LA DESTRUCTION DE L’ATTACHEMENT



Une fois, le sage Agastya, lors de son séjour sur la terre, rencontra un fermier qui s’efforçait péniblement de nourrir sa famille. Par compassion pour l’homme, le sage lui dit : « Cher ami, ne t’inquiète pas, tous tes ennuis vont cesser. J’ai le pouvoir de te libérer de tout esclavage. Accompagne-moi à Vaikunta, la Demeure du Seigneur. »

Le fermier répondit : « Ô vénérable ! Comment puis-je abandonner mes enfants ? Reviens dans dix ans. Je serai prêt à t’accompagner. » Le sage revint après dix ans et il se rappela aux bons souvenirs du fermier. « Cher ami, la période de dix ans que tu avais fixée a pris fin hier. Viens avec moi à Vaikunta et expérimente là-bas la félicité éternelle. » Le fermier dit : « Ô vénérable ! Mon fils aîné vient juste de se marier. Je me réjouis de voir mes petits-enfants. Reviens dans dix ans. »

Le sage réapparut à la porte de la maison du fermier après dix ans. On lui dit que le fermier était mort. Il vit un chien près de la porte. Intuitivement, il put deviner que le fermier s’était réincarné en chien. Il accorda au chien le pouvoir de la parole et la conscience de sa vie précédente.

Il demanda au chien : « Ô homme ! N’as-tu pas honte de t’être réincarné en chien ? Viens, je vais te libérer de cette vie misérable. » Le chien dit : « Ô sage ! Je souhaite monter la garde devant la porte de mon fils. Il est si insouciant. Des voleurs pourraient entrer et prendre tous les biens que j’avais accumulés pour lui et sa famille. Reviens dans dix ans. »

Le sage revint après dix ans. L’aspect de la localité avait changé et à la place de la petite maison du fermier se dressait une grande demeure. Il put intuitivement deviner que le fermier s’était réincarné en serpent et qu’il vivait à l’intérieur d’une fourmilière, dans le jardin et qu’il gardait des richesses sous la terre.

Le sage s’approcha de la fourmilière et murmura : « Ô cher homme ! Quel destin misérable ! Tu t’es réincarné en serpent venimeux. Viens avec moi. Je te libérerai. » Le serpent répondit de l’intérieur : « Ô vénéré ! Je ne peux pas t’accompagner. Je dois garder les richesses que je conserve cachées sous la terre. »

Le sage s’approcha immédiatement des habitants de la maison et leur dit : « Mes chers enfants, il y a une fourmilière dans votre jardin. Un serpent venimeux y vit et y garde toutes les richesses que votre grand-père avait accumulées pour vous. Vous feriez mieux de tuer le serpent et de prendre possession des biens. »

Les petits-enfants ne furent que trop heureux de s’acquitter de la tâche. Le serpent fut tué et finalement libéré. Ce qui est dommage, c’est que ce sont les personnes mêmes pour lesquelles le fermier avait accumulé tant de biens et pour lesquelles il s’était réincarné à de si nombreuses reprises qui le tuèrent sans merci.


Heart2Heart
Août 2006