EASWARAMMA

OU LE COURONNEMENT DE LA MATERNITÉ



« Easwaramma fut l’élue. Je l’ai choisie comme mère. C’est le lien intime entre Mère Easwaramma et Moi-même. »

Telle fut la déclaration emphatique de Bhagavan en cette journée particulièrement auspicieuse dédiée à Easwaramma (Easwaramma Day), le 6 mai 2001. Swami communiqua en des termes non équivoques à quel point, haute, grande et glorieuse est la stature de Mère Easwaramma. La foule qui avait afflué dans le Hall Sai Ramesh applaudit à tout rompre, ce soir-là, en entendant les paroles divines de Bhagavan.


Easwaramma, une mère divine

Mère Easwaramma fut vraiment une effulgence divine qui honora la Terre Mère via sa mission sacrée et un but sacré par la Volonté insondable du Divin, tout comme Kausalya (la mère de Sri Rama), Devaki (la mère de Sri Krishna) ou Marie (la mère du Christ). Elle passa par des angoisses et des extases, des peurs et des dilemmes, des épreuves et des triomphes similaires et finalement par la félicité et par la béatitude que les mères divines d’autrefois connurent.

Tout comme Krishna, Swami fut le huitième enfant de Mère Easwaramma, et la période de troubles par laquelle elle passa avant Sa naissance ressembla à ce que vécut Devaki avant que Krishna n’honore ses genoux. Aucun des sept enfants précédents de Mère Devaki ne put échapper aux desseins haineux du démon Kamsa. Easwaramma souffrit aussi d’un destin cruel. Elle fit quatre fausses couches d’affilée avant que la Lumière du monde ne descende sous la forme de son Fils.


« Easwaramma » – Le nom dit tout

Ce n’était pas totalement sans crier gare, car Kondama Raju, le beau-père d’Easwaramma, rêva du précepteur de la famille, Venka Avadhootha, qui lui signala de se préparer, bien qu’à quoi, il ne lui dit pas. Comme Swami l’expliqua :

« Kondama Raju, le grand-père de ce corps physique, étant un jnani (un sage), fut béni par une vision du futur. Un jour, il appela son fils, Pedda Venkama Raju et il lui dit de changer le nom de sa femme en Easwaramma. Il lui dit ceci, parce qu’il ressentait les vibrations divines qui émanaient de l’intérieur. Il avait pour but de communiquer qu’elle était la mère d’Easwara, Dieu Lui-même. Mais Pedda Venkama Raju n’avait pas conscience de la signification profonde du nom. Il obéit sans réserve à l’ordre de son père et il changea le nom de sa femme en Easwaramma. Easwaramma avait d’abord reçu comme nom de baptême, Namagiriamma, au moment de sa naissance. »

Donc, longtemps avant la naissance de Swami, Namagiriamma devint Easwaramma, qui veut dire la Mère d’Easwara, ou Dieu, et dans Son propre style inimitable, le Seigneur divin annonça Son avènement.

Longtemps plus tard, un pandit versé dans les Puranas demanda à Swami : « Votre incarnation fut-elle un Pravesa (une entrée) ou un Prasava (une grossesse) ? »

Se tournant vers Easwaramma qui était assise devant, Il dit : « Raconte ce qui s’est passé ce jour-là près du puits, après que ta belle-mère t’ait prévenue. »

La Mère dit :
« Elle avait rêvé de Sathyanarayana Deva et elle m’avertit de ne pas m’effrayer, si quelque chose m’arrivait par la Volonté de Dieu. Ce matin-là, pendant que je puisais de l’eau au puit, une grosse boule de lumière bleue s’est approchée de moi et j’ai perdu connaissance. Je l’ai sentie se glisser en moi. »

« Vous avez la réponse ! », dit Swami. « Je n’ai pas été conçu. Ce fut un Pravesa et non un Prasava. »


Le premier miracle

Ainsi, le Divin avait-Il décidé de descendre et Il avait choisi la matrice de Mère Easwaramma, comme demeure provisoire. Quand vint le moment sacré, aux petites heures de ce lundi saint, jour consacré au Seigneur Shiva, le 23 novembre 1926, la mère élue venait tout juste de consommer le prasad (nourriture consacrée) que lui avait donné sa belle-mère après la Sathyanarayana Puja qui dura une heure.

Elle accepta et savoura la nourriture sanctifiée et avant que le soleil n’ait répandu sa lumière matinale sur le foyer des Rathnakaram, la maison rayonnait de jubilation, de joie et de gaieté – car le Fils tant attendu était né. Ceux qui étaient présents reçurent la bénédiction d’assister au premier miracle de la Divinité, qui est décrit par le Prof. N. Kasturi, le biographe de Baba :

Un tapis recouvert d’un épais couvre-lit avait été disposé dans un coin de la pièce, quand les contractions avaient commencé et le bébé avait été placé dessus par la grand-mère. Brusquement, ils virent le couvre-lit s’élever, puis redescendre de chaque côté du bébé. Elle prit l’enfant et le serra contre elle. Un serpent était lové en dessous ! Bien sûr, des serpents, il y en avait des tas à Puttaparthi, qui se faufilaient à travers les fissures, qui rampaient le long des murs et qui se cachaient dans les trous. Mais un serpent dans la pièce où avait lieu l’accouchement et qui se prenait pour un lit – c’était le rôle d’Adisesha pour Vishnou, reposant sur ses anneaux. Ce fut le premier miracle de l’Incarnation. Quand on interrogea Easwaramma à propos de cet épisode épique, elle confessa qu’elle avait été tellement remplie de joie par la naissance de son fils qu’elle n’avait même pas remarqué l’agitation tout autour.


L’attitude de Sathya déconcerte Easwaramma

La famille Rathnakaram (coffre au trésor rempli de joyaux, littéralement) avait maintenant son joyau le plus précieux et le foyer était une ruche bourdonnante d’activité. Avec Ses airs charmeurs, Ses sourires enjôleurs, le petit Sathya (nom d’enfance de Swami) attirait instantanément tous les regards dans le village.

Plus tard, Ses talents phénoménaux dans les domaines de la musique, de la danse et de la poésie et Ses leelas divines jouées depuis Sa plus tendre enfance conférèrent de la joie à beaucoup. Quant à Easwaramma, elle est celle qui se tracassait pour Swami à chaque instant et qui souffrait le plus de Son attitude indifférente envers le monde :
« Il (Sathya) ne demandait jamais aucun aliment particulier ni de vêtements. Quelqu’un ramenait des vêtements de Hindupur ou d’Anantapur et un des adultes, père ou grand-père, appelait les garçons et leur demandait de faire leur choix. Mais Sathya restait toujours à l’écart jusqu’à ce que les autres aient choisi et puis, Il prenait ce qui restait et qui était délaissé par les autres. Il ne semblait jamais avoir de désir ou de souhait pour Lui-même, mais Son visage s’éclairait d’un grand sourire, quand Il voyait que les autres enfants étaient heureux. Quand nous Lui demandions ce qu’Il voulait, Son sourire était Son unique réponse. Je Le serrais tout contre moi et j’essayais qu’Il me confie Ses souhaits.

« Sathya, dis-moi ce que Tu veux et je Te le donnerai », disais-je. « Je n’ai besoin de rien », était tout ce qu’Il répondait. « Quoi que tu Me donnes, Je l’accepterai. C’est suffisant pour Moi. Je ne choisirai pas. »

Sathya jouait avec les autres enfants et chantait des bhajans pendant des heures d’affilée. Ses filles rapportèrent qu’Il exécutait avec une aptitude supérieure une danse très complexe dont un enfant artiste avait fait la démonstration au cours d’une pièce de théâtre jouée à Bukkapatnam. Mais la solennité de Sathya à l’intérieur du foyer troublait Sa mère au-delà de toute mesure. Des années plus tard, Easwaramma rapporta :
« C’était quelque chose que je ne pouvais pas comprendre. Comment étions-nous différents ? Qu’est-ce qui Le rendait aussi sobre et grave ? Pour finir, je commençai à me demander si l’étiquette de Brahmajnan (âme réalisée) que les aînés du village lui avaient collée et que je pensais être une moquerie n’était pas un hommage, après tout. »


Alors Yashoda, maintenant, Easwaramma

Tout comme Yashoda, la mère adoptive de Sri Krishna, Easwaramma sollicitait souvent une intervention divine pour que Sathya devienne un garçon de Puttaparthi ‘’normal’’. Néanmoins, Easwaramma pouvait déceler en Lui le potentiel d’un poète, d’un chanteur, d’un danseur, d’un auteur dramatique et d’un metteur en scène et elle espérait qu’Il s’épanouirait dans ces domaines. En fait, les talents théâtraux de Sathya et la simplicité d’Easwaramma était tels que chaque fois qu’elle Le voyait « torturé » dans une pièce de théâtre dans laquelle Il jouait, elle sanglotait bruyamment et elle tentait même de protéger son Sathya !

Et comme Mère Yashoda qui fut troublée et déchirée par des cas de démons qui s’en prenaient à la vie de son petit enfant chéri, Mère Easwaramma rencontra aussi des expériences angoissantes et anormales. Après chaque démonstration des pouvoirs surnaturels de Swami, ses soucis ne faisaient que croître. Voici ce qu’elle expérimenta, selon les propres mots de Swami :

« Quand Swami résidait au vieux Mandir, un jour, il y eut une foule inhabituelle. Sentant le danger, Easwaramma vint Me trouver et dit : « Swami, ces gens paraissent avoir des arrière-pensées. J’ai peur qu’ils ne tentent de Te faire du mal. Je ne peux pas dormir en paix. » Je lui insufflai du courage en lui disant : « Sois sans peur. Le corps est destiné à périr un jour ou l’autre. Aussi, renonce à l’attachement corporel. »

En ce temps-là, Je dormais tout seul dans une hutte au toit de chaume. Cette nuit-là, comme Easwaramma le craignait, des gens malveillants boutèrent le feu aux quatre cotés de la hutte. Les flammes faisaient rage tout autour. En voyant cela, Subamma et Easwaramma accoururent. En arrivant sur place, elles constatèrent, à leur totale stupéfaction, qu’il y avait une grosse averse qui tombait sur la hutte. Et pourtant, il n’y avait absolument aucune pluie aux alentours. Quand Je sortis de la hutte, toutes les deux furent folles de joie de Me retrouver sain et sauf. »

Similairement, Swami raconta ceci une autre fois :
« Un jour, des gens M’invitèrent à dîner chez eux. En fait, leur but était de M’empoisonner. Ils étaient jaloux de Ma popularité et de Ma prospérité croissante. En ce temps-là, J’aimais beaucoup les vadas faites avec des grains d’alasanda. Ils mirent donc du poison dans les vadas et ils Me les offrirent. Avant de Me rendre là-bas, J’avais prévenu Subbamma et Easwaramma de ne pas s’effrayer si un quelconque incident fâcheux devait se produire. Après Mon retour, tout Mon corps devint bleu et Ma bouche se mit à écumer. Je dis à Easwaramma de faire un mouvement circulaire avec sa main. Ce qu’elle fit et à sa grande surprise, de la vibhuti apparut dans sa main, qu’elle mélangea avec de l’eau et qu’elle M’offrit. Je redevins normal, instantanément. Elle se demanda : « Swami peut créer de la vibhuti avec un mouvement de Sa main, mais comment se fait-il que de la vibhuti soit apparue dans ma main ?» En fait, Je lui avait transmis ce pouvoir pour ce moment particulier.»

