LE DIEU AU DESSUS DE NOS TÊTES



(Tiré de Heart2Heart – le journal sur Internet des auditeurs de Radio Sai -
Sai Inspires du dimanche 21 mai 2006,)

Sai Ram et salutations pleines d’amour de Prashanti Nilayam.

Ici à Prashanti, il est assez courant de voir de nombreuses personnes assises sous la véranda lire des livres, tandis qu’elles attendent que Swami sorte pour le Darshan. Ces derniers temps, beaucoup de livres lus par les fidèles traitent de la Science et de Dieu. D’une manière générale, il semble que ces livres portent sur la question de savoir si Dieu existe ou non par la « voie scientifique », si l’on peut l’appeler ainsi. Certains livres sont écrits par des théologiens, d’autres par des scientifiques. Pour ces derniers, la question semble être la suivante : « En regardant l’Univers physique tel qu’il a évolué et tel qu’il est aujourd’hui, existe-t-il la moindre évidence qui nous permette de suggérer qu’il a été créé par un Dieu au-delà de l’Univers ? »

La question aussi bien que la manière d’appréhender cette recherche n’a rien de nouveau. Depuis les temps les plus anciens, les hommes se sont constamment demandé : « D’où vient l’Univers et y a-t-il eu un Créateur suprême qui l’a voulu et qui lui a donné vie ? » Étant donnée la nature intrinsèquement sceptique des humains, nous supposons que cette question demeurera toujours, au moins aussi longtemps que la race humaine existera.

Maintenant, pourquoi abordons-nous ce sujet ? Pour une bonne raison ; nous souhaitons discuter aujourd’hui la question suivante : « Comment pensons-nous à Dieu ? Que croyons-nous au sujet de Dieu et comment devons-nous exactement entrer en relation avec Dieu ? » En fait, nous n’avons rien d’original à dire sur ce thème, car tout ce qu’il est nécessaire de dire a déjà été énoncé par Swami ; ce que nous avons l’intention de faire, c’est tout simplement de rassembler les différents morceaux et de vous les offrir en un tout intégré.

Nous voudrions commencer en nous remémorant le fait que l’être humain est en réalité un composé de trois entités : le corps grossier, le mental subtil et le « Cœur », plus subtil encore. Le Cœur est le siège des sentiments ; le mental est le véhicule qui génère les pensées, tandis que le corps est le moteur de l’action. En général, l’action est précédée par les pensées qui sont elles-mêmes déclenchées par les sentiments – en d’autres termes, la hiérarchie est : d’abord le Cœur, puis le mental et enfin les sens et le corps.

Voici un exemple qui illustre ce point

Vous marchez le long d’une route et vous voyez une vieille femme affamée qui mendie de la nourriture. Cette vision emplit votre Cœur de tristesse et de compassion. Ce sentiment suscite la pensée suivante dans votre mental : « J’ai un peu de pain dans mon sac. Pourquoi ne pas en donner un morceau à cette femme ? » Telle est la pensée qui surgit dans votre mental. La pensée déclenche alors l'action. Vous vous approchez de la vieille dame, vous vous arrêtez, lui souriez, sortez du pain, le lui donnez et dites : « Mère, acceptez, s'il vous plaît, cet aliment comme un don de Dieu. J’espère que vous l’aimerez » ou quelque chose comme ça.

Peut-être allez-vous dire : « Tout cela est parfait, mais en quoi cela est-il lié au titre de cet article ? » Eh bien, nous allons justement y venir ! Revenons à l’exemple que nous venons de donner et demandons-nous : « Que se passe-t-il si le Cœur ne déborde pas de compassion à la vue de la vieille femme affamée ? » Vous pourriez juste passer votre chemin sans prêter attention.

La différence entre les actions conçues entièrement par « la Tête » et celles induites par « le Cœur » a été admirablement révélée par Jésus, il y a bien longtemps, dans sa fameuse parabole du Bon Samaritain. Nous nous sommes référés à cette histoire de nombreuses fois dans le passé, mais il est nécessaire de la rappeler brièvement une fois de plus, pour la placer dans le contexte présent. Dans cette histoire, un homme a été attaqué par des brigands, a été délesté de toutes ses possessions, roué de coups et abandonné sur le bord d’un chemin désert. Deux personnes passent à côté de lui, l’une après l’autre, un Lévite et un prêtre. Tous deux jettent un coup d'œil à l'homme et poursuivent leur chemin. Pourquoi ? N'était-il pas évident que le pauvre homme avait besoin d’une aide urgente ? Peut-être n’était-ce qu’une vague impression. En admettant qu’ils se soient éventuellement demandé ce qu’ils devaient faire, la Tête, nous en sommes sûrs, a dû intervenir et dire : « Écoute, tu veux aider cet homme ? Mais qu'est-ce que cela va te rapporter ? Passe ton chemin. »

