elle ramena un formulaire de candidature de maîtrise en gestion de l’Université Sri Sathya Sai afin que je pose ma candidature.

Je soumis ma candidature et miraculeusement, je fus sélectionné. Pour autant que j’avais envie et que j’étais impressionné de voir le système d’éducation gurukulam, il était très difficile pour moi de comprendre le concept de l’Avatar et d’accepter que Dieu marche réellement en chair et en os juste devant moi. Je m’efforçai d’établir un lien avec Bhagavan Baba pendant les premières semaines. J’avais exploré et étudié les Ecritures durant des mois pour comprendre tout ce que je « savais » de Dieu et comprendre notre lien avec Lui. Je saisissais les principes de base de la spiritualité, mais je n’avais jamais été touché par aucune expérience émouvante.

Mais auprès de Ses Pieds de Lotus, au fur et à mesure que le temps passait, j’en vins à découvrir des aperçus importants sur la vie et des vérités sur moi-même que je n’avais jamais comprises auparavant. Le plus grand aperçu de tous, c’est celui-ci : l’épanouissement de mon lien avec Dieu. Grâce à cette conscience toute neuve, quelque chose changea profondément à l’intérieur de moi, qui me conduisit à grandir comme je ne l’avais jamais imaginé.

Quand j’y repense, je sais que ce qui m’est arrivé est la plus belle chose dont on puisse faire l’expérience dans cet univers. C’était réel, mais je pense aussi que je ne l’aurais probablement pas crue, si je ne l’avais pas moi-même expérimentée. Et ce que j’ai partagé dans cet article, ce sont quelques aperçus et quelques expériences de ce voyage merveilleux, une odyssée d’amour pur et de pure justice qui devient plus excitante et plus éclairante avec chaque jour qui passe.



Heart2Heart / Juin 2009