Easwaramma connut beaucoup de moments éprouvants en maternant la toute puissance incarnée dans son humble demeure, même si, bien sûr, il y eut aussi beaucoup d’expériences mystiques et profondes. Quand Sathya eut neuf mois, un épisode singulier la déconcerta au-delà de toute mesure :
« Je me rappelle très clairement de tout l’incident. Je venais de Lui faire prendre Son bain et de L’habiller et j’avais appliqué un collyre adoucissant sur Ses yeux. J’appliquai sur Son front de la vibhuti du temple de Shiva et un point de kumkum du temple de Sathyamma. Je Le déposai dans le berceau que je fis osciller et je me tournai vers le feu où le lait était en train de bouillir. Soudain, je L’entendis pleurer. J’étais surprise, car, croyez-moi, Il n’avait jamais pleuré depuis Sa naissance pour n’importe quelle raison, que ce soit à cause de la faim, de la douleur ou de l’inconfort. Je Le pris et je Le mis sur mes genoux et Il cessa de pleurer. Je vis un halo de lumière brillante tout autour de Lui, un cercle lumineux qui L’entourait. Mais la lumière n’était pas blessante, elle était si douce, quoique si éclatante et proche. J’étais là, immobile, perdue dans le ravissement. Elle resta longtemps, avant de s’estomper graduellement. Je fermai les yeux et je perdis probablement conscience de tout ce qui m’entourait jusqu’à ce que ma belle-mère n’arrive et que je ne me réveille. L’enfant dormait, apparemment. Elle me demanda ce qui s’était passé et je lui parlai du halo que même alors, je pouvais encore clairement distinguer. Elle mit un doigt sur ses lèvres et elle dit : « Ne raconte ceci à personne. Ils ne comprendraient pas. Ils propageraient toutes sortes d’histoires. »

Easwaramma fut bénie par d’innombrables expériences semblables et chacune d’elles augmenta son amour pour le fils bien-aimé qu’elle avait reçu après tant de prières et de pénitences.


Le cœur de la mère saigne…

Sathya était si brillant que Lui refuser des études supplémentaires serait un sacrilège et comme il n’y avait pas d’école secondaire dans un rayon de 35 km, Il alla vivre chez son frère pour pouvoir aller à l’école à Uravakonda. Easwaramma dut soupirer et pleurer toute seule et, il faut l’ajouter, exulter et s’enthousiasmer de temps à autre, car, malgré la distance, des histoires filtraient sur les merveilles que Sathya avait accomplies, les guérisons qu’Il avait effectuées, les problèmes qu’Il avait résolus, de même que les difficultés qu’Il avait dû subir.

Au cours d’une visite d’Uravakonda à Puttaparthi, Easwaramma donna à Sathya un bain d’huile revigorant et elle observa sur Son épaule gauche une large bande de peau noircie et épaissie. Sathya ne laissa échapper aucune plainte, lorsqu’elle toucha la zone ou lorsqu’elle la palpa et Il se contenta de rire, quand elle Lui demanda comment Il avait eu cette marque. Mais sous l’insistance d’Easwaramma, Il lui dit que Sa peau était maintenant ainsi, parce qu’Il transportait pour le ménage où Il résidait des pots remplis d’eau, suspendus aux deux extrémités d’une perche que supportait Son épaule. Il n’y avait qu’un puits où on pouvait trouver de l’eau potable et il était situé à presque un kilomètre de distance, aussi Il effectuait le trajet aller-retour environ 6 fois par jour, trois fois le matin et trois fois l’après-midi.

Le devoir sans amour est déplorable.
Le devoir avec amour est désirable.
L’amour sans devoir est divin.

Easwaramma était effarée. « Tu dois quitter cet endroit. Ils exploitent Ta bonté et Ton désir de servir. Pourquoi devraient-ils dépendre de Toi pour l’eau ? » Mais Sathya répondit : « J’ai senti que c’était Mon devoir, Amma. Combien de temps les enfants peuvent-ils survivre avec de l’eau saumâtre ? C’est un poison. Je transporte avec joie l’eau de la vie, même sur cette distance, Mère. Je suis venu pour rendre ce service.»

La Mère pleurait et pouvait à peine parler. Immédiatement, Swami rentra à Puttaparthi.


La plus grande angoisse de la Mère – Les habitudes alimentaires de Swami

Si Swami partait sans elle pour quelque temps et si un visiteur revenait de l’endroit où Il s’était rendu, immanquablement, Easwaramma demandait : « Comment va Swami ? Se porte-t-Il bien ? Mange-t-Il quelque chose ? »

Les habitudes alimentaires de Swami étaient toujours un sujet d’inquiétude pour la Mère. De temps en temps, Easwaramma entrait dans le Mandir, car il n’y avait pas d’heures fixes, ni pour elle, ni pour personne d’autre, et elle repérait les nouveaux arrivants, elle leur parlait, et puis elle se dirigeait calmement vers les femmes qui s’occupaient de son fils. « Servez-Le et veillez bien sur Lui », implorait-elle. « Regardez-Le ! On peut compter Ses côtes ! Elles saillent clairement ! Il n’écoutera pas ce que nous Lui disons. Il insiste sur Ses propres façons de voir, tout en nous disant comment nous conduire. Et d’une façon ou d’une autre, Il justifie tout ce qu’Il fait comme étant bon pour Lui-même. »

A midi et au soir, au moment du déjeuner et du dîner, chaque fois qu’elle y songeait, Easwaramma était confrontée à une énigme. Comment l’Ananda des autres pouvait-elle être de la nourriture pour Lui ? Il mangeait si peu. Il savourait si peu. Il se privait tellement. Il n’avait aucune préférence marquée, aucun appétit visible, aucun goût à satisfaire, aucune faim
à assouvir et Il n’épargnait pas Son temps. Comment pouvait-Il tirer Sa subsistance à partir de cette atmosphère sans Ananda ? Elle priait pour qu’Il mange, mais c’était en vain. Swami prenait juste une bouchée pour la satisfaire et puis Il se levait et Il s’éloignait.

Il fallut longtemps à Easwaramma pour se réconcilier avec ce trait avatarique. Chaque fois qu’elle était présente, elle supervisait personnellement la préparation du menu de Swami dans la cuisine de l’hôte. Elle croyait que Swami mangerait quelques cuillères en plus, si c’était de la cuisine télougoue ou mieux encore, si c’était de la cuisine authentique du Rayalaseema, la région où est située Puttaparthi. Lorsque Swami rendit visite à Jamnagar, à la Rajmatha de Nawanagar (dans le Gujarat), Easwaramma craignit que la cuisine du Gujarat ne puisse pas être acceptable pour son fils. Elle se faufila à l’intérieur de la cuisine du palais et elle obtint la permission pour préparer un peu de chaar – une soupe à base de graines de légumineuse bouillies – pour que Swami puisse avoir un peu de nourriture dont le goût Lui était familier.

Ce souci de la Mère ne la laissa jamais tranquille. Ses yeux restaient fixés sur Son assiette pour voir dans quelle mesure Il goûtait de quoi et comment Sa santé réagissait aux restrictions qu’Il s’imposait. Alors que Bhagavan était âgé de 44 ans, on entendit Easwaramma dire : « Il n’aime pas leur cuisine. Il mangeait bien, lorsqu’Il était enfant et lorsque je cuisinais Sa nourriture. Mais Il ne s’intéresse plus à ma cuisine, maintenant. Il dit que je dois me reposer et que je ne dois pas m’inquiéter pour de telles choses. »

Quand Swami était enfant, il fallait une heure à Easwaramma pour Le persuader d’avaler une bouchée. La plus petite excuse suffisait – une corneille qui croassait pour avoir un morceau, la voix éloignée d’un mendiant, un enfant qui pleurait à côté – pour qu’Il laisse l’assiette placée devant Lui.

Une fois, Swami décida de ne boire qu’une tasse de babeurre par jour…pendant trente-six jours ! On peut s’imaginer la douleur déchirante d’Easwaramma, luttant pour retenir ses larmes qui menaçaient de couler tout au long du jour. Lorsque enfin, Swami dit en réponse aux prières de Ses dévots qu’Il reprendrait la routine normale du petit-déjeuner, du déjeuner et du dîner, Easwaramma fut ineffablement heureuse et elle Lui demanda de ne plus jamais les taquiner avec une telle tactique. Même des années plus tard, chaque fois qu’elle se rappelait ces trente-six jours, c’était avec un soupir et une expression de résignation.


Sa simplicité enfantine

L’inquiétude de la Mère pour Swami s’étendait à tous les détails de Sa vie. A côté de Ses habitudes alimentaires spartiates, les voyages de Swami étaient un autre sujet d’inquiétude pour elle. Elle appréhendait toujours qu’Il quitte Puttaparthi, même si ce n’était que pour une journée dans une ville voisine. Alors, imaginez sa détresse, quand elle apprit le projet du voyage en Afrique de l’Est, en 1968. Elle était extrêmement nerveuse, et c’est le moins qu’on puisse dire.

On ne connaissait pas beaucoup l’Afrique, à cette époque, et l’impression populaire, c’était que c’était un continent sombre rempli d’animaux féroces, de sauvages et de cannibales. Easwaramma connaissait ce folklore et elle avait peur que Swami ne soit en danger, s’Il se rendait là-bas. Elle décida de faire annuler le voyage et elle exprima ses réserves à une personne impliquée dans l’expédition. La personne répondit : « Mère, ne vous faites pas de souci. Swami ne visitera que des grandes villes, où Il sera tout à fait en sécurité – aucune menace d’animaux ou de sauvages, là-bas ! »

Easwaramma n’était pas satisfaite par la réponse et elle avait la douloureuse impression que la personne prenait à la légère un problème grave. Elle approcha quelqu’un d’autre et lui dit : « Vous tous, vous projetez joyeusement une équipée en Afrique sans être conscients du risque pour Swami. Il n’est pas encore trop tard et vous devez faire tout ce qui est possible pour Le dissuader d’entreprendre ce voyage. » La personne à qui elle parlait l’écouta patiemment, puis elle répondit : « Amma, soyez sans crainte. Swami bénéficiera d’une très haute protection et d’une sécurité maximale. »

Easwaramma se sentait frustrée que personne ne prenait ses appréhensions au sérieux. Elle repéra un ancien dévot et lui communiqua ses pires craintes. Le dévot répondit : « Mère, il est vrai qu’il y a beaucoup de dangers en Afrique. Mais comment peuvent-ils affecter Swami ? Il est Dieu, n’est-ce pas ? » En entendant cela, Mère Easwaramma devint furieuse et s’écria : « Sot que vous êtes ! Je sais que Swami est Dieu et vous savez que Swami est Dieu. Mais ces sauvages et ces animaux féroces d’Afrique savent-ils qu’Il est Dieu ? »