Si nous analysions cela attentivement, nous découvririons que, lorsque les gens se détournent alors qu’une assistance ou une aide est désespérément nécessaire, c’est la plupart du temps parce qu’ils se posent la question suivante : « Qu’est-ce que cela va me rapporter ? » Étant donnée la nature humaine, cette question est inévitable ; elle surgira toujours. Si tel est le cas, cela veut-il dire qu’il faut toujours en venir à la conclusion que : « Non, cela ne me rapporte rien », et passer son chemin comme le firent le prêtre et le Lévite ? Comment expliquer alors le comportement du Bon Samaritain, dont Jésus nous montre l’exemple ? Qu’est-ce que cela lui rapportait ? C’est le véritable point de notre discussion aujourd’hui.

Voyez-vous, la question à laquelle nous nous référons se pose en effet souvent. Et à chaque fois que la question se pose (la question, soit dit en passant, est toujours posée par la « Tête »), il y a sûrement une réponse. Cependant, il existe deux sources pour la réponse : la Tête et le Cœur.

Dans le cas du Lévite et du prêtre, ce fut la Tête qui répondit. Elle déclara simplement :
« Avance, mon vieux ! Cela ne te rapportera rien. » Dans le cas du Bon Samaritain, la réponse vint du Cœur qui dit : « Regarde ce pauvre homme. Il a désespérément besoin de ton aide. Va et fais quelque chose pour lui, tout ce que tu peux. »

Cela nous démontre donc que deux voix peuvent nous parler et nous parlent de l’intérieur, chacune avec sa propre perspective. L’une est celle de la « Tête », l’autre est celle du « Cœur ».
Une question maintenant surgit : « Quelles est la différence et comment pouvons- nous faire la distinction entre les deux ? » La réponse a été donnée par Swami. Il dit que la voix de la Tête est en réalité la voix du soi le plus bas ou de l’ego. Et la voix du Cœur ? C’est la voix du Soi le plus élevé, du véritable Soi, du Résident, la Voix de Dieu. Pour ce qui est de la différence entre les deux, la Tête offrira généralement plusieurs options et raisonnera ainsi : « Écoute, cette option-ci signifie tels avantages pour toi. Cette option-là entraîne tels avantages et tels désavantages.

Choisis celle-ci, parce qu’elle t’occasionnera moins de troubles et vraiment beaucoup de profits. » En d’autres termes, le langage de la Tête est le langage des affaires, du profit et des pertes, des avantages et des désavantages ; en bref, il est le langage de l’égoïsme. Le Cœur, quant à lui, n’offre jamais des choix multiples. Dieu, le Résident du Cœur, est Un. Il est Vérité, et la Vérité, comme Swami nous le rappelle souvent, est toujours une, non deux. En termes pratiques, le Cœur ne donne toujours qu’une option, cette option étant ce que Dieu voudrait que nous fassions.

Pour résumer cette partie de la discussion, nous noterons les points importants suivants :
*?La Tête n’est pas tout.
*?La Tête offre toujours plusieurs options et raisonne sur ce qui est le plus avantageux ou
non.
*?Les options de la Tête sont inévitablement teintées d’égoïsme, quelquefois à l'extrême.
*?Les options de la Tête pourraient sembler très rationnelles du point de vue de ce monde,
mais il ne faut pas se laisser tromper par elles.
*?Elles émanent toutes de l'Ego et doivent être soigneusement évitées.
*?Quant au Cœur, il ne parle jamais avec une « langue fourchue ».
*?Il ne donne toujours qu’une seule option, parce que la Vérité est une et non deux.
*?Le tracé de l’action indiqué par le Cœur est toujours libre de tout égoïsme parce que sa
source est Dieu.

En fait, « le test de l’égoïsme » est la meilleure façon de vérifier si la voix que nous entendons de l'intérieur provient de la Tête ou du Cœur.

Pour revenir à notre point de départ, nous aimerions à ce stade dire que, pour nous tout au moins, il semble dénué de sens de chercher à découvrir Dieu par le biais de la Science. De telles explorations pourraient constituer intellectuellement un véritable défi et être même stimulantes mais, en fin de compte, nous nous interrogeons sur leur utilité. Ce que nous voulons dire est la chose suivante : bien ! par la Science, nous prouvons qu’il y a un Dieu ! Et ensuite ? Allons-nous encore poser une autre question, entreprendre une autre recherche et écrire plus de livres ?

