EN COMPAGNIE DES VERTUEUX



En résidence au monastère Jetavana, le Bouddha dit ceci en référence au Vénérable Channa :

Channa était le serviteur qui accompagnait le prince Siddhartha, lorsqu’il renonça au monde et qu’il quitta le palais, à cheval. Lorsque le prince parvint à la bouddhéité, Channa aussi devint moine. Comme moine, il était très arrogant et très autoritaire, en raison de son rapport proche avec le Bouddha. Channa disait : « J’ai accompagné mon Maître, quand il a quitté le palais pour la forêt. A cette époque, j’étais le seul compagnon de mon Maître et il n’y avait personne d’autre. Mais maintenant, Sariputta et Moggallana disent : « Nous sommes les premiers disciples » et ils se pavanent partout. »

Quand le Bouddha l’appela et le réprimanda pour son comportement, il garda le silence, mais il continua de maltraiter et de railler les deux principaux disciples. Ainsi, le Bouddha l’appela et le réprimanda trois fois. Néanmoins, il ne changea pas. De nouveau, le Bouddha appela Channa et dit : « Channa, ces deux nobles moines sont de bons amis pour toi, tu devrais les fréquenter et être en bons termes avec eux. »

Malgré des réprimandes répétées et les conseils du Bouddha, Channa n’en fit qu’à sa tête et il continua de houspiller et de maltraiter les moines. Le Bouddha qui le savait dit que Channa ne changerait pas durant la vie du Bouddha, mais qu’après sa disparition (parinirvana), Channa changerait certainement.

La veille de Son parinirvana, le Bouddha appela à son chevet le Vénérable Ananda, son plus proche disciple et lui donna comme instruction d’infliger à Channa la punition de Brahma (Brahmadanda), c'est-à-dire que les moines l’ignorent, simplement et n’aient rien à faire avec lui.

Après le parinirvana du Bouddha, Channa apprit la punition de la bouche des moines et il ressentit de profonds et d’amers remords pour avoir mal agi et il s’évanouit par trois fois. Puis il avoua sa culpabilité aux moines et demanda leur pardon. A partir de là, il changea ses manières et de point de vue. Il suivit aussi leurs instructions dans sa pratique méditative et parvint rapidement à l’état d’arhat (c'est-à-dire, la condition du noble qui a atteint la dernière étape du sentier).


Le sens de l’histoire – L’amitié véritable

Cette histoire met en lumière l’importance inestimable d’une bonne amitié. Partager du temps précieux avec quelqu’un crée un lien dans toute relation ; ces facteurs font souvent en sorte que des gens se considèrent comme spéciaux vis-à-vis de l’autre.

Quand le Bouddha renonça à son héritage royal, seul le Vénérable Channa partit avec lui et il resta avec le Bouddha jusqu’à ce que le Bouddha atteigne le Nirvana. Il partagea donc une étape importante de la vie du Bouddha et il passa aussi un temps substantiel avec lui.

S’appuyant uniquement sur cette association avec le Bouddha, le Vénérable Channa développa une notion erronée de suffisance élitiste. Il ne tenta aucunement de mériter son statut par un effort personnel.

Le Bouddha réprimanda trois fois le Vénérable Channa pour son comportement incorrect envers les deux principaux disciples. Puis, le Bouddha lui conseilla de forger une amitié avec eux, parce qu’ils lui offraient une amitié authentique.

Il s’était cependant empêtré dans sa propre autoglorification égocentrique et il ignora le Bouddha. Il avait oublié les buts de la transformation de soi, de la réalisation de soi que transmettaient les enseignements du Bouddha.

Son défi têtu persista jusqu’à la fin même du séjour terrestre du Bouddha. Néanmoins le Bouddha compatissant laissa derrière lui des instructions appropriées garantissant son progrès spirituel et sa libération.

Pour son progrès dharmique, son repentir et sa déférence pour les disciples principaux furent sans aucun doute cruciaux. Mais l’amitié des principaux disciples fut d’une importance capitale.

Le Bouddha a décrit l’amitié dans le Sigalovada Sutta. Il a indiqué 8 définitions de l’amitié, soulignant 4 mauvais types et 4 bons types.

Les mauvais amis

1) sont pressés de tirer profit de vous.
2) ne manifestent qu’un intérêt de pure forme et ne suivent pas leurs paroles d’actions appropriées.
3) approuvent vos bonnes comme vos mauvaises actions.
4) vous poussent vers des habitudes nocives, comme boire de l’alcool.

Le Bouddha a également mentionné les amis qui ne vous recherchent que pour leur gratification personnelle, leur gain personnel et des motifs égoïstes. De tels amis sont manipulateurs et éphémères. Ils ont tôt fait de disparaître, quand leurs besoins ne sont pas satisfaits.
Baba illustre magnifiquement ce point avec l’analogie suivante :

‘’Quand un étang est rempli pendant la saison des pluies, il compte des milliers de grenouilles, mais quand il s’assèche, les grenouilles le désertent. Pareillement, quand quelqu’un détient le pouvoir et la richesse, les gens s’agglutinent autour de lui dans ce monde, mais sitôt qu’il rencontre des mauvais jours et que l’adversité lui tombe dessus, alors tous ses meilleurs amis le quittent.’’

Les amitiés authentiques ne se basent pas sur le statut, sur la richesse, sur une association élitiste ou sur des besoins intéressés.

Selon le Bouddha, les bons amis :

1) aident en temps de besoin.
2) sont même prêts à donner leur vie pour vous. .
3) vous protègent du mal.
4) se réjouissent de votre succès et honorent ceux qui font votre éloge.

La définition de l’amitié du Bouddha se concentre sur le progrès spirituel. Les amis authentiques vous guident vers le progrès spirituel et dharmique. Ils vous dissuadent toujours de tout acte négatif ou nuisible. Les bonnes amitiés se basent sur l’amour désintéressé et incluent les valeurs humaines.

Quand nous serons capables de comprendre cette définition de la bonne amitié et de la traduire par une expression sincère dans tous nos échanges, dans chaque relation, alors l’étincelle divine s’allumera en nous-mêmes et en autrui.

« Il est essentiel que toutes nos actions soient imprégnées par le Dharma. Ce Dharma devrait être consacré au Divin. A ce moment-là, la vie est sanctifiée », dit Swami.

De façon réaliste, l’amitié avec tout le monde n’est peut être pas possible, mais il est certainement possible et indispensable de se lier d’amitié avec Dieu qui réside dans chaque cœur. Nous invitons alors Dieu dans notre vie, Dieu qui en fin de compte, est notre seul véritable ami.

Références : Dhammapada, chapitre 6, 3ème strophe et Sathya Sai Speaks 21 - 8


Heart2Heart
Juin 2007