Voilà pour l’inquiétude et la simplicité enfantines de la Mère. Bien qu’elle ait réalisé la divinité de son fils, elle était souvent envahie par des angoisses maternelles. Sri Jayalakshmi Gopinath, qui eut la chance d’interagir avec la Mère et de l’observer de près, se souvient :

« Je connaissais si bien la Mère divine, Easwaramma. Il y avait entre nous un amour mutuel. Je l’aimais, parce que son visage brillait d’un tel éclat que vous ne retrouviez nulle part ailleurs dans le monde sur un visage raffiné. Tout ce que l’on pouvait mettre sur son visage ne pouvait rivaliser avec l’éclat de son visage. Je l’ai vu de mes propres yeux. Elle était aussi simple qu’une enfant. »

Easwaramma voyage avec Swami

Demandez à n’importe lequel de ces anciens qui connaissaient la Mère et ils diront : « Elle était si humble, si aimable, si simple. » Swami qui était plein de compassion vis-à-vis de l’éducation rustique d’Easwaramma croyait que voyager était la plus sûre manière d’élargir ses points de vue. Swami la persuada de venir à Bangalore avec Lui et les dévots. Des voitures rapides filaient à toute vitesse sur des routes macadamisées à travers des étendues brunâtres et arides, des tapis de verdure fraîche, de jowar, de paddy et de ragi, de canne à sucre et de coton. A Madras, elle vit la mer pour la première fois. Swami lui avait décrit l’océan en des termes épiques, car c’étaient les eaux que Rama et Ses hordes de singes avaient traversées dans le Treta Yuga pour atteindre Lanka. Quelques gouttes aspergées sur la tête purifient une personne à la perfection, dit-Il, car en lui se déversent les eaux sacrées du Gange, de la Yamuna, de la Kaveri et de la Godavari.

Easwaramma fut touchée dans les profondeurs de son être, lorsque, intimidée et impressionnée, elle contempla pour la toute première fois l’océan d’une immensité infinie, aux rythmes éternels, toujours changeant et pourtant toujours le même, une étendue infinie avec l’horizon comme limite, le ciel comme toit, et les couleurs subtiles de l’espace – le bleu, le gris-vert profond, le blanc nuageux. Elle s’exclama toute émerveillée que ceci était le miroir de Dieu qui reflétait la majesté de Ses humeurs multiples.

Pour la première fois, Easwaramma connut la hâte et l’effervescence des villes, le bruit des bazars. Elle salua les tigres et les lions, les pythons et les paons et ces créatures si étranges, la girafe et le kangourou au zoo de Mysore.

Elle apprécia la fraîcheur agréable de Bangalore et elle endura le froid mordant d’Ootacamund dans les Nilgiri et les Montagnes Bleues du Tamil Nadu. Elle visita les temples légendaires et les fleuves sacrés de l’Inde, pendant que Swami lui accordait une attention constante. Elle savait que c’était là une grâce spéciale, car elle n’avait pas encore totalement rompu ses attachements maternels ni atteint la liberté bienheureuse de la confiance et de la dévotion suprême.

Easwaramma faisait souvent partie de la troupe qui accompagna Baba jusque dans les endroits reculés de l’Andhra Pradesh et d’autres parties de l’Inde et elle voyageait dans les mois d’été, il pouvait faire insupportablement chaud pendant ces excursions et Swami lui proposait de venir se détendre dans Sa voiture et de s’y rafraîchir dans l’air conditionné, mais elle refusait toujours poliment l’offre. Easwaramma ne convoitait jamais le confort physique et se satisfaisait de la manière dont les choses étaient.

Quand Swami et Ses dévots quittèrent Lucknow pour se rendre à Bénarès, le secrétaire du gouverneur établit l’ordre de préférence suivant le protocole pour l’entourage des voitures : la voiture pilote avec Swami et le gouverneur, la voiture de police, la Rolls Royce avec les parents, la voiture du secrétaire, la voiture de l’éditeur du Sanathana Sarathi, etc. Mais Easwaramma préférait voyager dans la camionnette avec ses sœurs dévotes qu’elle pouvait régaler avec ses anecdotes hautes en couleur, plutôt que le luxe solitaire de la Rolls Royce.


Ses craintes les plus profondes

En 1956, un sanyasi érudit, Swami Amrithananda, arriva de Thiruvannamalai pour obtenir le Darshan de Swami. Il avait longtemps vécu avec le grand Maître, Ramana Maharshi, et Swami l’invita à passer quelques mois à Puttaparthi. Comme c’était Dasara, Swami bénissait quotidiennement les dévots avec des discours. Pendant l’un de ces discours, Easwaramma demanda à Swami Amrithananda en télougou : « Il dit tellement de choses. Sont-elles toutes exactes ? » C’était le souci maternel d’Easwaramma envers Swami. Bien qu’elle avait vu beaucoup de cas où Swami réalisait l’impossible, son cœur était cependant toujours anxieux et ses lèvres priaient silencieusement pour le bien-être de son fils.

Et puis il y avait les rumeurs qui circulaient dans le village : « Cela ne va pas durer longtemps », « les pouvoirs de Sai Baba seront vite épuisés », etc. A chaque fois que ce genre de commérages assaillait ses oreilles, elle sortait du coffre-fort de sa mémoire personnelle des souvenirs des événements incroyables auxquels elle avait assisté et qui témoignaient de l’authenticité de l’Avatar qui était maintenant devant elle. En cette occasion, quand Swami Amrithananda répondit : « Amma, Il est Parabrahma. Il sait tout. Il est mon gourou et mon Dieu. », pour elle, ce ne fut qu’une confirmation supplémentaire de la divinité de Baba.

Quand Swami projeta de visiter les lieux saints des Himalayas, Easwaramma eut peur que son fils puisse devenir la victime de la magie noire, motivée par une rivalité religieuse de la part des yogis et des moines de cette région. Elle confia ses réserves au Prof. Kasturi qui l’apaisa en lui promettant de réciter le Gayatri mantra et d’invoquer ses pouvoirs protecteurs.


« Easwaramma était comme Yashoda » – Baba

Ces considérations rappellent Mère Yashoda qui, pareillement, considérait souvent Krishna comme son fils et oubliait Son véritable statut. Peut-être Dieu avait-Il voulu qu’il en soit ainsi, sinon, comment aurait-elle pu expérimenter la félicité de materner le Maître de toute la création ? La comparant à Yashoda, Swami dit, lors de la journée spéciale consacrée à Easwaramma (Easwaramma Day) en 2001 :
« … La semaine suivante, J’allai de nouveau voir Kondama Raju, après avoir rendu visite à Subbamma. Il sut que J’arrivais chez lui. Immédiatement, il appela Easwaramma et lui dit : « Je ne vais plus vivre longtemps. Sachant que ma fin est proche, Dieu vient répandre Sa grâce sur moi. » Elle répondit innocemment : « Où est Dieu ? Comment sais-tu qu’Il vient ? »

« Alors, Kondama Raju dit : « Ô folle ! Tu es encore égarée par le sentiment d’une mère envers son fils ! Regarde là ! Dieu vient.’’ Ce disant, il fit un geste dans Ma direction, alors que J’entrais chez lui. Elle aussi était consciente de Ma divinité, mais elle se laissait emporter par son affection maternelle envers Moi. Le cas de Yashoda était similaire. Bien qu’elle ait vu les quatorze mondes dans la bouche de Krishna, elle pensait que c’était un rêve ou une illusion. »


La détresse de la Mère, quand Sathya devint Sai Baba

Oui, il y eut de nombreuses situations où elle oscilla entre la mère et la dévote. La transition entre la mère aimante et la dévote adoratrice fut un long chemin sinueux, avec la révélation de son fils comme la source de la Lumière divine répandant sa bénédiction sur l’humanité. Imaginez-vous simplement cette scène, lorsque les parents inquiets s’étaient précipités à Uravakonda pour rendre visite à Swami qui n’était encore alors qu’un simple garçon. Ils furent confrontés à une grande foule de dévots qui les saluèrent avec des « Matha Pitha ki jai » (Victoire aux parents !), qui suivaient des « Sai Baba ki jai » (Victoire à Sai !) retentissants. Sathya était assis sur un siège avec des guirlandes de fleur qui s’entassaient à Sa droite, alors qu’Il acceptait chacune des guirlandes qui Lui étaient offertes et qu’Il les ajoutait au monticule. Mais quand Il fut pressé d’identifier Ses parents, Sathya dit brièvement : « Ils sont Maya » (illusion).

« Maya ! », s’exclama Easwaramma, et elle s’évanouit. Lorsqu’elle reprit conscience, elle s’assit à côté de Sathya et des larmes coulaient sur son visage, car son fils n’était plus que l’ombre de ce qu’Il était auparavant, bien que seulement trois mois s’étaient écoulés depuis qu’elle L’avait vu pour la dernière fois. « Sathya, parle à ta mère ! », supplia-t-elle. Plusieurs minutes de silence s’ensuivirent.

Puis, « qui appartient à qui ? «, demanda Sathya, froid et distant. Ce n’était pas une question, mais un prononcé. Baba continua sa leçon. « Tout cela est Maya, tout cela est Maya. »

Sa seule consolation fut quand Sathya accepta de manger un peu au déjeuner. Elle termina de servir et fit un geste nerveux pour que ses offrandes soient acceptées. D’un mouvement rapide, Sathya rassembla toute la nourriture en une masse et la roula en trois boulettes. « Maya ! Maya ! », ne cessait-Il de répéter.

Quelqu’un dit à la mère stupéfaite que Sathya la priait de s’approcher et elle fit quelques pas en avant. Il mit une des boulettes de nourriture dans sa main droite et garda Sa main devant elle pour la recevoir. Après qu’elle l’a Lui ait rendue, Sathya mangea en murmurant : « Maya est partie, Maya est partie. »

Cette scène est unique dans les annales de l’expérience humaine, car qui peut deviner ce qu’Easwaramma a dû ressentir dans son cœur – rien n’aurait pu la préparer au choc, quand son petit Sathya devint Sai Baba, guru du monde entier. C’est elle qui fut la plus touchée par l’impact de cette métamorphose de son très cher Sathya en un Sai Baba discret et distant.


Naissance de Prasanthi Nilayam et inquiétude de la Mère

Au fur et à mesure que les années passèrent, Easwaramma dut s’adapter aux nombreux autres changements qui suivirent la gloire toujours croissante de son fils. Elle lutta pour conserver le contact autant que possible, tandis que le temps de Swami était accaparé par les besoins des dévots.