À notre avis, tout cela est une totale perte de temps. Gandhi a dit à son retour du monde occidental en 1931 : « Il n'est aucun Dieu qui satisfasse simplement l'intellect. Dieu pour être Dieu doit gouverner le Cœur et transformer les sens. Il est AMOUR. » C’est ce que nous découvrons dans le cas du Bon Samaritain. Dieu gouvernait son Cœur et ses actions en portaient témoignage. Cela nous conduit au point le plus important : « découvrir » l'existence de Dieu via la Science n'a pas de sens. Un tel exercice dépend de la « Tête » et, comme Gandhi le souligna, c'est une vaine manière d'essayer de trouver si Dieu existe ou non.

Nous ne devons pas essayer de « comprendre » Dieu comme certains tentent de le faire, mais nous devons ÉPROUVER Dieu. Comment fait-on cela ? Swami a donné la réponse. Il dit que la Félicité est union avec Dieu. Cela implique qu’éprouver la Félicité est la meilleure manière d'éprouver Dieu. La question qui se pose maintenant est : « Qu’est-ce que la Félicité ? En quoi est-elle différente du plaisir que l’on obtient, disons, en jouant ? » La réponse est simple et est de nouveau donnée par Swami. Quand nous parlons de joie, de bonheur, etc., nous voulons invariablement dire le plaisir que nous obtenons des expériences de ce monde, expériences qui gratifient les sens d'une façon ou d’une autre. Ces expériences « joyeuses » (comme le « sentiment agréable » que nous sommes, dit-on, supposés retirer de l’alcool) appartiennent au monde duel et ont donc un opposé. Comme Swami nous le rappelle si souvent : le plaisir est un intervalle entre deux peines. Imaginons qu’une personne apprécie une crème glacée. Un an plus tard, lorsqu’elle se souvient de cet événement, cela ne reste qu’un simple souvenir. Elle n’éprouve aucune joie particulière à ce souvenir. Prenons maintenant en considération une entrevue que Swami nous a donnée. Pendant l'entrevue, nous sommes naturellement tous dans un état de Félicité ; il ne peut en être autrement. Dix ans plus tard, quand nous nous remémorons cet évènement, nous ressentons toujours beaucoup de joie. C'est une qualité importante de la Félicité. En outre, elle n'a aucun opposé, puisque la Félicité appartient au royaume non duel de Dieu.

Ainsi, faire l'expérience de la Félicité revient à faire l’expérience de Dieu. Il existe de nombreuses manières d'éprouver une telle Félicité. Écouter des histoires du Seigneur en est une ; écouter des chants louant le Seigneur en est une autre ; chanter des Bhajan (chants dévotionnels) avec sentiments en est encore une, et ainsi de suite. Nous déclarons, comme Swami nous l’a souvent dit, que servir autrui avec un Amour désintéressé est la manière la plus simple et la plus pratique d'éprouver de la Félicité. C'est exactement de cette manière que l’on peut comprendre le comportement du Bon Samaritain. La Tête a posé la question : « Qu’est-ce que cela me rapporte ? » et le Cœur a répondu : « De la Félicité ; ne manque pas cette chance ; éprouve de la Félicité par le service et sois avec Dieu au moins pendant quelque temps. »

Pour conclure avec tout cela, nous déclarons qu’essayer de trouver une solution à l'existence de Dieu peut être intellectuellement stimulant et satisfaisant, mais, finalement, cela se résume simplement à ce que Swami appelle la Connaissance Livresque. Par ailleurs, le fait de répondre spontanément à la détresse et de chercher à aider engendre la Félicité et constitue, dans le langage de Swami, la Connaissance Pratique. Si nous nous intéressons à la joie, au plaisir ou aux « coups de pied » pour utiliser un langage populaire, la Tête est le meilleur agent. Mais si nous voulons la Félicité, alors le Cœur est un guide inépuisable.

Ainsi, dans un sens, la vie nous offre constamment le choix entre plaisir et Félicité. Si nous voulons le plaisir, la Tête nous montrera le chemin, mais si nous préférons la Félicité, nous devons regarder au-dessus de la Tête, car c’est là que Dieu se trouve.
Avez-vous remarqué que la Spiritualité n’est pas quelque chose de très compliqué mais de très pratique ? C’est pourquoi Swami se réfère à la Spiritualité comme à la Connaissance Pratique.

Swami ne veut pas que nous nous retirions du monde ou que nous le fuyions pour vivre dans l'isolement. Il veut que nous nous engagions dans le monde, mais que nous menions nos vies en utilisant le Cœur comme une boussole plutôt que la Tête.

Il y a beaucoup à dire sur ce sujet, mais nous traiterons de cela plus tard. Pour le moment, nous prenons congé de vous. Jusqu’à ce que nous nous retrouvions.

Jai Sai Ram.
Avec amour et respect.

L’équipe de Heart2Heart
Revue Prema 70