En fait, elle était la plus dépitée par ce qu’elle considérait être la détermination de Swami de garder Ses distances vis-à-vis de Puttaparthi. Le Mandir existant se trouvait déjà à l’extrémité du village et le nouveau site était un demi-kilomètre plus loin. Réunissant tous les arguments qu’elle pouvait trouver contre le projet, Easwaramma se précipita dans le hall où Baba était assis parmi un groupe de dévots de Kuppam et s’écria :
« Swami, qu’est-ce que j’entends ? On dit que Tu vas construire un nouveau Mandir sur cette colline. Comment peux-Tu aller dans un endroit qui est si loin du village, un endroit qui est entouré par la jungle et qui est rempli de serpents et de scorpions ? Comment les personnes âgées, les malades et les femmes avec des enfants en bas âge arriveront-ils jusqu’à Toi ? Ne vas-Tu plus T’occuper de leurs problèmes, par la suite ? Vas-Tu leur refuser Ton Darshan ? Qu’en est-il du sort de ceux qui viendront Te voir, à l’avenir ? Tu as la marque de la roue (le chakra) en dessous de Ton pied et Tu ne resteras jamais en place ! », dit-elle avec agitation. « Tu dois toujours escalader une colline ou traverser une rivière pour trouver un endroit où chanter des bhajans. Quel endroit perdu as-Tu découvert, à présent ? Ne sais-Tu pas que Tu dois consulter les astrologues avant de penser à déménager ailleurs ? Et écoute-moi, ce Mandir est suffisant pour Toi. Il vaut mieux avoir un petit endroit rempli de gens qu’un bâtiment énorme à moitié vide. »

Il n’y eut aucune interruption dans ce déluge de protestations. Swami patienta en silence, la laissa dire et sourit simplement à la fin. ‘’Parle-moi ! Réponds-moi quelque chose !’’, s’exclama-t-elle enfin, vexée.

Swami s’attendrit : « Pourquoi t’inquiètes-tu de ce que disent les gens ? », demanda-t-Il doucement et Il la rassura : « Il n’y aura plus de jungle ni de serpents, quand J’irai là-bas. Des centaines de pèlerins afflueront tous les jours – et cet endroit deviendra un Shirdi, un Tirupati et un Kasi. »

Déconcertée par cette déclaration retentissante, Easwaramma eut recours à son fils aîné, comme instance jugeant en dernier ressort. Swami doit être convaincu de se limiter au Mandir de Puttaparthi, plaida-t-elle. Seshama Raju écrivit à Swami en exprimant leurs protestations, mais la lettre qu’il reçut en réponse les estomaqua encore plus. Quelle audace incommensurable de la part d’un garçon d’à peine seize ans ! Il ne devait plus être considéré comme un « fils », selon Lui. C’était le résultat de Sa propre volonté, s’Il était venu comme homme parmi les hommes pour libérer tout le monde, les bons comme les mauvais, de la souffrance. Il prétendit encore que des millions de personnes provenant des quatre coins du monde viendraient Le trouver et que bientôt, ceux qui étaient tout au bout dans la foule s’estimeraient heureux, s’ils pouvaient obtenir ne fût-ce que le Darshan d’une tache orange dans le lointain.

« Des millions de personnes viendront ? Ici ? Et où séjourneront-elles ? «, se demandait Easwaramma, tout en implorant frénétiquement les dieux pour qu’ils apportent une solution à ces événements étranges et énigmatiques qui menaçaient de les submerger tous.

Bien qu’elle eût assisté aux miracles de Swami avec les autres, sa réponse était typiquement plus l’anxiété que l’admiration respectueuse. Elle calcula qu’un miracle en amènerait un autre, car ceux qui étaient attirés en réclameraient encore et encore. Elle craignait que chaque miracle ne draine le pouvoir spirituel de Swami. Quelques citadins lui avaient murmuré à l’oreille que Son pouvoir ne durerait pas longtemps, car Il le dépensait à tout va. Elle avait osé mettre en garde Swami une ou deux fois à ce sujet, mais en réponse, elle n’avait reçu qu’un « Bah ! », sonore. « Je dois rendre chacun heureux. Je suis venu pour cela, pour guider les pauvres et les malheureux vers l’Ananda. Leur Ananda (félicité), c’est la nourriture qui Me soutient. »

Cependant, Easwaramma nourrissait des inquiétudes vis-à-vis du nombre croissant des dévots et elle craignait de perdre son Sathya. La veille de Son déménagement solennel dans le nouveau Prasanthi Mandir, en 1950, elle saisit l’occasion et obtint la faveur de Swami qu’Il aurait Sa salle à manger à l’étage, côté est, même s’Il avait opté pour les pièces de séjour de l’autre côté.

Swami était très strict dans l’application de la règle qui séparait les hommes et les femmes ; ainsi, tandis que les hommes utilisaient l’escalier, côté ouest, Easwaramma et ses filles prenaient celui, côté est, et Lui parlaient là-bas. Elles ne pouvaient plus entrer librement dans Ses appartements.

Elles attendaient anxieusement dans la salle à manger et c’est seulement quand elles étaient quasiment désespérées qu’Il arrivait nonchalamment, le long de la véranda. Il venait pour donner Son Darshan et pas réellement pour manger. Assis à la petite table, Il touchait un ou deux des mets soigneusement préparés et nerveusement offerts, fournissait quelques réponses à leurs questions, puis Il se levait en fredonnant un air et Il s’en retournait dans Ses quartiers qui leur étaient maintenant inaccessibles. Comme Shirdi Baba, Swami permettait aux dévots de déposer des offrandes sur la table, mais l’espoir qu’Il en mangerait une partie était vain, la plupart du temps.

Les jours simples et familiers du vieux Mandir avaient disparu à tout jamais, mais dans Sa compassion, Swami accordait à Easwaramma quelques minutes, chaque fois qu’elle avait besoin du contact guérisseur de Sa vibhuti ou d’être soulagée de sa routine.

Easwaramma, comme beaucoup de ses sœurs et de ses frères, était harcelée par des folies et des craintes, lorsque des désirs matériels entraient en conflit. Swami la guida vers le royaume du bonheur, de la bonté et de la sagesse. Il éleva celle qu’Il avait choisie comme Mère au statut de première élève et la conduisit de la perplexité à la foi prédominante dans la Divinité qui nous illusionne en tant que diversité, mais qui est pourtant prête à aider à percer le voile de Maya et à réaliser la vérité éternelle derrière le jeu de la vie qu’Elle aime ainsi jouer.


Le Seigneur réside à Puttaparthi… grâce à la Mère

Il y a une autre faveur que la Mère obtint du Seigneur Sai, qui influença littéralement la mission de Sai et qui fit de Puttaparthi ce qu’elle est aujourd’hui. Il y a quatre ans, Swami raconta cet épisode pendant les fêtes de Dasara :

« La Maharani de Mysore, la planteuse de café, Sakamma et Desaraj Arasu, l’oncle maternel du Maharaja de Mysore, avaient pour habitude de venir ici, dans les années quarante. Un jour, ils prièrent : « Il est difficile pour nous de venir ici souvent. Alors, s’il Vous plaît, venez Vous installer à Mysore. Nous bâtirons pour Vous une grande demeure. » Je dis : « Je ne veux pas d’un palais. Je veux être ici. »

Ce soir-là, Mère Easwaramma vint Me trouver avec des larmes dans les yeux et dit : « Swami, les gens veulent T’emmener ici et là pour leurs buts égoïstes. Si Tu quittes Puttaparthi, je renoncerai à vivre. Promets-moi, s’il Te plaît, que Tu resteras toujours à Puttaparthi. » Je lui fis la promesse de ne jamais quitter Puttaparthi. C’est pourquoi J’ai construit beaucoup de bâtiments dans l’ashram pour le confort et la commodité des dévots. »

Ainsi, c’est à la Mère que l’humanité doit l’allégeance de Swami à Son lieu de naissance et Son don d’un ashram et d’un temple magnifiques et sublimes qui sont maintenant devenus un phare spirituel pour le monde entier. En fait, au fur et à mesure que le temps passa, la Mère elle-même trouva que vivre dans son village natal était de plus en plus irritant. Elle ne pouvait pas supporter la mesquinerie des conflits engendrés par les castes et elle commença à sentir de plus en plus la pollution dans l’atmosphère du village. Le scandale, la calomnie, l’espionnage, la tromperie et la taquinerie étaient les sports favoris des incrédules.


« Tu resteras toujours à Puttaparthi » – Easwaramma

La Mère trouvait l’atmosphère suffocante et avec la permission de Swami, elle séjourna dans l’enceinte du Prasanthi Mandir. Swami s’arrangea pour qu’elle réside dans une petite pièce confortable, au rez-de-chaussée du Mandir même et elle se sentait très à l’aise en compagnie des dévotes et les guidait, les encourageait, les consolait et veillait sur elles.


Le bien-être et l’intérêt des femmes – Sa passion

Easwaramma avait le cœur tendre, particulièrement envers les femmes que le destin avait rendues veuves et qui étaient frappées d’ostracisme par la société, comme si leur infortune était contagieuse. Elle repérait également les jeunes femmes désertées par leurs maris et laissées seules et démunies. Beaucoup de ces femmes étaient amenées par leurs parents ou par des proches pour qu’elles puissent se remettre du choc et renouveler leurs vies. Elle découvrit que nombre des femmes qui étaient conduites à Puttaparthi étaient accablées par des « ombres » et que ces victimes d’esprits ténébreux étaient sensibles à la douceur et à la tendresse qui émanaient de son cœur.

L’amour avec lequel elle traitait ces femmes se développa en regardant Swami guérir les affligées. Il répandit sur elles Sa compassion et appliqua de la vibhuthi sur leurs fronts. Quand elles étaient revenues à la normale et quand elles étaient rentrées chez elles, Swami racontait pourquoi leur esprit allait de travers et pourquoi leurs paroles étaient empreintes de méchanceté. En L’écoutant, Easwaramma décida qu’elle ne condamnerait ni ne se moquerait d’aucune femme sur la base de ses fautes ou de ses manquements apparents, car ils n’étaient, elle le savait, que le résultat de la persécution et de la pauvreté. La Mère devint donc plus que leur propre mère pour un nombre croissant de sœurs en détresse.

La Mère possédait une source vive de sagesse naturelle avec laquelle elle étanchait la soif des personnes accablées et malheureuses. Elle connaissait non seulement les remèdes populaires simples pour les maladies physiques, mais aussi beaucoup de « stratégies psychothérapeutiques » (pour employer un terme aristocratique) qui pouvaient éradiquer la dépression et supprimer la peur des esprits de celles qui venaient la trouver. Elles lui confiaient souvent ce qu’elles ne diraient pas à leurs propres mères. Son écoute empathique déverrouillait la chambre de leurs cœurs où leurs angoisses étaient internées. Elle endurait leurs longues narrations en ne montrant jamais d’impatience, d’ennui ou de jugement et les larmes qui brillaient dans ses yeux étaient suffisantes pour noyer leur détresse.

Elle était inénarrablement heureuse que Swami accorde un statut si respectable à la maternité. Durant les neuf jours de fête de Dasara à Puttaparthi, les femmes se rassemblaient dans le hall de prière chaque matin et chaque après-midi pour vénérer le Féminin cosmique sous la forme des déesses Durga, Lakshmi et Sarasvatî. La Mère était aussi contente que les femmes soient autorisées et encouragées à réciter la syllabe mystique, OM.

En vérité, le tabou était tellement inculqué qu’elles n’avaient jamais osé le contester. La Mère était d’avis qu’on ne devait pas refuser aux femmes l’accès à la Présence de Dieu et si OM est le son et le symbole le plus pur de l’Impersonnel, les femmes aussi avaient le droit de l’invoquer. Elle dit à Swami combien ceci la rendait heureuse, Sa bénédiction unique aux femmes de toutes castes et de toutes les races.


Servir les nécessiteux réjouissait son cœur

Un autre événement organisé à Puttaparthi par Swami au début de l’année 1968 toucha son cœur maternel et lui apporta une satisfaction immense – le camp destiné au diagnostic et au traitement des maladies optiques qui dura dix jours. Quatre mille patients furent examinés et plus d’un millier d’opérations furent pratiquées pour rendre la vision à ceux que des cataractes, des glaucomes, etc., rendaient aveugles. Des groupes de personnes âgées emmenées par leurs enfants et par leurs petits-enfants rejoignirent le Nilayam en clopinant via les routes du village. Easwaramma n’avait jamais réalisé le nombre de gens qui avaient besoin de l’aide que Swami offrait. Il y eut beaucoup d’enthousiasme parmi les dévots, hommes et femmes, pour les servir. Plus d’une centaine de dévotes se portèrent volontaires pour prendre soin des patientes et Easwaramma était l’une d’entre elles et se réjouissait de la promesse qui attendait la multitude aveugle. La Mère était sereine et remplie de joie, alors que des milliers de villageois indigents et souffrants étaient nourris, vêtus, retapés et rééduqués.

Swami l’encouragea à participer aux activités de service et la chargea de remettre les saris aux femmes. Easwaramma était ravie de l’opportunité et la lueur de gratitude dans les yeux des femmes qui reçurent les saris la ravissait. Elle avait appris de Swami l’art exaltant du don, quand Lui aussi remit des dhotis et des serviettes dans les mains tremblantes des fils du labeur. Elle éprouva le frisson des rencontres entre sœurs, quand le sari les réunit. Auparavant, quand Easwaramma parcourut les longues files de femmes aux yeux bandés qui la cherchaient à tâtons, elles avaient ressenti la présence de la Mère à côté de chacune d’entre elles.


« Easwaramma incarnait le sacrifice » – Baba

Se remémorant ses vertus comme d’un idéal pour notre société moderne, pendant Son discours, lors de la Journée consacrée à Easwaramma en 2000, Swami observa :
« Easwaramma naquit dans une famille si pauvre qu’elle n’avait même pas une nourriture adéquate. Tout ce qu’elle avait à manger, c’était du ragi sankati (du gruau préparé à partir d’une céréale grossière). Easwaramma était illettrée. Quand Je vois l’attitude égoïste, la mentalité perverse et le comportement ostentatoire des gens instruits actuels, Je crois qu’il valait mieux qu’Easwaramma n’ait fait aucune étude.

Quand J’avais sept ans et demi, J’apprenais les Pandhari bhajans aux petits enfants de notre village. Easwaramma et Subbamma étaient extatiques en Me voyant chanter les Pandhari bhajans et danser à leur rythme. Parfois, son mari, Pedda Venkama Raju donnait un peu d’argent à Easwaramma pour les dépenses du ménage. Une fois, il lui restait deux annas de cet argent. On pouvait acheter deux sacs de riz soufflé pour deux annas en ce temps là. Alors, Easwaramma acheta deux sacs de riz soufflé avec les deux annas et le distribua aux enfants. Elle donnait toujours tout ce qu’elle avait sur elle. Elle incarnait le sacrifice. Elle parlait aimablement à tous ceux qui l’approchaient. Si des dévotes se sentaient tristes, parce que Swami les ignorait, elle les réconfortait en disant : « Tout ce que Swami fait, c’est pour votre propre bien. »


Elle était toujours là pour les dévots

Il y a des tas d’exemples où Easwaramma fut incapable de supporter la souffrance d’un dévot et où elle alla directement trouver Swami pour plaider en sa faveur. Si jamais elle prenait des libertés avec ses possibilités d’accès à Swami, c’était pour le bien d’une âme en peine et désespérée. Une fois, un couple issu de la région de l’ouest de la Godavari était venu avec un enfant extrêmement malade et il avait attendu une semaine à Puttaparthi. A cause de contraintes financières, ces gens ne pouvaient pas prolonger leur séjour et ils étaient sur le point de partir, découragés. En dernier recours, ils rencontrèrent Easwaramma et après avoir pris connaissance de leur situation désespérée, elle prit l’enfant par la main et le conduisit immédiatement à l’étage chez Swami et elle Le supplia de guérir l’enfant. Swami l’écouta patiemment, et puis dit calmement « Chustanu », ce qui signifie « Je verrai ». Mais non, elle ne fut pas satisfaite et insista pour que Swami fasse tout de suite preuve de compassion envers la pauvre famille …et Swami céda finalement à ses prières et guérit l’enfant. Comme on dit, les prières d’une mère ne restent jamais inexaucées…

Après la construction du Mandir de Prasanthi Nilayam, la Mère qui ne voulait pas manquer une occasion d’être à côté de son fils choisit de résider dans le temple de Prasanthi même. C’était une aubaine pour les dévots, car ils bénéficièrent beaucoup de ses conseils consolateurs, de ses recommandations attentives et de son attitude toujours prête à aider. Elle était accessible pour tous et les dévots trouvaient en elle quelqu’un de réellement intéressé par leur bien-être.

En ce temps-là, des familles entières venaient à Puttaparthi et comme la Mère communiquait librement avec chacun, les personnes lui confiaient leurs problèmes et leurs inquiétudes à un tel degré qu’un jour elle amena les vingt membres d’une famille pour un entretien. Swami avait gracieusement permis à la famille d’accomplir la Padapuja (vénérer les Pieds du Seigneur avec de l’eau de rose, des fleurs, etc.)

En accomplissant le rite solennel, ils Le supplièrent de leur octroyer la faveur d’accomplir la Puja pour Mère Easwaramma assise à côté de Lui. Au début, Swami refusa en disant : « Non. Ne lui demandez pas, car elle va commencer à faire ses recommandations », mais les dévots insistèrent jusqu’à ce que Swami cède et que Mère Easwaramma accède du bout des lèvres à leur requête. Pendant tout le déroulement de la Puja, Easwaramma observa intensément les membres de cette famille de l’ouest de la Godavari et, comme prédit par Swami, elle se mit à faire ses recommandations : « Swami, ce garçon n’étudie pas. S’il Te plaît, donne-lui de la vibhuti pour qu’il obtienne de bons points » et « Swami, regarde cette pauvre fille. Elle souffre depuis si longtemps. Tu dois la guérir », etc.

C’était la magnificence de sa bonté. Easwaramma rencontra une infinité de dévots qui épanchèrent leurs cœurs auprès d’elle. Non seulement elle écoutait patiemment leurs problèmes et elle s’en souvenait dans le détail, mais chaque fois qu’elle le pouvait, elle attirait l’attention de Swami sur ceux-ci.

Lors de la Journée des Femmes, en 2002, Swami reconnut ce trait noble d’Easwaramma :

« Griham Ammayi, la mère de ce corps, parlait à chacun avec amour. Elle ne pouvait jamais résister à la souffrance des autres. Elle montait plaider chez Moi : « Swami, ils sont dans une situation malheureuse. S’il Te plaît, appelle-les et parle-leur. » Son cœur était rempli de compassion. C’est pourquoi sa renommée s’est tellement étendue. Pour obtenir une bonne réputation, vous devez prononcer des paroles sacrées et aider les autres.

Chaque fois que Mère Easwaramma venait Me trouver avec une telle demande, Je feignais d’être fâché et Je la réprimandais : « Pourquoi viens-tu ici avec des recommandations ? Je ne veux pas les écouter. » Mais elle insistait et elle continuait à supplier : « Swami, s’il Te plaît, prends pitié d’eux. Ils ont un besoin urgent de Ton aide. S’il Te plaît, parle-leur une fois. » J’étais heureux et Je pensais : ‘’Comme elle est compatissante et comme elle a bon cœur ! »

Elle avait vraiment un cœur d’or. En elle, il n’y avait jamais la moindre trace d’ego du fait d’être la « Mère divine ». Elle se mêlait spontanément aux autres, comme n’importe quelle villageoise et elle dédaignait toute reconnaissance spéciale, attention indue ou publicité.


Une mère affectueuse pour tous

Vers la fin des années soixante, il y avait quelques maisons de brique autour du Mandir. Un matin, une dame qui vivait toute seule dans l’une de ces constructions brûlait du charbon de bois pour cuisiner, quand la fumée la fit suffoquer et elle s’évanouit. Comme à 10 heures, elle n’était toujours pas sortie de chez elle, certaines personnes pressentirent que quelque chose n’allait pas, défoncèrent la porte et la trouvèrent inconsciente.

Quand la nouvelle parvint à Swami, Il était loin d’être heureux et Il dit aux dévots : « C’est le devoir de chacun de savoir si ses voisins vont bien. Le moins que l’on puisse faire, c’est de demander comment ils vont, s’enquérir de ce dont ils ont besoin et de l’état de leur bien-être. Chaque jour, lorsque vous vous levez, voyez comment vont vos voisins. C’est une chose plaisante à faire le matin. » Ces paroles de Bhagavan touchèrent le cœur d’Easwaramma. Dorénavant, elle prit sur elle de visiter chaque maison le matin et de voir personnellement, si tout le monde allait bien.

Une fois, il arriva que la Mère qui effectuait sa tournée quotidienne et qui vérifiait si tout allait bien dans chaque maison trébuche sur une pile de briques et se foule la cheville. La douleur était intense et elle ne pouvait même pas se lever. Immédiatement, des dévots la transportèrent dans la maison la plus proche et la nouvelle fut transmise à Swami qui se précipita à son chevet et qui lui demanda sur un ton enjoué : «« Pourquoi dois-tu aller et venir comme cela entre chaque maison inutilement ? » Elle répondit : « Swami, rien n’est impossible pour Toi. Tu peux faire faire tout le travail sans aller nulle part. Mais ce n’est pas possible pour moi. » Swami sourit simplement, créa de la vibhuti et dit que la douleur cesserait bientôt. Le lendemain, elle se portait comme un charme.

L’amour authentique que Mère Easwaramma avait pour les dévots était quelque chose de très louable. Elle s’exprimait toujours avec douceur. La patience et l’indulgence marquaient son langage, toujours dépourvu de prétention et d’aspérités qui pouvaient blesser l’auditeur. A l’époque où Swami résidait toujours dans le Mandir du village, il y avait beaucoup de femmes apparemment « possédées » par des esprits, qui furent conduites en Sa présence par des parents désemparés.

Les malheureuses hurlaient, boudaient, gémissaient et couraient en tous sens. Parfois, leur état avait été aggravé par des charlatans qui les avaient traitées sans aucun ménagement. Easwaramma offrait aux victimes le baume apaisant de sa compassion et quelques minutes passées avec elle étaient un tranquillisant efficace qui calmait leurs émotions explosives. Chaque fois que des personnes l’appelaient « Mère », c’était avec des lèvres tremblantes et des larmes qui scintillaient au fond de leurs yeux.


Trois désirs désintéressés – Trois modèles pour l’humanité

Il y a peut-être une légende qui dansera toujours autour de son nom sacré : celle de son inspiration directe pour les projets de service sociaux gigantesques qui ont rendu célèbre le nom Sathya Sai dans le monde entier. Plusieurs fois, Swami a rappelé cet aspect touchant de sa vie :
« Elle m’a dit une fois : « Puttaparthi est un petit village. Puisqu’il n’y a pas d’école dans ce village, les enfants sont obligés de parcourir de longues distances pour aller en classe dans les villages voisins. Je sais que Tu es un océan de compassion. S’il Te plaît, construis une petite école dans ce village.’’ Je lui ai demandé où est-ce qu’elle voulait que l’école soit construite. Elle m’a dit qu’elle avait une parcelle de terre derrière sa maison. C’est là qu’elle voulut que l’école soit construite. Comme elle le désirait, Je fis construire l’école. Bien que l’école était petite, la cérémonie d’inauguration fut grandiose et beaucoup de dévots y assistèrent.

Le lendemain, Easwaramma manifesta son bonheur au sujet de la cérémonie d’inauguration et dit qu’elle avait encore un autre désir. Elle voulait aussi qu’un hôpital soit construit dans le village. Elle dit : « Swami, je ne veux pas Te mettre dans l’embarras. Si Tu es dans l’embarras, le monde entier sera dans l’embarras et si Tu es heureux, le monde entier sera heureux. Donc, si cela Te rend heureux, s’il Te plaît, construis un petit hôpital.’’ Je fis donc construire l’hôpital, selon son vœu. Bejawada Gopal Reddy, une personne très réputée à l’époque, fut invité pour inaugurer l’hôpital. Des milliers de personnes issues des villages voisins assistèrent à l’inauguration. Easwaramma n’imaginait pas que ce serait aussi grandiose.

Le lendemain, elle vint Me trouver et elle dit : « Cela n’a aucune importance, même si je meurs maintenant. Je n’ai plus de soucis, Tu as exaucé mes désirs et atténué la souffrance des villageois dans une grande mesure. » Je dis : « Si tu as encore un désir, demande-Moi maintenant. » Elle répondit sur un ton hésitant qu’elle avait encore un petit désir : « Tu sais que la Chithravathi est en crue pendant la saison des pluies. Mais en été, elle se transforme en un filet d’eau et les gens n’ont pas d’eau potable. Alors, s’il Te plaît, fais en sorte que quelques puits soient creusés dans ce village. » Je lui dis que Je ne M’en tiendrais pas à quelques petits puits et que Je fournirais de l’eau potable à toute la région du Rayalaseema. Easwaramma dit : « Je ne sais pas ce qu’est le Rayalaseema. Je serai satisfaite si notre village dispose d’eau potable. »

C’est ainsi que la vision et que la compassion d’Easwaramma illuminèrent la vie d’innombrables personnes qui bénéficient de ses souhaits désintéressés. Ce ne fut pas uniquement un idéal qu’elle encouragea son fils à réaliser, mais un idéal qu’elle manifestait activement par son amour pour tous.


L’hôpital général – Un rêve devenu réalité pour elle

La Mère fut peut-être la personne la plus heureuse, quand Swami annonça qu’un hôpital de douze lits serait bâti sur la colline au sud du Mandir. Pour sa part, quand Swami résidait au Mandir du village et même plus tard, elle put profiter des conseils médicaux experts du Dr Lakshmi, un médecin et gynécologue célèbre de Nellore qui demeura pendant des semaines dans la présence de Swami.

Chaque fois qu’elle, ses filles ou que d’autres personnes de la famille Ratnakaram bénéficiaient de la bonne attention de cette doctoresse, Easwaramma la priait aussi d’examiner, d’établir des diagnostics et de prescrire des médicaments pour les autres femmes du village. Elle désirait ardemment qu’une doctoresse puisse rester toute l’année au Mandir et aider les femmes en cas de nécessité urgente. Aussi, quand elle apprit la nouvelle concernant l’hôpital, elle fut folle de joie.

Easwaramma se joignit aux autres dévotes pour transporter du sable, des pierres, des briques et du ciment de la route jusqu’au site de construction et elle souleva des briques, elle-même, balayant les protestations des femmes. Lorsque les salles furent prêtes, elle alla chercher les patientes, les conduisit chez la doctoresse, plaida pour qu’elles soient admises et elle s’occupa d’elles jusqu’à ce qu’elles puissent à nouveau bouger et reprendre leur part normale de travail chez elles et dans les champs.

Le Dr Jayalakshmi qui servit à l’Hôpital Sri Sathya Sai rapporta qu’Easwaramma était une pionnière dans le service des femmes enceintes et des bébés. Elle déconseillait les rites magiques et l’offrande de volailles et d’agneaux à Maariamma et à d’autres déités inférieures pour chasser les maladies. Elle s’asseyait avec les patientes, quand on les interrogeait, attendait le diagnostic, et elle les tenait fermement, quand il était fait usage de la redoutable aiguille. Quand des femmes étaient admises comme patientes, elle escaladait la colline jusqu’à l’hôpital pour leur garantir qu’il y avait une Mère qui était intéressée par leur rétablissement.


Easwaramma, une déesse vivante pour les dévots

Pedda Bottu, qui la connaissait bien, lui vouait une admiration chaleureuse :
« Il n’y avait chez elle aucune trace de jalousie et elle ne se délectait jamais de scandales. Son langage était empreint d’une douceur affectueuse et de compassion. Son teint brun doré, ses yeux entourés de collyre, le gros point de kumkum luisant sur son front large, tout nous rappelait l’image populaire de la déesse Lakshmi. »

Les dévots se prosternaient, chaque fois qu’ils avaient la chance de la rencontrer et ils cherchaient à obtenir ses bénédictions maternelles. Ses grands yeux brillaient et sa bouche édentée était à demi ouverte, lorsqu’elle souriait en signe de reconnaissance, de satisfaction ou d’appréciation. Ils lui parlaient en plusieurs langues et recevaient sa réponse dans l’unique langue disponible pour tous en de telles occasions – le langage du cœur.

Les dévots découvrirent en la Mère une source de force et de sagesse jamais épuisée. Ils allaient de plus en plus souvent à sa recherche et ils l’honoraient comme la Mère, en lui attribuant des rôles distincts à l’occasion des fêtes et des jours fériés. Easwaramma ne céda pas aussitôt que les femmes l’entourèrent et l’implorèrent pour qu’elle les guide ou qu’elle les bénisse, mais pendant combien de temps pourrait-elle les empêcher d’être sur ses talons ?

Les jours consacrés à l’adoration de Varalakshmi (la déesse de la richesse) ou de Gowri (l’épouse de Shiva et la mère de Ganesh), elle devait accepter la première offrande d’hommage de chaque femme qui avait besoin d’elle. Pendant les neuf jours de Navarathri, la fête de la Mère, les trois premiers jours, elle était honorée comme Durga, les trois suivants comme Lakshmi et les trois derniers comme Sarasvatî.


Navarathri

Pendant ces jours-là, Swami invitait les dévotes à se rassembler chaque matin et chaque après-midi dans le hall de prière du Nilayam pour rendre un culte à la Déesse Mère en récitant les 1008 Noms qui s’efforcent de capter un soupçon de Sa splendeur. En cette occasion, Easwaramma refusa avec véhémence d’être installée comme le symbole visible de la Mère divine.

Elle battait même en retraite, car les femmes insistaient pour qu’elle s’asseye au moins en tête de file. Elle préférait arriver sans être annoncée, s’asseoir discrètement pendant le rituel, puis s’éclipser en douce. Telle était son humilité.

Mais le soir de la Jhoola, elle devait céder à leurs voeux. Le Darshan de Swami sur la balancelle fleurie était l’événement qui clôturait Navarathri. Les dévotes apportaient des fruits, des fleurs et des friandises et elles disposaient les lampes en formant des arrangements attrayants devant Lui. L’Arati était offert, quand Il descendait de la balancelle, aussi quand Swami indiquait Son intention de partir et de préparer la flamme de camphre, une série de lampes étaient agitées par des femmes devant Lui qui chantaient des airs traditionnels.

Ensuite, on allait chercher Easwaramma et on la conduisait au Nilayam pour agiter la première lampe de l’Arati, en dépit de ses protestations, car selon elle, le privilège devrait être accordé à quelqu’un d’autre qui était plus dévoué et plus méritant qu’elle ne l’était.


L’anniversaire du Seigneur

Chaque enfant hindou a son anniversaire célébré chez lui comme une fête avec des prières supplémentaires et des offrandes spéciales de bonbons à la déité de la famille. L’enfant s’assied sur une planche sanctifiée face à l’orient. La mère verse quelques gouttes d’huile sur sa tête et les autres font pareil. Ensuite, on donne un bain cérémoniel à l’enfant qui est vêtu de neuf. Il doit toucher les pieds des aînés et s’asseoir dans le sanctuaire pendant que les parents offrent leurs prières pour qu’il ait une longue vie et la santé et pour qu’il progresse et qu’il prospère.

Prasanthi Nilayam a été inauguré le jour de l’anniversaire de Swami, en 1950. Avant cela, l’anniversaire était plutôt simple. Swami réjouissait la mère et le père ainsi que leurs fils et leurs filles en leur rendant visite et en déjeunant avec eux. Après que les parents aient versé quelques gouttes d’huile sur Sa couronne de cheveux, Swami avait droit au bain cérémoniel, puis Il exauçait le voeu d’un dévot en acceptant la robe et le dhoti placés à Ses pieds. Ensuite, tous ceux qui étaient présents touchaient Ses pieds et priaient pour des faveurs et des bénédictions.

Mais le nouveau Prasanthi Nilayam mit les dévots au défi d’inaugurer une célébration plus impressionnante, bien que toujours intime de la naissance de leur Seigneur Sai. Des aînées se réunissaient aux petites heures, le 23 novembre. Chacune apportait un plateau avec des monceaux de fleurs, de fruits, de bonbons, de noix de coco, de safran, de kumkum, de grains de riz, de feuilles de bétel et de noix d’arec, de pâte de santal, de blocs de jaggery, de bracelets en verre et d’autres substances auspicieuses.

Certaines transportaient sur leurs hanches des pots rutilants remplis d’eau consacrée. Une femme du groupe portait un plateau d’argent avec un sari en soie. Des aînés les rejoignaient avec un dhoti en soie pour le père et ensemble ils prenaient la direction du village de Puttaparthi, précédés par des cornemuseurs et des percussionnistes. Arrivés chez les Ratnakaram, ils annonçaient aux parents que c’était l’anniversaire de Bhagavan et ils les invitaient à Prasanthi Nilayam. On pouvait ressentir leur malaise, car tous les deux auraient préféré qu’on les laisse tranquilles, plutôt que d’être mis sous les projecteurs au centre de la scène.

Mais la Mère et Pedda Venkama Raju exauçaient les vœux des milliers de personnes présentes et ils étaient eux-mêmes remplis de gratitude pour l’opportunité que leur offrait Swami. Dès qu’ils se tenaient devant Lui, ils perdaient tout sentiment de temps et d’espace. Easwaramma déposait des fleurs aux pieds de Swami, puis se redressait et trempait une rose dans de l’huile.

Lorsqu’elle levait la main pour verser l’huile sur les cheveux de son fils, Il s’abaissait pour que Sa tête puisse être à sa portée. Le père aussi faisait pareil et quand tous les deux descendaient de l’estrade, les dévots saluaient l’occasion en manifestant leur joie par des acclamations bruyantes. C’est seulement à ce moment-là qu’Easwaramma prenait conscience du hall et de la foule, du Nilayam et du village. C’était pour elle un moment embarrassant, mais elle était très vite soulagée, car elle voyait un autre couple marié monter les marches pour déposer des fleurs aux pieds de Swami et appliquer de l’huile dans Ses cheveux. Swami sélectionnait généralement huit autres couples de régions linguistiques et géographiques différentes, qui étaient invariablement âgés et dont la foi était profondément enracinée, pour participer à cette cérémonie joyeuse. Easwaramma fuyait la publicité, refusait d’être mise en avant et elle préférait perdre son identité au milieu d’un groupe de dévots, mais le jour de l’anniversaire, elle devait se soumettre à ce qu’elle redoutait le plus – un rôle public et bien en vue. L’humilité était sa vraie nature et elle abhorrait la publicité.


La femme hindoue idéale

L’humilité d’Easwaramma n’était pas une pose creuse. Elle était très timide devant la caméra et elle argumentait avec persévérance contre le fait d’être photographiée. Ce n’était pas la fausse humilité qui s’exhibe pour attirer l’attention sur le possesseur de cette vertu. Beaucoup s’enorgueillissent de ne pas être fiers et protestent contre les éloges, mais ils sont secrètement tristes, si ceux-ci leur sont refusés. Mais Easwaramma était par tempérament allergique aux feux des projecteurs. Elle avait été élevée dans un hameau cloîtré et elle s’en tenait aux limites que ses ancêtres avaient établies pour délimiter le champ de l’activité féminine.

Le destin conduisit jusqu’à sa porte des femmes de tous les coins de la planète, parlant des centaines de langues, issues de toutes les castes, de toutes les classes sociales et professant tous les credo. Elle leur permit de dire ce qu’elles voulaient, mais rarement elle chercha à savoir ce que signifiaient leurs paroles, car, comme elle le confessait : « Pourquoi vous soucier de vœux que vous ne pouvez pas exaucer et de problèmes que vous ne pouvez pas résoudre ? » Elle ne désirait pas faire croire aux visiteurs qu’elle avait un accès spécial à Sathya Sai et qu’elle pouvait Lui extorquer Sa grâce pour eux. Elle était consciente qu’il y avait des millions de personnes qui méritaient Sa grâce et qu’elle n’était qu’une candidate parmi les autres qui cherchait à en être digne.

Easwaramma possédait le respect ancien de l’époux qui prescrivait une certaine distance mutuelle et le silence et qui proscrivait des apparitions conjointes sur le même siège ou même dans la même pièce. Elle se retirait dans les appartements intérieurs, chaque fois que Pedda Venkama Raju était là et elle évitait toute possibilité de dialogue. Mais c’était un devoir pour eux, le jour de l’anniversaire de Swami, de se soumettre aux exigences des dévots et de leur permettre d’être honorés en tant que parents et d’être emmenés en procession au Nilayam. Lorsqu’elle visita Badrinath et Bénarès avec Swami, conformément aux injonctions anciennes, c’est ensemble que l’époux et l’épouse devaient rendre un culte aux idoles sacrées. En fait, l’absence de l’épouse pouvait même annuler les fruits de l’adoration. Tout don effectué par l’homme doit être approuvé par la femme. Il tient les pièces en main et il attend que la femme verse sur elles un peu d’eau avant qu’il n’en soit fait don. Ici, comme en toute autre occasion, Easwaramma était la femme hindoue modèle.

A côté de sa dévotion au Seigneur, la piété et la politesse d’Easwaramma gagnèrent l’amour et le respect des femmes du village et de ceux qui cultivaient les terres de la famille Rathnakaram. Tous les samedis, elle visitait le temple d’Hanuman avec les autres femmes de son âge. L’idole d’Hanuman avait été installée il y a des siècles comme gardien du fort qui entourait le village. Le lundi, jour consacré à Shiva, elle faisait ses dévotions au temple de Shiva et chaque fois qu’elle en avait l’occasion, elle visitait aussi le temple de Venugopalaswamy.


Une bénédiction rare – Des expériences divines étonnantes

Easwaramma ne se vantait jamais de son statut de mère de Sri Sai. Swami a souvent dit que sa simplicité et que son humilité étaient un exemple à suivre pour toute l’humanité. Comme tous les autres dévots, elle appelait Bhagavan « Swami » et elle était pleine de respect pour Lui. Ce sont ces vertus – avec son cœur d’or – qui rendaient Easwaramma aussi spéciale. Et Swami la récompensa aussi avec beaucoup de belles expériences.

Parlant à l’occasion de la célébration de l’anniversaire de son samadhi, en 1999, Swami dit :
«… A partir de ce jour-là (après le décès de Kondama Raju), Easwaramma ne séjourna plus jamais chez elle et se mit à résider à Prasanthi Nilayam. Chaque jour, matin et soir, elle montait parler avec Swami. Elle comprenait aussi très bien Ma divinité. Quand Je lui apparus sous la forme du Seigneur Shiva, elle demanda : « Quoi, Swami ? Pourquoi portez-Vous des serpents autour de Votre cou ? » Je faisais l’innocent : « Je ne porte pas de serpent sur Moi. » Elle s’éloigna en disant : « Regardez, il y a des serpents à l’intérieur. » Mais plus tard, ne trouvant aucun serpent à l’intérieur, elle demanda pardon. C’est ainsi qu’en de nombreuses occasions, elle eut l’expérience de Ma divinité. »

Mais une de ses plus grandes bénédictions fut une vision qu’elle eut quelques jours avant son décès et qu’elle confia à une autre aînée. Nous l’avons appris directement de Pedda Bottu :

« Pedda Bottu », me dit Easwaramma, « je veux te dire quelque chose qui m’est arrivé. Mais ne le dis à personne d’autre. » Je me rapprochai d’elle et je dis : « Qu’est-ce que c’est ? Dis-moi. » « Notre Swami est Dieu », chuchota-t-elle. Je ris. « Pourquoi ris-tu ? », demanda-t-elle. « Non, non, je ne riais pas de toi. Je suis seulement heureuse que tu l’aies réalisé maintenant. Bien, dis-moi, comment en es-tu venue à le savoir ? », demandai-je. « Tu sais que j’ai une forte fièvre depuis quatre jours. Swami est venu me voir, alors. »

« Dans un rêve ? », demandai-je. « Non », dit-elle, « Il est réellement venu me voir, quand je me tournais et quand je me retournais dans mon lit. » « Ammayi, comment te sens-tu ? », demanda-t-il. « Tout mon corps me fait mal’ », répondis-je en Le regardant. Que puis-je te dire, alors ? Ce n’était pas Celui que toi et moi nous connaissons. C’était Ramachandra avec Sa couronne et Son arc ! Je joignis les mains et je m’efforçai de m’asseoir et de sortir du lit. Mais après quelques instants, Il redevint Swami, Il me donna de la Vibhuti et Il dit : « La fièvre va partir », et Il partit. »

« Tu es vraiment bénie. Quelle chance extraordinaire », m’exclamai-je. « Personne parmi nous n’a eu une vision de Sai Rama sous la forme de Ramachandra tout en étant pleinement éveillé et conscient. »


La flamme et le feu ne font plus qu’un

Cette vision et cette révélation furent certainement le prélude le plus approprié précédant la fusion de ce rayon sacré dans la Paramjyoti, la Flamme Suprême d’où il émanait. Swami, qui incarne cette Paramjyoti, révéla Lui-même les événements et les incidents qui émaillèrent le dernier jour d’Easwaramma, le 6 mai 1972 durant l’un de Ses discours du 6 mai, le jour consacré à sa mémoire. Il dit :

« C’était le jour précédant son décès et Je lui demandai à brûle-pourpoint au beau milieu d’une conversation informelle : ‘’Dis-moi, y a-t-il quelque chose que tu désires encore ? » Elle dit : « J’ai fini mes pèlerinages dans tous les temples. J’ai vu le plus grand de tous les temples et le Dieu qui y réside. Je n’ai plus aucun désir. » Mais Je savais qu’un petit souhait restait encore tapi dans un coin de son esprit – elle voulait faire un cadeau à l’une de ses petites-filles le jour de son anniversaire. Aussi, J’insistai pour qu’elle accepte 500 roupies, se rende au bazar et achète tout ce qu’elle voulait. Je l’y envoyai avec une compagne et elle revint heureuse avec ce qu’elle avait acheté. »

Le six mai 1983, Swami poursuivit la narration en parlant plus en détail du jour de la libération d’Easwaramma :
« Ce jour est le jour d’Easwaramma. L’importance de ce jour, c’est qu’il célèbre la Journée des enfants ; c’est une journée où on doit rappeler l’idéal aux petits enfants, un jour où elle représente l’idéal. Nul ne peut échapper à la mort, mais l’objectif de chacun devrait être de se souvenir du divin au moment de la mort ou d’avoir des pensées saintes ou sacrées. Beaucoup connaissent l’importance de ce jour. Il y a un proverbe télougou qui dit que ce qui authentifie la bonté d’une personne, c’est la manière dont elle meurt. La dévotion authentique se prouve dans les derniers instants. Je vais évoquer un petit incident concernant la bonté d’Easwaramma.

Les cours d’été battaient leur plein à Bangalore. Le matin, le petit-déjeuner devait être servi aux étudiants à 7 heures. Ils firent le tour en pratiquant Nagara Sankirtan et revinrent à 6 heures. A la fin, Je leur accordai Mon Darshan. Ensuite, Je me rendis à la salle de bain. Pendant ce temps-là, Easwaramma avait fini de prendre son bain. Comme d’habitude, elle but son café très joyeusement, puis elle s’installa à l’intérieur de la véranda. Tout à coup, tandis que Je me dirigeais vers la salle de bain, elle s’écria : « Swami, Swami, Swami ! » Ce à quoi, Je répondis : « J’arrive ! J’arrive ! » Et elle poussa son dernier soupir. Quel plus grand signe de bonté faut-il ? Elle n’eut aucun besoin d’être servie ni d’être soignée. Swami ne viendra à la mémoire que de très peu de gens, à ce moment précis. Le mental cherchera généralement et se fixera sur un objet ou l’autre, des bijoux ou des objets de valeur.

Depuis le rez-de-chaussée, elle appela : « Swami ! Swami! » Je répondis: « J’arrive! J’arrive! », et elle était partie. C’était comme l’appel de l’éléphant Gajendra dans la mythologie indienne et le Seigneur s’apprêtant à le bénir – les deux fils établissant le contact, la libération se produisant instantanément.

C’est l’aboutissement authentique vers lequel doit tendre la vie. Sur le moment, à côté d’elle, il y avait sa fille Venkamma et sa petite-fille, Sailaja, mais elle n’appela que Swami. Avoir cette aspiration aux tous derniers instants est le fruit d’une sainte pureté. C’est le signe d’une vie idéale et vénérable. Une telle attitude doit survenir de son propre gré et non pas au moyen d’une quelconque force extérieure. C’est un exemple duquel on peut apprendre. »


Chaque enfant était pour elle comme son Sathya chéri

Vraiment, toute la vie d’Easwaramma est un exemple et un idéal magnifique à imiter pour les dévots Sai. « Un amour incroyable pour Swami et la recherche constante du bonheur et du bien-être des autres » – voilà ce qui résumait sa vie. Elle avait un amour particulier pour les enfants, parce que dans chaque enfant, elle voyait Sathya qui se cachait et qui l’invitait à réussir. Naturellement, ils s’agglutinaient en nombres tout autour d’elle. Ils observaient avec délice ses yeux qui pétillaient et les rides de ses joues et de son menton, lorsqu’elle blaguait et lorsqu’elle riait. Ils étaient amusés et leur attention était éveillée, lorsque ses bracelets en or et lorsque ses bracelets en verre tintaient, lorsqu’elle gesticulait en insistant sur un point ou en soulignant une mise en garde. Elle pinçait et elle tirait sur les joues des enfants joufflus pour voir la tache rosée et le frisson que l’impact produisait sur leurs visages d’ange.

Il était facile de la convaincre d’entreprendre le récit d’histoires à vous faire dresser les cheveux sur la tête ou réconfortantes pour maintenir l’enthousiasme des enfants. Sa voix agréable et modulable reproduisait les cris de l’héroïne kidnappée, le gémissement du démon blessé, la plainte du fils effrayé, le rugissement du guerrier victorieux et la chansonnette de l’enfant propulsé sur la piste de la jungle. En fait, elle fut prompte à ajouter à son répertoire des histoires sur Sai Baba de Shirdi et Swami.

Les enfants voyaient les tableaux qu’elle créait si réalistement et qu’elle décrivait – l’ombrelle blanche avec les glands en or et la paire de sandales, le Dieu à la face de lion qui jaillissait du pilier en marbre de la salle d’audience royale, la danse de l’enfant sur le capuchon du serpent furieux. Easwaramma oubliait ses pépins physiques, les privations plus profondes et les atteintes à sa paix intérieure, lorsqu’elle était conteuse. Invariablement, elle concluait les contes en insistant sur l’humilité et sur l’honnêteté, sur l’amour et sur la loyauté. Les enfants buvaient ces leçons comme du petit lait, car elles étaient gorgées du sirop de son affection.

Elle appréciait l’ardeur et l’enthousiasme de la jeunesse. Ses petits-fils étaient brillants et elle insista pour qu’ils suivent des études supérieures et pour qu’ils s’éduquent un maximum. Elle aimait aussi encourager les fils et petits-fils des autres. Elle persuada Swami d’approuver son choix et de leur envoyer de l’argent pour couvrir leurs frais pédagogiques et le coût des livres et de la pension. Cela lui faisait de la peine, chaque fois qu’elle découvrait que l’envoi avait subi du retard. « Les garçons ne pourront pas bien étudier, à présent », disait-elle, « ils seront trop soucieux pour lire en paix. » Lorsqu’elle s’apercevait qu’un nom avait été rayé, parce qu’un garçon avait quitté l’école, elle essayait de convaincre les parents pour qu’il reste inscrit. Pour immortaliser cet amour chaleureux et ce souci émouvant qu’elle avait pour les enfants, endéans les deux mois après son décès, Swami fonda à Puttaparthi l’Ecole Secondaire Easwaramma. Chaque année, des centaines d’enfants du village sortent de cette école, confiants et consciencieux et prêts à poursuivre des études supérieures et à rendre fiers leurs parents.


Chaque journée dédiée à Easwaramma (Easwaramma Day) est une journée consacrée aux enfants

Le six mai est aussi célébré comme la Journée des Enfants dans toutes les Organisations Sai du pays. Dans chaque Centre Sai, des groupes Bal Vikas exécutent des chants, des danses et jouent à des jeux de valeurs qui glorifient Dieu et qui expriment leur gratitude envers la Mère bénie pour leur avoir fait don de ce qu’ils possèdent de plus précieux dans la vie – leur Swami. Chaque année aussi, en présence du Divin, des petits enfants jouent des pièces de théâtre et Swami répand affectueusement Ses dons et Son amour sur eux après leurs représentations.


Des leçons à imiter

Pratiquement, lors de chaque Journée consacrée à Easwaramma, Swami fait un discours et l’éloge de la dévotion et de l’amour qu’elle avait pour Lui et de la compassion et du souci dont elle témoignait envers les autres. Au cours de ces discours, Swami a partagé des événements qui donnent un aperçu plus profond sur sa vie et sur son caractère noble. Par exemple, au cours de la Journée consacrée à Easwaramma de 1999, Swami révéla :

« Une fois, le jour de Shivaratri, alors que J’avais terminé Mon discours et que les Lingas s’apprêtaient à sortir de Ma bouche, Je m’assis sur le fauteuil tout en ressentant une vive douleur. Voyant que Je souffrais, Easwaramma s’extrait de l’assemblée, monta jusqu’à Moi et dit : « Swami, pourquoi souffrez-Vous ainsi ? Venez à l’intérieur, venez à l’intérieur. » Je lui dis que Je n’irais pas à l’intérieur et plutôt que de Me voir souffrir, elle rentra. Dès qu’elle fut partie, l’Hiranyagarbha Linga apparut et tous les dévots se mirent à applaudir bruyamment. En entendant cela, elle revint, mais à ce moment-là, le Linga était déjà sorti et J’étais en train de le montrer aux dévots. Tous les gens se levèrent pour apercevoir le Linga. Résultat, Easwaramma ne put le voir.

Le lendemain, elle Me supplia de lui montrer le Linga. Je lui dis que Je l’avais donné à quelqu’un. Mais elle dit : « Swami, je ne l’ai pas vu ; je veux le voir. » Je lui dis qu’elle le verrait dans le futur, de toute façon. Elle dit : « Je ne veux pas Vous importuner », et elle s’éloigna. Elle ne M’a jamais importuné. Chaque fois qu’elle Me demandait quelque chose, elle revenait et elle demandait si elle avait été importune. Elle priait tous les dévots qui venaient de ne causer aucun dérangement à Swami. Elle était très préoccupée, chaque fois qu’un ministre venait pour avoir Mon Darshan. En ce temps-là, la situation était telle qu’il suffisait d’un policier avec un képi pour effrayer les villageois. Easwaramma avait très peur des ministres, parce qu’elle pensait qu’ils pourraient Me causer des problèmes. Ce n’était que la conséquence de son amour sacré pour Moi. »


Le lien éternel de l’amour

On dit que les grandes âmes et que les âmes nobles ne meurent jamais, mais qu’elles continuent d’inspirer après la mort. Easwaramma était l’un de ces êtres qui était tout le temps préoccupé par Swami, même après sa mort. Lors de Son discours du 6 mai 2001, à la stupéfaction totale du public, Swami révéla :
« Vous pouvez en être conscients ou non, mais même trente ans après son décès, Mère Easwaramma continue d’exprimer son amour pour Swami de multiples façons. Aujourd’hui encore, elle circule dans son corps physique et parfois, elle vient Me voir et elle exprime Son souci maternel pour Mon bien-être.

Une fois, elle Me mit en garde de ne pas accepter de mouchoir de n’importe qui. Je lui répondis que Je devais accepter, quand les gens faisaient leur offrande avec dévotion. Elle Me dit : « Swami, il y a sans aucun doute des millions de telles personnes nobles. Mais il y a aussi quelques personnes malveillantes qui pourraient répandre du poison sur le mouchoir et Vous l’offrir, ce qui pourrait s’avérer dangereux, si Vous l’utilisez pour essuyer Vos lèvres. » Je lui promis que Je suivrais son conseil.

Aujourd’hui encore, il lui arrive d’apparaître dans Ma chambre. Les garçons qui dorment dans Ma chambre sont témoins. Chaque fois qu’elle vient et qu’elle Me parle, ils s’asseyent sur leurs lits et ils écoutent. Une fois, Je demandai une ceinture aux garçons pour serrer le dhoti en soie autour de Ma taille. La ceinture qu’ils Me donnèrent avait une boucle brillante que l’on pouvait voir à travers la robe que Je portais. Je ne voulais pas l’utiliser, de peur que les gens ne pensent que Sai Baba porte une ceinture en or. Après cet épisode, un jour, Easwaramma entra dans Ma chambre en début de matinée et elle commença à Me parler. C’est alors que Sathyajith, Sainath et Srinivas s’éveillèrent et voulurent savoir avec qui Je conversais. Ils se demandaient comment quelqu’un avait pu entrer dans Ma chambre, puisque la porte était verrouillée et puisqu’ils avaient la clé. Je leur dis alors que Griham Ammayi (Mère Easwaramma) était venue. Je leur montrai la ceinture qu’elle M’avait donnée. Elle n’avait pas de boucle. Il y a beaucoup de mères aussi nobles dans ce monde, mais Easwaramma fut l’élue. Je l’ai choisie pour être Ma mère (applaudissements). C’est le lien intime qu’il y a entre Mère Easwaramma et Moi-même. »


Vraiment, le couronnement de la maternité

Voilà pour l’intimité du lien entre Swami et Easwaramma. Il n’y a pas de doute qu’Easwaramma a obtenu cette couronne de la maternité en récompense de ses mérites accumulés, mais dans cette vie aussi, elle s’est élevée jusqu’à des hauteurs qui constituaient l’exemple louable d’une grande dévote du Seigneur. Son amour pour Lui était sans égal et en plus d’être une épouse, une sœur, une mère et une grand-mère idéales, elle était une source permanente de soutien, d’inspiration et d’amour pour les villageois et la famille Sai en extension constante. Le Seigneur l’a choisie comme mère, non seulement en guise de récompense pour ses actions pensées, mais aussi, comme le Prof. Kasturi le nota, « en mesurant ce dont elle était capable dans cette vie. » Et avec le Maître suprême pour la guider, elle apprit chaque leçon donnée par Swami par le regard, une parole, une question ou un sourire et elle devint une sainte vivante, rayonnant d’amour et de pureté. Finalement, la grande âme que nous connaissons sous le nom d’Easwaramma atteignit un stade où elle prit chaque événement et chaque émotion, chaque pensée et chaque activité comme un passage de choix par le biais duquel elle pouvait connaître l’Un.


La plus grosse partie de cet article provient du livre du Prof. Kasturi, Easwaramma, The Chosen Mother. Nous avons aussi contacté plusieurs dévots de longue date de Bhagavan et nous avons incorporés leurs expériences dans la narration.


Heart2Heart
Mai 2006